100 question sur l’auto-édition de livres numériques – Jour 3

Cet article fait partie d’une série sur “les 100 questions de l’édition d’ebooks”. Vous pouvez retrouver la liste complète des questions ici

Est ce qu’on peut gagner de l’argent ?

Cette question ressemble un peu à la question de la journée précédente. Mais ce que je veux aborder aujourd’hui c’est le mécanisme qui permet de gagner de l’argent avec l’édition d’ebooks.

Je vais d’abord parler du cas de figure le plus simple pour un éditeur qui publie des livres numériques : confier toute la distribution aux plateformes.

En effet, dans ce cas de figure, pas besoin de vendre vous-même vos livres, ni de gérer un support pour les commandes, les livraisons, etc. Pas besoin d’une boutique pour vendre vos livres ni de passerelle pour le paiement, etc.

Disons que vous publiez un livre et que vous le mettez sur une de ces plateformes. Que vous travaillez bien l’aspect le plus important, à savoir la commercialisation de cet ouvrage et que vous faites des ventes.

Ce sont des gros Si mais on verra au fur et à mesure comment les réaliser.

Dans ce cas, vous touchez entre 30 et 70 % de droits d’auteurs sur le prix hors taxes suivant la plateforme et le prix de votre ouvrage.

Qu’est-ce que ça fait comme argent ?

Avec un livre à 2,99 €, soit au jour d’aujourd’hui 2,80 € hors taxes, si vous le vendez à 100 exemplaires par mois, cela vous fait 296 euros par mois, soit 2 352 euros par an.

100 livre par mois, cela fait 3 livres par jour. Ce n’est ni énorme ni ridicule.

Aux Etats-Unis, ce volume de vente correspond au 25 000 ème livre du classement des meilleures ventes. Cela veut dire que 25 000 livres rapportent plus d’argent que ça à leurs vendeurs. Chez Amazon et chez Amazon seulement.

Car vous pouvez vendre votre ebook chez Amazon, mais aussi sur iBooks ou Kobo.

Maintenant, voyons ce que cela donne pour des cas existants et des gens qui diffusent leurs informations.

Jacques Vandroux révèle avoir vendu 12 000 exemplaires de son livre les pierres couchées. Alice Quinn 15 000 exemplaires de son livre “un Palace en Enfer” en un an. Jean-Philippe Touzeau a vendu 500 exemplaires par jour de ses livres au mieux, et 150 par jour à d’autres moments. Si vous trouvez d’autres personnes qui publient leurs chiffres, ça m’intéresse.

En appliquant les mêmes formules de calcul pour ces chiffres publiés, cela fait :

  • 33 000 euros pour Jacques Vandroux
  • 5 250 euros pour Alice Quinn (le livre restait à 0,99€)
  • 52 euros par jour pour Jean-Philippe Touzeau

Oui, ce sont des gros succès d’édition numérique par des indépendants sur Kindle. Oui, ce sont des cas exceptionnels, le haut du panier.

Mais j’ai croisé Jacques Vandroux, discuté à plusieurs reprises avec Alice Quinn, et lu des interviews de Jean-Philippe Touzeau : ce sont des gens normaux, pas des surhommes. Des gens qui aiment leur activité, qui sont enthousiasmés par celle-ci.

Ils ne deviennent pas riches avec leur activité d’auteur. Ils ont par contre un revenu supplémentaire confortable.

L’avantage pour eux de ce mode de distribution c’est qu’il n’y a pas de coût marginal, pas de coût lié à la vente des ebooks eux même. Ils ne doivent pas payer un site web ou une boutique pour vendre leurs ebooks.

Maintenant voyons aussi l’autre extrémité. Pensons à ces personnes qui publient un livre, sur leur site ou sur Kindle. Mais qui ne le vendent pas. Vous les repérerez sur la boutique Kindle d’Amazon par le fait qu’ils n’ont aucun classement. Il n’y a pas écrit “Classement des meilleures ventes d’Amazon: n°46.777 dans la Boutique Kindle”.

Est-ce qu’ils perdent de l’argent pour autant ?

  • l’inscription au programme KDP d’Amazon est gratuite
  • ils ont généralement fait la couverture eux-mêmes
  • ils n’ont pas fait appel à un correcteur professionnel
  • ils n’ont pas imprimé leur livre

Au moins n’ont ils pas perdu de l’argent !

Et s’ils font l’effort de s’occuper de la commercialisation de leur livre, ils peuvent quand même en vendre. Ils ont la possibilité ce qui pourrait être un échec en succès plus important.

Cette description est à comparer au fonctionnement de la rémunération des auteurs dans les systèmes de l’édition traditionnelle. Je reviendrai dessus dans la question “Combien gagne-t-on avec un livre auto édité ?”

Donc oui, on peut gagner de l’argent, et même beaucoup d’argent. Comme dans beaucoup d’activités, la persévérance, l’expérience et de la détermination vont vous permettre d’y arriver plus vite.

Est-ce que les éditeurs connaissent bien leur métier ?

Je l’ai volontairement faite incisive cette question. En sous-entendant que non, les éditeurs étaient des gros idiots. Mais ce n’est pas mon opinion. Je pense que les éditeurs connaissent bien leur métier. Ils savent faire travailler un correcteur, un imprimeur, ils savent pour la plupart obtenir la distribution des livres qu’ils éditent.

Il y en a beaucoup qui savent apprécier et reconnaître la valeur d’un ouvrage ou d’un manuscrit.

Bien sûr comme dans chaque secteur, il y a des très bons, des pas mauvais et des mauvais. Mais j’ai tendance à penser qu’il y a plus de moyens et de bons que de mauvais.

Ce n’est pas parce qu’ils connaissent bien leur métier qu’ils peuvent non plus reconnaître à coup sûr la qualité, le succès potentiel d’un ouvrage, ou mener cet ouvrage au succès. Pas toujours, pas de manière certaine.

André Gide a refusé chez Gallimard à l’époque Du côté de chez Swann de Marcel Proust. Alice Quinn a connu le succès qu’elle a eu avec un livre qui était dans un tiroir, refusé par quelques éditeurs.

Leur métier est difficile. Je suis le premier à le reconnaître.

Il faut savoir donc que les éditeurs ne sont pas capables de reconnaître la valeur d’un ouvrage, de l’évaluer correctement. Tant mieux, cela laisse de la place à de bonnes surprises.

Par ailleurs, leur métier évolue et l’édition numérique est un facteur de l’évolution.

Qu’apporte un éditeur à ses auteurs ?

  • expertise,
  • expérience,
  • correction,
  • marketing,
  • design,
  • distribution

Il apporte surtout la capacité à imprimer beaucoup de livres pour pas cher et à les distribuer dans un nombre important de librairies.

Il faut voir qu’avant l’avènement de l’édition moderne, qui date du XIXe siècle, l’éditeur est souvent surtout imprimeur. Ainsi Balzac navigue-t’il entre le métier de libraire-éditeur et d’imprimeur avant de devenir romancier. Jusqu’à cette époque, l’édition est “à compte d’auteur”. Je reviendrai là-dessus.

Dans l’hypothèse où ce qui vous intéresse est l’édition numérique seule, cette capacité à imprimer et à distribuer n’a plus le même intérêt.

Il n’y a pas d’impression.

La distribution se fait aujourd’hui sur 3 ou quatre canaux principaux, accessibles directement aux personnes individuelles.

L’édition a connu une phase d’industrialisation, mais on voit revenir le travail d’édition artisanal (ne pas confondre artisanat et amateurisme). Et dans cet artisanat, les compétences n’ont pas besoin de s’appuyer sur une expérience très forte.

Avoir un blog d’auteur ? Facile. Avoir une page Facebook ? Aisé. Gérer une liste de prospects et de lecteurs ? À la portée de plein de personnes.

Donc oui, la plupart des éditeurs connaissent bien leur métier. Mais comme celui ci est en train de changer, nombreux sont ceux qui font de la résistance et du conservatisme. Alors qu’il faut aller là où sont les clients avant tout.

Combien gagne-t-on avec un livre auto édité ?

Une petite bataille de chiffres ! On peut leur faire dire n’importe quoi alors je vais essayer de ne pas aller trop dans le n’importe quoi.

Les gens demandent souvent combien gagne un auteur par exemplaire vendu. La réponse est pas grand-chose. Mais ce n’est pas la bonne question.

On va partir de données moyennes au niveau du marché du livre en France. Je m’appuie déjà sur l’étude du Ministère de la Culture : Secteur du Livre – Chiffres clés 2012-2013 et sur les différents chiffres cités sur le site du Ministère de la Culture. Je pense que c’est une source raisonnable et qualifiée d’informations.

Il en ressort que le prix du livre hors taxe est partagé entre les différents acteurs de manière différente suivant le mode d’édition et le mode de distribution.

Voici ce que cela donne pour un livre papier :

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Pour un livre numérique édité par un éditeur “traditionnel” :

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Pour un livre auto édité et publié sur une plateforme (Kindle, iBooks ou Kobo) :

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Pour un livre auto édité et vendu directement par l’auteur :

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Des chiffres qui parlent d’eux même pour l’auto-édition, si l’on considère le seul prix unitaire du livre, à l’exemplaire. Il est alors beaucoup plus intéressant d’être auto édité, surtout que l’on a vu que l’investissement marginal (le coût à l’exemplaire) est nul pour l’auteur.

Voyons maintenant ce que cela représente par rapport au prix moyen du livre suivant le type d’édition.

En effet, on a le livre broché, le livre de poche, l’ebook, et le livre d’occasion. Et à chacune de ces éditions, il y a un prix moyen différent.

Voici un tableau de ce que cela donne :

Type d’édition Prix Moyen Part auteur Royalties auteur (en €)
Livre broché 20 € 8% 1,6 €
Livre de poche 6,5 € 10% 0,65 €
Livre numérique 6 € 15% 0,9 €
Livre auto édité 6 € 70% 4,2 €

Alors on va m’attaquer sur les chiffres. Oui, certains auteurs ont des droits d’auteur qui sont à 15 % dès les premiers exemplaires. Mais ils ne sont pas légion. J’ai pour ma part pris les chiffres diffusés par le Ministère de la Culture et qui sont censés représenter le marché dans son ensemble.

Par ailleurs, il est à noter que les éditeurs sont réticents face au développement du livre numérique, et donc ils appliquent à l’extrême la règle du prix unique du livre. Pour eux, un ebook vaut le même prix qu’un livre numérique et il n’est pas rare de voir les sorties des livres à 14,99 € sur Kindle ou iBooks.

À l’inverse, les auto éditeurs ont moins de coûts de structure, et sont d’accord pour vendre leurs ebooks à 0,99 € ou 2,99 € (ce qui a un impact sur leurs royalties).

Poussons le calcul alors plus loin en supposant un auteur auto-édité qui vend son livre sur Kindle à 2,99 € TTC au lieu du prix moyen. Il gagne 1,96 €.

Il gagne plus sur chaque exemplaire que l’auteur qui est passé par un éditeur.

Évidemment, s’il passe au prix le plus faible, il touche moins chez Amazon, et à 0,99 € TTC de prix public, il va toucher 0,34 €.

Continuons à parler de moyenne : un tirage moyen dans l’édition traditionnelle est à 7362 exemplaires en 20011 (et cela a tendance à baisser). Disons 7 000 exemplaires. Sur le premier tirage, un auteur peut donc escompter gagner 11 200 €. Avec un livre auto édité, il lui suffit de vendre 2 700 exemplaires pour gagner autant d’argent.

Tout ceci sans parler des retours. Cela ne concerne que les grandes maisons d’édition, mais il y a un mécanisme où les libraires vont recevoir d’office des livres, qu’ils auront ensuite un an pour retourner à leurs frais à l’éditeur, qui devra soit les redistribuer soit les pilonner.

Dans l’excellent article paru dans Actualitté, l’auteur évoque un taux de retour de 35%. Donc sur les 7 000 premiers exemplaires de notre hypothèse hypothétique, seuls 4 550 exemplaires seraient vendus. Soit un gain pour l’auteur de 7 280 €. Avec le modèle évoqué ci-dessus, il suffirait à l’auteur de vendre un volume de 1 800 ouvrages pour obtenir la même rémunération.

Ça, c’est la moyenne. Le best-seller de 2013, “Cinquante nuances de Grey”, vendus à 492 500 exemplaires, et au prix actuel chez Amazon de 7,99 € rapporterait 2 754 000 euros à son auteur si toutes les ventes étaient numériques et en auto-édition. Ce n’est pas le cas, mais ça fait rêver…

En conclusion, on gagne beaucoup plus sur chaque exemplaire vendu avec un livre auto édité en numérique qu’avec un livre papier en circuit traditionnel. À l’exemplaire. Il se vend toujours beaucoup plus d’exemplaires de livres papier que d’ebooks.

2 réflexions au sujet de « 100 question sur l’auto-édition de livres numériques – Jour 3 »

  1. Bonjour Cyril.
    Pouvez- vous m’éclairer sur l’auto édition? Faut-il crée un site web? Comment imprimer les livre à bas prix?
    Merci

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