Episode 23 : Vendre en librairie, mais viser l’Amérique avec Alan Spade

Le podcast pour publier sur Kindle iBooks et Kobo
Le podcast pour publier sur Kindle iBooks et Kobo

Alan Spade fait partie de ces auteurs qui vivent de leur travail d’édition. Bon, il n’a pas les mêmes revenus qu’Amélie Nothomb ou Michel Houellebecq.

Il y est parvenu essentiellement en allant vendre ses livres dans les espaces culturels et les grands magasins spécialisés.

A côté de cela il est le plus large possible dans sa diffusion électronique, et cherche à optimiser sa stratégie avec iBooks, Kobo en plus de Kindle. Il a d’ailleurs quelques bonnes astuces à partager avec vous.

 

Alan peut parfois sembler avoir la dent dure contre Amazon d’ailleurs, mais il reconnait les mérites du site Kindle, et de la chance qu’il offre aux indépendants. Mais il a la dent dure quand même, et n’a de cesse de prévenir les indépendants des modifications qu’Amazon peut imposer à tout instant.

Je ne vais pas lui jeter la première pierre.

Son parcours original, ses lectures et genres de prédilection en font aussi une personne et un auteur différent des auteures que j’ai interviewées récemment. Et en plus c’est un homme, ce qui change un peu des entretiens menés pendant la rentrée !

400x40000bbVous pouvez retrouver sa trilogie Ardalia sur iBooks ou sur Kobo.

400x40000bb-1Et son dernier livre Le Vagabond aussi sur iBooks et Kobo.

Bon il publie aussi sur Kindle, mais, vous l’aurez compris, c’est la semaine où l’on boude Amazon (et ça n’a rien à voir avec le prix Amazon 2015). Ça ne durera pas 😉

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Et… place à transcription de cet entretien


Cyril. – Bonjour. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir Alan Spade, qui est auteur autoédité et qui est en fait éditeur indépendant depuis bientôt deux ans avec uniquement cette source de revenus. Bonjour, Alan.

Alan. – Bonjour Cyril.

Cyril. – Merci de m’accorder cet entretien. Est-ce que tu peux nous décrire un petit peu tes univers d’auteur ? Et puis on va embrayer après sur l’autoédition.

Alan. – Oui. Alors, j’ai commencé avec un recueil de nouvelles de science-fiction qui s’appelle Les Explorateurs. À la fois en hommage à des auteurs de l’âge d’or de la science-fiction, comme Isaac Asimov ou Heinlein, Clarke, tout ça, et aussi parce qu’à l’époque j’avais suivi une série qui s’appelait Star Trek : Deep Space Nine, qui m’avait pas mal motivé pour écrire moi-même mes propres histoires. Et c’était aussi une époque où j’étais en attente d’une réponse pour un manuscrit que j’avais envoyé, qui était justement, à l’époque, déjà, le premier tome du Cycle d’Ardalia. Mais c’était en fait le début du livre, les trois premiers chapitres, que j’avais envoyé. Donc après ce premier recueil de science-fiction, j’ai pu développer ce Cycle d’Ardalia, en trois ans, que j’ai choisi d’autoéditer. Il faut savoir que Les Explorateurs a d’abord été autoédité en 2006 et est passé par l’édition traditionnelle en 2009, avant de repartir sur l’autoédition. Donc il a eu un parcours un peu tumultueux ! Mais ça a été pour moi un peu mon laboratoire d’essai de l’édition et de l’autoédition.

Cyril. – Donc ça, c’est science-fiction et fantasy. Les Explorateurs, c’est très science-fiction. Le Cycle d’Ardalia, c’est plus fantasy. Donc déjà, c’est dans un genre un peu du passage d’un sous-genre à un autre.

Alan. – Oui. Même si Ardalia, ça reste de la science-fantasy. Donc on est assez proche. C’est sur une autre planète, donc on reste un peu… Il y a un domaine science-fiction qui est assez présent aussi. Mais c’est vrai que déjà, c’était une approche vers un autre genre que la science-fiction pure.

Cyril. – Et puis tu as aussi publié un autre recueil avec des thrillers.

Alan. – Voilà, avec des thrillers : j’aime bien souvent commencer, quand j’aborde un nouveau genre, par des nouvelles. C’est un bon exercice pour moi. Et là, effectivement, je suis allé sur un thriller qui est beaucoup relié à l’actualité. Comme j’ai une formation dans une école de journalisme, etc. j’ai utilisé mes compétences de journaliste pour rebondir sur des faits d’actualité que j’ai évidemment romancés pour en faire des histoires.

Cyril. – Et celui-là, il s’appelle Le Vagabond.

Alan. – Il s’appelle Le Vagabond (iBooks).

Cyril. – Depuis 2013 ou 2014, tu te consacres uniquement à l’autoédition.

Alan. – Voilà. Depuis, effectivement, tout début 2014 j’arrive à en vivre. Alors qu’auparavant, j’avais quand même mon métier en tant que conseiller emploi. Un métier alimentaire, qui me permettait d’en vivre derrière.

Cyril. – Et avant c’était dans le journalisme : secrétaire de rédaction, des choses comme ça.

Alan. – Voilà. J’ai été journalise, secrétaire de rédaction, jusqu’en 2004. Et à partir de 2006, j’ai fait une reconversion vers le conseil à l’emploi. Ça a duré pendant… J’en parle assez peu sur mon blog parce que c’est vrai que ce n’est pas forcément relié à ce que je faisais. Pôle Emploi est passé dans le privé ; ce n’est plus totalement le public ! Mais je gardais quand même une possibilité de revenir dans ce métier, une sorte de filet de secours avec ce qu’on appelle une mise à disposition ou disponibilité. Ça, ça va s’arrêter là : je vais envoyer complètement ma démission. Je brûle un peu les voiles du navire pour aller complètement sur l’autoédition.

Cyril. – C’est comme ça que ça avance.

Alan. – Exactement ! Enfin, je pense.

Cyril. – Donc tu es complètement dans l’autoédition. Mais ce n’est pas l’autoédition numérique qui te fait vivre, aujourd’hui. Ce qui te fait vivre, là où tu fais le plus de ventes et où ça marche le mieux, c’est en faisant du papier et en allant vendre toi-même tes livres dans les différentes librairies avec lesquelles tu as lié des relations.

Alan. – Absolument, oui. C’est là que je dégage le plus de marge pour arriver à en vivre. Je considère… Mes livres, évidemment, sont vendus à un certain prix quand je le fais en dédicace et je considère que les lecteurs qui me prennent des livres prennent non seulement le livre papier, mais aussi tout le travail que j’investis pour être là, présent sur place. Donc c’est vraiment un artisanat. C’est comme acheter un peu plus cher un objet fait en artisanat. C’est exactement le même type d’activité. Pour moi, en tout cas.

Cyril. – Comment ça se passe en fait pour toi ? Tu vas voir d’abord des librairies ou des gens qui ont des espaces culturels ? Tu prends rendez-vous avec eux ? Tu fais ça de manière régulière ou c’est vraiment que du one shot ?

Alan. – Je fais ça de manière régulière. Donc maintenant, j’ai vraiment des relations suivies avec les mêmes personnes. J’ai ciblé surtout des centres où il y avait pas mal de passage. Je n’hésite pas à cibler aussi, même, des centres commerciaux purs et durs comme Auchan ou Leclerc. Je le dis franchement ! Parce que tout simplement il y a du monde, et dans la masse on arrive à dégager un certain nombre de personnes qui sont intéressées.

Cyril. – Donc tu as des relations avec eux. Tu y vas donc régulièrement.

Alan. – Voilà, j’y vais régulièrement, une fois par semaine. Ça peut donc représenter quatre, cinq, six jours par mois.

Cyril. – Par contre, l’inconvénient, c’est que ça reste régional.

Alan. – Ça reste régional, oui. J’aimerais bien aller au national, c’est vrai, et je suis sûr qu’il y a plein d’endroits super intéressants, mais je suis limité à environ une centaine de kilomètres autour de là où j’habite. Donc ça reste régional, oui.

Cyril. – Quand tu vas dans ces centres culturels ou ces centres commerciaux, tu arrives avec des livres que tu as à vendre ou c’est leur stock que tu vends ?

Alan. – J’arrive avec des livres que je mets dans le coffre de ma voiture ! C’est tout bête, mais c’est vrai qu’il faut le dire, parce que ça fait partie des ficelles du métier. Et le fait de vivre en province et de ne plus être sur Paris m’a amené à avoir une voiture et donc à être plus autonome par rapport au fait d’amener mes livres physiquement à chaque fois dans les différents lieux. Je récupère les invendus à la fin de la journée, donc pour les personnes qui m’accueillent, c’est très simple. Il n’y a pas beaucoup de gestion à faire et c’est comme ça que ça marche. Et moi, je ne fais pas de dépôt-vente. C’est-à-dire que je ne laisse pas mes livres sur place, pour éviter d’avoir une gestion trop complexe à faire avec tel livre est resté là, n’a pas encore été vendu…

Cyril. – Oui, la problématique de gérer un stock pour toi, et puis de récupérer le paiement des livres vendus, ou pas vendus, quand tu les laisses en dépôt-vente.

Alan. – Voilà, c’est ça. Je m’évite ces problématiques-là. Je ne fais… Si quelqu’un chez lequel je dédicace me prend des livres en compte ferme, ce sera à lui de se charger de les vendre, mais je ne les laisse pas en dépôt-vente après mon passage. C’est un peu dommage pour les lecteurs. Ça serait bien qu’on ait en France, comme on a dans certaines librairies indépendantes aux États-Unis, des Espresso Book Machines, les EBM, qui sont des machines qui permettent de fabriquer directement des livres papier, à la demande, sur place.

Cyril. – Je crois qu’il y en a une dans la région Nord. J’ai vu passer des articles en mars, avril.

Alan. – Tout à fait ! On en a six en France, mais d’après ce que j’ai vu (il y a un site qui regroupe toutes ces machines-là) elles ne sont pas dédiées à des libraires. Ce qui montre d’ailleurs bien la différence d’état d’esprit entre la France et les États-Unis. C’est-à-dire qu’en France, c’est plus pour des universités, des choses comme ça. Alors qu’aux États-Unis, on a quand même quelques libraires indépendants qui se sont dit : « Je veux avoir le plus de livres possible »…

Cyril. – Et ne pas avoir de stock.

Alan. – Voilà. Tout en évitant du stock, et ne jamais dire « non », ne jamais répondre « non », finalement, à un lecteur qui vient me dire : « Je veux tel livre ». Il suffit que je demande à l’éditeur le fichier PDF et je n’ai plus qu’à l’imprimer, quoi. Donc c’est cette démarche-là qu’ils font aux États-Unis, qui est intéressante.

Cyril. – Il y a aussi une librairie qui s’est ouverte, à Las Vegas ou Dallas…

Alan. – Oui, c’est Las Vegas, tout à fait ! The Writer’s Block.

Cyril. – C’est Las Vegas… Où ils ne vendent que des livres d’indépendants autoédités.

Alan. – Alors non, ce n’est pas eux. Las Vegas, ils ont l’Espresso Book Machine, et il y a une autre librairie, effectivement, qui ne vend que des livres d’autoédités. Là, c’est un autre concept, où les autoédités louent des rayons. C’est ça qui leur permet d’avoir leurs livres là-bas. Donc ça, ça pourrait aussi valoir le coup en France, mais pour moi, ça serait indissociable d’une présence de temps en temps en événements. C’est-à-dire de faire des séances de dédicace dans cette librairie pour intéresser les gens. Et dans ces cas-là, s’ils veulent le deuxième ou le troisième tome, ils peuvent revenir dans la librairie et là, ils le trouveront. Ça, c’est intéressant.

Cyril. – Donc c’est bien, parce que l’essor de l’autoédition fait aussi bouger les libraires de manière générale, et leur permet d’inventer de nouveaux modes de lecture. Parce qu’on accuse souvent l’autoédition et le numérique de casser la librairie.

Alan. – Oui, c’est l’une des accusations qu’on fait. fait, les libraires sont très liés au marché de l’édition traditionnelle, pourquoi ? Parce que le marché de l’édition traditionnelle, contrairement à l’autoédition, c’est un marché de lecteurs ponctuels, qui ne sont pas des hardcore lecteurs, c’est-à-dire les lecteurs qui lisent le plus. Ce sont des lecteurs qui vont aller vers l’événement, vers un livre d’actualité, etc. Et ça, c’est très adapté aux ventes en librairie. Quand il n’y a pas énormément de stock, on va mettre les livres qui vont plaire. Et c’est vrai que l’autoédition va plus vers… Et c’est pour ça aussi que Kindle Unlimited marche bien aux États-Unis…

Cyril. – Oui, c’est parce que ça s’adresse à un lectorat qui lit beaucoup.

Alan. – Exactement ! Et qui est le lectorat aussi des auteurs autoédités.

Cyril. – Qui est aussi le lectorat des auteurs autoédités, puisque ce qui compte, c’est d’avoir plusieurs livres qui sont lus, quand on est tout petit.

Alan. – Voilà : ce sont des lecteurs qui vont faire l’effort de rechercher un auteur et de le suivre. Sur Internet etc. Évidemment, ce n’est pas tout le monde, mais effectivement ça permet à pas mal d’auteurs autoédités d’en vivre aujourd’hui.

Cyril. – Alors, on a beaucoup parlé de librairies et d’espaces commerciaux et culturels, mais tu fais aussi un petit peu… Enfin, tu fais aussi un petit peu… Qu’est-ce que je dis comme bêtise ! Tu fais aussi de l’autoédition en numérique. Et là, ça me semble naturel, tu es aussi très large. Tu es autoédité aussi bien sur Kindle que sur Kobo, que sur iBooks… Tu as peut-être été un moment aussi sur Chapitre.

Alan. – Oui, j’y ai été. J’ai testé. Après, c’est vrai que le système de comptabilité de Chapitre ne me convenait pas, ce qui fait que j’ai rétropédalé pour Chapitre, mais je vais effectivement sur le plus de plateformes différentes, parce que j’estime que c’est dangereux de ne dépendre que d’un seul revendeur en ligne. C’est aussi mon passé qui parle, puisque moi, j’ai été journaliste pigiste et j’avais déjà travaillé pour des grands groupes. Il m’est arrivé de travailler exclusivement pour certains groupes de presse…

Cyril. – Et c’est horrible le jour où…

Alan. – Et le jour, effectivement, où il y a un autre rédacteur en chef qui débarque, ça peut vite devenir horrible ! Donc c’est à cause de ce passé-là que maintenant je suis devenu évidemment beaucoup plus méfiant. Et j’essaye d’avoir plusieurs revendeurs en ligne. J’avais même à un moment monté ma propre petite… Un petit site pour les auteurs autoédités. Il s’appelait Babel Pocket. Je leur permettais, en fait… C’était presque un site rêvé pour un auteur autoédité, puisque c’était eux qui recevaient directement l’argent. Moi, je ne recevais rien. Quand il y avait une vente, ça passait par leur propre compte. Le but, c’était de regrouper des auteurs autoédités sur un site qui ne soit pas dédié à des auteurs. Je ne voulais pas faire l’erreur, par exemple, qu’a fait Lulu.com, où on a un site où on sent vraiment que le site est fait pour les auteurs mais pas trop pour les lecteurs. Alors qu’Amazon a fait un site vraiment pour les lecteurs. J’ai voulu faire pareil pour Babel Pocket, en mettant vraiment en valeur les livres en ligne sur ce site. Bon, n’étant pas webmaster, ça a capoté parce que… Il aurait fallu que j’aie un ingénieur derrière.

Cyril. – Oui, c’est une problématique de compétences. Et puis après, c’est un boulot qui t’occupe tout le temps !

Alan. – Voilà, c’était un boulot énorme, ce site. Je sais que Mark Coker a fait la même chose, avec beaucoup plus de succès aux États-Unis, parce que Smashwords, c’est quand même un site qui a…

Cyril. – Oui, à l’origine, c’est quand même un site qu’il a créé pour lui, presque !

Alan. – Oui. Au début, en tout cas. J’ai lu son interview, qui date d’un certain temps, sur le blog de Joe Konrath. Au début, il y avait genre 2 000, 3 000 personnes. C’est passé à 6 000 la première année. Mais là, il a 300 000 e-books dans son site, donc c’est quand même énorme ! Pour dire, Kobo en a environ 400 000. Un peu moins de 500 000 en tout cas. Mais il n’est pas loin de Kobo, en fait, donc c’est un sacré boulot. Pour une seule personne, comme ça, qui était auteur… Il avait un livre lui-même, et il a développé tout ça ! Mais il avait un ingénieur avec lui, donc c’est différent.

Cyril. – Oui, et maintenant il est distributeur en plus. Il distribue sur toutes les plateformes, hors Kindle. Parfois, il est obligé d’en enlever certaines, mais… Donc toi, les éditions numériques, sur Kobo et sur iTunes, tu le fais en direct ou tu le fais en passant…

Alan. – Je le fais en direct.

Cyril. – Tu le fais en direct, d’accord. Donc ça te permet d’avoir un contrôle plus fin sur les dates, les promotions, les choses comme ça.

Alan. – Sur mes promotions. Les ventes aussi, évidemment. Le relevé des ventes chaque jour. Et puis les paiements, tout simplement. C’est-à-dire qu’on est payé en mensuel.

Cyril. – C’est vrai que le retour sur les ventes… Quand on passe par un distributeur, on a un retour sur les ventes qui est plutôt global. Plutôt que jour à jour.

Alan. – Oui, et ça, c’est un problème.

Cyril. – Alors, je dis que tu es large parce que bientôt… Non, tu es déjà une multinationale ! Tu as aussi trempé les pieds dans les eaux américaines en faisant faire des traductions et en faisant des traductions toi-même. Où est-ce que je voulais en venir avec tout ça ? Tu es large : tu vas aussi à l’étranger. Et je continue à filer, excuse-moi ! Comme tu es aux États-Unis, tu as essayé des systèmes de promotion dans ce pays-là. Systèmes de promotion qui n’existent pas de la même manière en France. Et avoir le retour sur ton investissement, savoir mesurer ton retour sur investissement quand tu fais une promotion avec BookBub ou avec d’autres prestataires, c’est indispensable. Et si tu as des chiffres mensuels, tu ne peux pas t’en rendre compte.

Alan. – Oui. C’est vrai qu’on ne peut pas adapter aussi bien la stratégie, savoir exactement quand on va arrêter la promo, regarder les courbes de ventes pour savoir si ça fléchit, etc. Là aussi, c’est l’avantage d’être indépendant et d’être en lien direct avec chaque plateforme.

Cyril. – Est-ce que tu as une préférence en termes de plateforme ? Est-ce qu’il y a une plateforme qui te fait gagner plus d’argent que l’autre et…

Alan. – Oui, c’est sûr qu’Amazon reste incontournable et me fait gagner quand même nettement plus d’argent que les autres. Ils ont un système de classement… On peut penser que c’est lié au fait qu’ils ont un nombre de titres hallucinants par rapport à la concurrence : plus de 3 millions d’e-books. Ce qui leur permet d’avoir plein de sous-catégories, qui permettent aux auteurs de développer un petit peu le marché de niche. Pour prendre un exemple, il y a un aspect préhistorique dans ma trilogie Ardalia, donc je peux mettre en mot-clé préhistoire, etc. et essayer ensuite d’avoir des gens qui recherchent des choses sur la préhistoire. Donc ça permet vraiment de développer assez finement son lectorat. Et c’est vrai que les concurrents auraient avantage à s’inspirer de ça parce que c’est ça qui nous permet d’être visibles, à nous, auteurs indépendants.

Cyril. – C’est vrai que si on regarde la boutique iBooks, par exemple, on n’a pas beaucoup de niveaux de classification dans les catégories. Ils utilisent essentiellement la classification BISAC, qui est une classification américaine, et on a l’impression qu’ils s’arrêtent aux deux premiers niveaux.

Alan. – Voilà ! Alors qu’il faut savoir qu’Amazon, ils ont par exemple une catégorie qui va être Lecture en 15 minutes. Vous cherchez une lecture en 15 minutes, vous avez une catégorie.

Cyril. – Ils ont aussi les catégories Science-fiction et fantasy, Fantasy, Fantasy… Je vais essayer de trouver un exemple. Je vais aller sur ta page Amazon.

Alan. – Oui, j’essaye de jouer là-dessus, grâce aux mots-clés, etc. pour viser des sous-catégories qui ne sont pas trop concurrentielles. Donc ça, c’est une stratégie effectivement, qu’un auteur comme Nick Stephenson met en avant.

Cyril. – Met en avant, oui. Tout le monde le met en avant ! Donc là, par exemple, le tome 1 du Cycle d’Ardalia : Le Souffle d’Aoles, il est numéro 28 dans Boutique Kindle > Ebooks Kindle > SF, Fantasy et Terreur > Cycles, qui est une catégorie qui n’existe que chez Amazon. Et en étant 28e, si quelqu’un va voir le top 100 de la catégorie, tu as de la visibilité. Tu peux attirer l’attention. Après, est-ce que tu attires de l’intérêt ? C’est à toi de faire en sorte que les gens soient intéressés par ton roman, mais au moins, tu as de l’attention.

Alan. – Oui, j’ai de l’attention.

Cyril. – Alors que sur les autres boutiques, c’est vachement plus difficile de trouver, de stimuler l’attention des lecteurs.

Alan. – Oui, c’est la difficulté. Kobo met quand même certaines choses en place, des fois, pour les auteurs indépendants. Il y a notamment Kobo Next, je crois, qui existe, qui permet des fois à certains auteurs indépendants d’être vus. Ça dépend aussi beaucoup de la relation avec eux. Il faut arriver aussi à mettre des relations de confiance en place avec ces revendeurs en ligne. Mais oui, c’est… Le fait que structurellement ça existe sur Amazon, tout de suite, ça permet mécaniquement cette visibilité. Donc ça, c’est quelque chose qui manque vraiment à la concurrence.

Cyril. – Mais ça n’empêche pas la concurrence, pour toi, d’être quand même une part pas inintéressante de tes ventes, de tes lecteurs, etc.

Alan. – Oui. Le fait que Kobo, par exemple, permette au-delà de 9,99 € de continuer à percevoir 70 % du revenu donne plus de souplesse.

Cyril. – Oui. iBooks aussi.

Alan. – Voilà, iBooks aussi. Et donc ça donne plus de souplesse. On peut envisager de faire vraiment de longues séries et de les regrouper et de dégager une marge intéressante. C’est dommage qu’Amazon n’ait pas eu l’idée de se dire que pour des séries de livres, on pouvait avoir envie de les vendre au-delà de 9,99 €.

Cyril. – Oui, 9,99 € pour une série où on a 800 pages ou 900 pages…

Alan. – Voilà ! Même, des fois, ça peut aller plus loin : 1 500 pages. On peut imaginer des séries très longues, même de sept ou huit livres policiers avec les mêmes personnages, et qu’on regroupe tout ensemble.

Cyril. – Faire un regroupement, oui.

Alan. – Donc là, Amazon force les auteurs à faire des regroupements moins importants sur les livres, pour ne pas dépasser les 9,99 €. Quelqu’un comme Joe Konrath, par exemple, fait des regroupements par trois de ses livres policiers. Ça peut d’ailleurs être une stratégie par rapport à Kindle Unlimited, puisque Kindle Unlimited maintenant paye à la page et donc, plus on a des livres de grande taille, mieux on sera payé. Donc on peut effectivement avoir cette idée de regrouper pour rendre ses livres exclusifs à Amazon et avoir ces regroupements exclusifs, tout en gardant les livres individuels sur toutes les plateformes. Ce qui nous permettrait de garder les livres pour tout le monde.

Cyril. – Est-ce que ça veut dire que toi, par exemple, sur Kobo et iBooks, tu as des regroupements de plusieurs tomes qu’on ne trouve pas sur Kindle, parce que sur Kindle, ils ne permettraient pas de…

Alan. – Oui, j’ai la trilogie, que j’ai regroupée sur Kobo, iTunes et Google, qui est vendue plus cher : à 12,49 €. Que je ne vends que sur ces sites-là et pas sur Amazon. Ce qui me permet, même si j’en vends assez peu, d’avoir une marge intéressante.

Cyril. – Donc c’est une exclusivité, mais c’est une exclusivité qui ne ressemble absolument pas à KDP Select.

Alan. – Exactement ! C’est dans le sens inverse de KDP Select. Je crois qu’on a tout intérêt à sortir des sentiers battus quand on est dans l’autoédition et qu’on veut rester indépendant. Après, là, j’envisage quand même… Comme le marché américain est particulièrement dur à percer, au point que j’ai dû mettre le premier tome de mon cycle en permafree, c’est-à-dire gratuité permanente, sur Amazon.com États-Unis, j’envisage de…

Cyril. – Rentrer quelques titres sur KDP Select aux États-Unis.

Alan. – Voilà. En fait, carrément, de regrouper la trilogie sur KDP Select. Puisque, du fait qu’il y a le premier tome en moins, ça fait baisser le… Enfin, le premier tome est gratuit, donc ça fait baisser le prix de la trilogie. Et donc j’envisage de mettre la trilogie uniquement sur KDP Select États-Unis, tout en gardant les livres individuels sur la concurrence. Sachant que pour l’instant j’ai l’impression que mes livres sont invisibles sur la concurrence, donc je… C’est la stratégie que je pense adopter, une fois que le troisième tome sera écrit.

Cyril. – Parce que c’est difficile de faire des traductions. Tu as fait faire la traduction du premier tome du Cycle d’Ardalia. Là, en ce moment, tu es en train de travailler toi-même sur la traduction du troisième tome.

Alan. – Oui, en relation avec mon éditrice anglaise, qui me corrige à chaque chapitre ce que je lui envoie. Ça me permet d’avoir quelque chose d’abouti et de ne pas avoir une cascade de corrections invraisemblable à la fin de l’écriture, parce que quand même… Il y a quand même beaucoup de corrections à chaque fois. N’étant pas anglais…

Cyril. – Anglophone de naissance… C’est plus difficile de faire une traduction. Le marché anglophone n’est pas un eldorado. C’est comme le marché français : il faut travailler.

Alan.Il faut travailler. Alors, en plus, c’est vrai que dans ces genres-là… La fantasy, même si elle marche bien aux États-Unis, elle reste moins importante que les genres du policier, mystère, thriller.

Cyril. – Ou romance.

Alan. – Et aussi romance, évidemment, qui est le… Alors, évidemment, un auteur français qui voudrait publier dans ces genres-là aurait quand même aussi ses chances, mais c’est un marché qui demande beaucoup d’investissements et du temps pour arriver à trouver ses marques et essayer d’obtenir certains leviers pour obtenir des ventes. Il faut savoir que par exemple, quelqu’un comme Joanna Penn, qui est quelqu’un qui conseille les auteurs autoédités aux États-Unis, dit que maintenant il faut une centaine de commentaires sur un livre pour commencer à être visible sur Amazon. Ça commence à faire un peu beaucoup !

Cyril. – En France, on en est encore à… Allez, il suffit d’en avoir dix !

Alan. – Voilà !

Cyril. – Est-ce que tu as des modèles d’autoédités, européens ou non-américains en général, qui ont réussi comme ça à se développer sur le marché anglophone ? Des modèles que toi, tu essaies de reproduire.

Alan. – Alors, européens, il y a des auteurs comme Mark Dawson, qui est anglais, etc. Après, je n’ai pas vraiment de modèle, par exemple français, sur l’autoédition, que j’essaye de copier. C’est vrai que ce sont plus des modèles anglo-saxons. J’essaie de voir leur évolution et de m’inspirer de ce qu’ils font.

Cyril. – Passer d’un genre à un autre, est-ce que c’est facile ? Parce que tu étais donc d’abord dans la science-fiction, fantasy, qui sont deux genres qui sont voisins. Et puis, tu disais toi-même : Le Cycle d’Ardalia, c’est de la fantasy dans un monde de science-fiction. Et avec Le Vagabond, tu es passé en thriller. Est-ce que tu as réussi à faire passer des lecteurs de l’un à l’autre, d’un genre à un autre, ou est-ce que tu penses que tu en as perdu beaucoup ? Enfin, qu’ils ne sont pas passés ?

Alan. – Je pense que je n’en ai pas eu beaucoup qui sont passés d’un genre à l’autre. Enfin, quelques-uns quand même.

Cyril. – C’est déjà ça !

Alan. – Voilà, c’est déjà ça. Je pense qu’il y a beaucoup de peur, par rapport aux auteurs. Quand on aborde comme ça un nouveau genre, ils se disent : on aurait intérêt à avoir un autre nom de plume par rapport à un genre différent. Je ne sais pas si c’est totalement fondé.

Cyril. – J’allais enchaîner sur la question du pseudonyme, etc. Je ne pense pas non plus que ce soit totalement fondé. Ça peut être fondé quand on change vraiment complètement de genre. Tu parlais de Joanna Penn tout à l’heure. Joanna Penn, elle a deux noms. Elle a Joanna Penn : c’est son nom d’auteur de livres pratiques sur la rédaction, sur le changement de carrière et des choses comme ça. Et puis, elle a J. F. Penn pour ses livres de fiction.

Alan. – Tout à fait, oui. Ça se fait pas mal. Et là, ce sont vraiment deux genres très différents. On a aussi l’exemple de Konrath avec ses livres érotiques, puisqu’il a aussi une ligne érotique. Là, il a complètement changé.

Cyril. – L’érotique, il faut faire attention !

Alan. – Voilà, c’est sûr qu’il faut quand même trouver un peu une justification parce que les lecteurs ont du mal des fois à comprendre. Même moi, quand je suis en dédicace, ils me disent : « Vous vous étendez dans beaucoup de genres différents », etc. Dans ces cas-là, je leur explique que pour le côté thriller, j’ai plus joué sur le côté actualités, sur mon cursus de journaliste, qui me permet de rebondir là-dessus. Donc effectivement, il faut… Quelque part, on se sent un peu obligé de se justifier par rapport au fait de s’étendre un peu sur différents genres.

Cyril. – Et pour justement faire passer tes lecteurs d’un genre à un autre et garder le contact avec eux, tu as une mailing list. Une newsletter.

Alan. – Voilà, j’ai une newsletter.

Cyril. – J’ai eu du mal à trouver cette newsletter sur ton blog, donc on en a parlé avant d’enregistrer et… Bon, tu disais : « Il faudrait peut-être que je fasse un petit peu plus de mise en avant ».

Alan. – C’est vrai qu’elle est assez peu visible. En plus, il y a quand même un avantage, c’est que les personnes qui s’inscrivent à cette newsletter bénéficient du premier tome gratuit en français, du Cycle d’Ardalia : Le Souffle d’Aoles. Donc c’est quand même intéressant pour eux. Ce n’est pas assez mis en avant sur mon blog. Il faudra que je voie si je ne peux pas créer une section à part, qui soit vraiment dédiée à ça. C’est vrai que c’est important. C’est important ; c’est ça qui nous permet d’être indépendants et d’être indépendants même par rapport aux revendeurs. De pouvoir dire : mon livre est sur telle ou telle plateforme, sans discrimination.

Cyril. – Cette mailing list, tu l’as sur MailChimp, qui permet en plus… Pour le moment, tu es encore dans le segment ça ne me coûte pas un centime.

Alan. – Voilà, je suis dans le segment gratuit. Jusqu’à je crois 2 000 personnes inscrites, c’est gratuit.

Cyril. – 2 000 personnes inscrites et 12 000 mails envoyés par mois. Alors, pour envoyer 12 000 mails par mois, il faut quand même…

Alan. – Il faut y aller ! Je suis largement en-dessous.

Cyril. – Il faut y aller. Donc tu es là-dedans. Quand tu fais de la vente en librairie ou en centre commercial, est-ce que tu réussis à faire en sorte que les gens s’inscrivent aussi à ta newsletter ?

Alan. – Ça arrive. Ça reste marginal. Ce sont vraiment les personnes motivées. Il y en a aussi certains, des fois, que je retrouve sur Facebook, avec lesquels je me remets en contact sur Facebook. Mais c’est vrai qu’arriver à inscrire les personnes à la newsletter, même si personnellement je ne parle pas de newsletter, qui a une connotation un peu négative. Je parle plus de groupe de lecteurs, quand je suis en dédicace. Mais il faut… Je pense qu’il faut déjà que les gens arrivent, peut-être, soit à me lire, et ensuite, dans un deuxième temps… C’est vrai que c’est pour ça que c’est important que cette newsletter soit plus visible. Qu’ils puissent s’inscrire ensuite dans un deuxième temps, après avoir commencé à goûter à ce que j’écris.

Cyril. – D’ailleurs, dans tes versions numériques (mais aussi dans tes versions papier !) est-ce qu’il y a un lien ou une URL pour s’inscrire à la newsletter, à la fin ?

Alan. – Oui, oui, tout à fait !

Cyril. – Même dans la version papier ?

Alan. – Alors, sur la version papier… Non.

Il y a mon site, mais il n’y a pas la… Je ne le mets pas sur la version papier. Peut-être que c’est un tort, effectivement. Mais c’est vrai que c’est moins pratique, pour les personnes, de recopier à partir du papier. Donc je me dis qu’ils ne feront pas forcément la démarche. Bon, après, il y a aussi des codes spécifiques, qu’on peut flasher, qui renvoient directement… Donc ça, ça pourrait être quelque chose à mettre en place. Ce sont des codes électroniques. On prend la photo et ça vous renvoie directement avec votre smartphone sur le site. Donc ça, ça peut être un bon plan aussi.

Cyril. – Oui, parce que ce n’est pas parce qu’on est dans du papier qu’on n’a pas à avoir une newsletter. On peut avoir une liste… Sur MailChimp entre autres, on peut avoir des listes séparées et on peut avoir une liste spécialement dédiée aux personnes qui viennent du papier. Parce qu’en fait, on sait qu’on cible ces gens-là. On sait qu’ils vont lire en papier. Et à ce moment-là, on ne leur parle pas forcément toujours des sorties en numérique ou d’Amazon Kindle, etc. Qui en plus peuvent les énerver !

Alan. – Oui, ça arrive qu’en dédicace il y ait des gens qui disent : « Non, non, je ne lis pas en numérique ! » Souvent, on reconnaît un peu les profils de ceux qui ont plus tendance à lire en numérique. Bon, il ne faut pas trop généraliser, mais ils sont souvent un peu plus jeunes, etc. On voit maintenant aussi en dédicace beaucoup de personnes qui disent : « Je n’achète qu’en numérique ». Donc dans ces cas-là, moi, j’ai des prospectus que je leur tends, ou je leur dis : voilà, vous voyez la différence de prix entre mes livres en numérique et en papier. Ce n’est pas du tout la même que celle que pratiquent les éditeurs traditionnels !

Cyril. – Pour revenir sur ton activité globale d’autoéditeur, tu es obligé d’avoir un plan. Vraiment une organisation précise, avec les lancements, les traductions, les passages en librairie, etc. Tu planifies combien de temps à l’avance ?

Alan. – Là, c’est un aspect délicat et c’est vrai que la planification se fait de plus en plus en amont pour les séances de dédicace.

Cyril. – Sur ton blog, tu as les dates de tes…

Alan. – Voilà, les dates des dédicaces, jusqu’en novembre pour l’instant. Il y en a d’autres qui vont arriver bientôt pour décembre.

Cyril. – J’ai un samedi 13 février. C’est samedi 13 février 2016, déjà ?

Alan. – Oui.

Cyril. – Tu as déjà un planning jusqu’en février (5 mois).

Alan. – Voilà. Parce qu’en fait, cet endroit-là, Carré Sénart, j’ai essayé d’obtenir une séance de dédicace en décembre, mais ils étaient full. Ils sont déjà pratiquement complets pour le mois de décembre. Ce qui est une gêne évidemment pour moi parce que je n’aime pas préparer trop en amont mes séances. Mais bon, j’ai toujours moyen de rebondir avec des Auchan où là, la demande sera moins importante, parce que c’est quand même un travail assez fatigant d’aller dédicacer dans ces grandes surfaces. Donc il y a un peu moins de concurrence. Mais c’est vrai que le fait qu’il y ait de plus en plus d’auteurs qui font ça et que l’édition traditionnelle incite beaucoup ses auteurs à le faire aussi rend les choses plus difficiles.

Cyril. – Donc ça, c’est l’aspect planification de tes passages dans les espaces culturels et les centres commerciaux pour faire des dédicaces. J’imagine que pour le travail d’écriture, la traduction, la création, enfin l’écriture de nouveaux romans, etc. tu planifies aussi quelques mois en avance ce que tu fais ?

Alan. – Oui. J’essaie de voir à peu près quand un livre va sortir. Je ne fais pas systématiquement de précommandes. Ça va dépendre des plateformes. C’est vrai que sur Amazon, je ne suis pas sûr que ça soit très utile. Ça peut même apparemment se retourner contre les auteurs qui le font, parce qu’en fait…

Cyril. – Oui, on a eu un exemple récent dans le groupe. Dans un groupe où on est présents. Le problème, aussi, c’est que c’était une précommande deux jours avant !

Alan. – Oui, c’était…

Cyril. – La précommande est à utiliser avec discernement. Et je pense que… Par exemple, pour un livre… Enfin, bon, là, tu l’as déjà écrit, Le Cycle d’Ardalia, mais pour un livre comme Le Cycle d’Ardalia, avoir le premier tome, et puis tu sais que tu vas avoir un deuxième tome, et tu sais quand est-ce que tu vas pouvoir le sortir… Commencer à le mettre en précommande, c’est bien parce que l’idée, c’est surtout d’enchaîner comme ça les ventes de livres et de conserver le lecteur. Parce que ton lecteur ne va pas forcément s’inscrire à la newsletter, donc il ne sera pas forcément au courant. Mais si par contre il voit qu’il y a déjà un autre tome qui est en précommande, il peut déjà s’inscrire.

Alan. – Voilà. Là, on n’est pas sur une stratégie de pic de ventes, mais sur une stratégie de fidélisation, effectivement, en mettant très tôt les précommandes pour qu’on ait un vrai suivi et que les lecteurs soient en confiance et continuent à nous suivre. C’est une bonne stratégie aussi, oui.

Cyril. – Dans toutes les stratégies que tu as pour percer le marché américain, il y a aussi… Récemment, tu t’es mis à publier au fur et à mesure (republier, en fait) le tome 1 du Cycle d’Ardalia. Sur Wattpad.

Alan. – Oui, parce que c’est une plateforme qui regroupe beaucoup de monde. Quand on regarde les statistiques de lectures des livres, on s’aperçoit que c’est vraiment le monde entier : l’Afrique, etc. l’Inde… On peut trouver pas mal de pays qui téléchargent. Donc ça permet de toucher des lecteurs un peu partout, et c’est vrai qu’on a eu un exemple qui irrite toujours… Il faut toujours se méfier des exemples d’auteurs qui réussissent très fort, parce que ça attire derrière beaucoup de monde.

Cyril. – Mais ce n’est pas forcément reproductible.

Alan. – Exactement, ce n’est pas forcément reproductible. Mais je tente quand même le coup pour essayer de trouver du monde, parce que je pense que…

Cyril. – Oui, ton objectif, à toi, c’est surtout de développer ton lectorat. Et ensuite…

Alan. – Voilà. Surtout sur le marché américain. Je ne fais pas de dédicaces aux États-Unis, donc je…

Cyril. – Oui, c’est difficile !

Alan. – Je ne suis pas en porte-à-faux par rapport à des livres que je mettrais gratuits en numérique, que je revendrais en papier là-bas. Donc ça me rend plus libre, par rapport à ma démarche aux États-Unis.

Cyril. – Donc ça fait vraiment beaucoup d’axes différents de développement : en France, en Europe, dans le monde entier… Essayer, par tous les moyens possibles et imaginables, de développer son lectorat pour pouvoir ensuite avancer sereinement sur de nouveaux livres.

Alan. – Voilà. C’est vrai que j’essaye comme ça toujours de trouver des terrains où je peux trouver du monde, pour ensuite, quand je lance quelque chose, déjà avoir préparé le terrain. Donc ça, c’est important pour moi. Parce que c’est vrai que je suis un auteur qui fait attention à ses livres. Je ne suis pas un auteur très productif, mais j’aime bien, quand je lance des choses, arriver à ce que ça ne soit pas simplement des bouteilles à la mer, mais qu’il y ait quand même… Que ce soit focalisé sur des destinations précises.

Cyril. – L’idée, c’est de durer. C’est d’avoir une stratégie. De penser pas seulement à un livre que tu as écrit précédemment, mais de…

Alan. – Voilà, c’est ça : c’est vraiment d’avoir cette stratégie à long terme, qui permet, s’il y a des retournements de marché, etc. On n’est pas piégé, on…

Cyril. – Oui, parce que des retournements de marché, il y en a tout le temps ! Il y a Oyster qui vient de fermer. Alors, Oyster, c’était uniquement pour les États-Unis, c’était une petite plateforme… Enfin, c’était la moins importante des trois premières plateformes de forfaits de lecture, mais elle a disparu d’un coup, du jour au lendemain, et il y a un million de livres qui ne sont plus disponibles.

Alan. – Oui. Et on sait que Scribd aussi a eu des problèmes avec ses romans, enfin ses livres de romance, qu’ils ont évacué du site parce que ça leur revenait trop cher. Donc évidemment, ça prouve bien quand même que le modèle de souscription électronique est loin d’avoir trouvé son équilibre financier.

Cyril. – Moi, je ne pense pas que Kindle Unlimited rapporte de l’argent à Amazon.

Alan. – Je ne le pense pas non plus !

Cyril. – Je pense que c’est un loss leader. Qu’ils le font parce que les gens qui restent sur Kindle vont racheter des livres sur Kindle. Les gens qui sont sur Kindle Unlimited, ce sont des gens qui lisent beaucoup. Ce sont les plus gros lecteurs.

Alan. – Oui, ce sont les plus gros lecteurs.

Cyril. – Et ce sont des gens qui vont lire des livres sur Kindle Unlimited et qui vont acheter des livres qui ne sont pas sur Kindle Unlimited.

Alan. – Oui, ce sont des gens qui veulent en avoir pour leur argent. Donc ils vont télécharger beaucoup. Ils veulent que les 9,99 € ou les 9,99 USD qu’ils mettent soient rentabilisés. Donc évidemment, pour Amazon, ce n’est pas rentable directement. Amazon se sert des ventes indirectes. C’est là toute la complexité du truc pour les auteurs, parce qu’Amazon n’est pas sur la même échelle que les autres plateformes qui elles se contentent de ne faire que de l’e-book, sans… C’est l’un des aspects qui font que pour l’instant, il y a quelque chose d’assez factice dans cette nouvelle économie qu’a mise en place Amazon. Le fait qu’un livre emprunté via Kindle Unlimited rapporte autant qu’une vente en termes de visibilité… Enfin, on ne sait pas si c’est exactement autant, mais on sait que ça génère un boost sur la visibilité. C’est assez factice. Et en fait, l’un des moyens de le démontrer, c’est de se dire que si un livre, par exemple, avait besoin de 100 ventes pour atteindre la 5e place sur le marché français (100 ventes par jour), avant Kindle Unlimited, si ce livre était vendu à 3 €, l’auteur aurait reçu 2 € fois 100, donc 200 € par jour. Alors qu’avec Kindle Unlimited, il ne va peut-être recevoir qu’un euro. Ça va être une somme bien moindre.

Cyril. – Ça sera peut-être partagé en deux. Il y aura peut-être 100 € de ventes et 0 € de Kindle Unlimited.

Alan. – Voilà. Ce qui veut dire en termes pratiques, tout simplement, qu’Amazon met moins d’argent, enfin : redistribue moins d’argent sur sa plateforme Kindle qu’auparavant. À tous les auteurs, que ce soient même les auteurs traditionnels, puisque tous les auteurs, même ceux qui ne participent pas à Kindle Unlimited, sont impactés par le fait que les classements des livres Kindle Unlimited sont meilleurs que ceux des livres qui ne le sont pas.

Cyril. – Et puis Amazon nous a prouvé au mois de juin qu’il pouvait changer sa politique du jour au lendemain.

Alan. – Complètement.

Cyril. – Le fait du roi !

Alan. – Voilà, c’est le fait du roi.

Cyril. – C’est le fait du roi ! Avant, on avait un système qui vous payait quand le lecteur avait lu plus de 10 % du livre. Dans les 10 %, vous pouviez avoir la table des matières, un forward, une préface, etc. ce qui faisait qu’il y avait des gens qui avaient trouvé le moyen astucieux de faire des petits livres où il y avait… Allez, un livre de trente pages avec trois pages de table des matières ! Ils avaient joué le système. Mais il y avait quand même des gens qui faisaient ce système de Kindle Unlimited de manière normale et en toute honnêteté. Et du jour au lendemain, ça a changé. On est passé au système de paiement avec le KNPC, le paiement à la page lue.

Alan. – C’est à partir de ce moment-là que sur mon blog j’ai été plus virulent, on va dire, contre Amazon, parce que je me suis rendu compte que ce système-là s’adressait vraiment à des romans longs. Et quelque part, pour Amazon, c’est une manière de contrôler les prix des livres. C’est-à-dire qu’auparavant, ils jouaient beaucoup sur le fait que les auteurs indépendants mettaient des romans longs à 0,99 USD ou 0,99 € (donc 99 centimes) pour concurrencer l’édition traditionnelle. Et là, c’est eux, finalement, qui décident un peu du prix à la page chaque mois. Et chaque mois le temps peut changer. Donc c’est pour eux une manière de mettre un peu le couvercle, enfin d’avoir le contrôle sur les prix des e-books quelque part.

Cyril. – Enfin bon, tout ça, ce sont des choses qu’on ne maîtrise pas. Ce qu’on maîtrise, c’est le travail qu’on fait, nous. C’est pour ça qu’il faut avoir le plus de lecteurs possible, de toutes les manières possibles. Et là-dessus, je pense que tu es bien engagé.

Alan. – Voilà. Je suis bien engagé. Je pense qu’il faut se focaliser sur le plaisir qu’on a à écrire. Il y a l’aspect marketing qui est important, on en a beaucoup discuté parce que forcément, ce podcast est suivi par des auteurs autoédités, donc on parle un peu technique, on parle un peu manière de toucher des lecteurs, mais en tant qu’auteur, on fait… C’est un métier de passion, donc on fait ça parce qu’on aime. On en tire du plaisir. Les maisons d’édition traditionnelle ont eu tendance longtemps à profiter de ça pour dire : « Vous avez besoin d’un métier alimentaire à côté ; ce n’est pas un vrai métier ». En gros ! Mais derrière, le marché de l’édition traditionnelle rapporte quand même dix milliards de dollars, je crois, aux États-Unis. Même peut-être plus ! Donc derrière, on voit quand même qu’il y a toute une industrie, qui exploite beaucoup les auteurs. Donc l’important, c’est de se focaliser sur le plaisir d’écrire et derrière, d’essayer d’en vivre. Je pense que c’est quelque chose d’important, dans cette société de loisirs qu’est la société d’aujourd’hui, de montrer… De faire partie de cette évolution de la société.

Cyril. – Il y a une chose que je ne dis pas assez souvent, c’est qu’on parle beaucoup de stratégie marketing, on parle beaucoup de stratégie d’édition, mais on est dans de l’autoédition et au centre de l’autoédition il y a le livre. Le livre qu’on a écrit. Le livre qu’on a porté. Le livre qu’on a eu plaisir à écrire. Et le livre qui doit donner du plaisir aussi au lecteur. Ça, c’est quelque chose que je n’ai… Ça fait partie des axiomes qui sont… Qu’on ne cite pas assez !

Alan. – Oui, parce qu’en fait, on doit s’amuser soi-même pour pouvoir aussi amuser le lecteur et faire en sorte… C’est vrai qu’on ne le cite pas assez, parce qu’on est focalisé… On a besoin d’en vivre, donc forcément on est focalisé sur cet aspect-là. Mais le plaisir doit rester au centre parce que c’est ça qui est notre motivation, qui nous permettra de continuer dans les jours difficiles où on a plus de mal.

Cyril. – Oui, c’est vrai aussi. Écoute, Alan, merci beaucoup pour cet entretien. Pour avoir partagé ton expérience, en France et ailleurs, avec tout le monde.

Je sais que tu n’as pas d’actualité particulière en ce moment. Pas de lancement prévu. Tu es surtout en train de travailler sur la traduction en anglais du troisième tome. Mais j’invite tout le monde à découvrir tout ce que tu as fait. Et pour une fois, je mettrai essentiellement des liens vers Kobo et iBooks ! Pour souligner un petit peu cet aspect des choses. Écoute, je te souhaite plein de plaisir à continuer dans ces voies-là et puis de faire en sorte que tu puisses en vivre mieux et que ça puisse à long terme être ton activité principale. N’hésite pas à me contacter et à revenir dans ce podcast pour reparler d’autre chose.

Alan. – Merci. Volontiers ! Et je t’en souhaite tout autant, de réussite.

Cyril. – Merci. À bientôt. Au revoir.

Alan. – À bientôt. Au revoir.

10 réflexions au sujet de « Episode 23 : Vendre en librairie, mais viser l’Amérique avec Alan Spade »

  1. Bravo pour ce nouveau podcast.
    C’est un plaisir de suivre les analyses de Alan Spade qui ne s’en laisse pas conter!
    Moi qui suis plus dans l’intuition et le global pour ne pas me prendre la tête, j’ai bien besoin de personnes qui m’expliquent un peu le fond des choses, et j’ai appris plein de choses sur KdpSelect.
    Chapeau pour son travail acharné et ravie de savoir que le succès est au RV.
    Merci Alan et bonne chance <3

  2. Quand Alan va chez un libraire ou dans un supermarché faire une séance de vente-dédicace, Est-ce qu’il donne un pourcentage sur les ventes à son accueillant, ou verse-t-il une somme forfaitaire pour l’utilisation de l’espace? signe-t-il un contrat? Comment se passent les choses?

    1. @martine : je n’en sais rien, et je pense que le mieux est de contacter Alan Spade sur son blog http://alanspade.blogspot.fr/ A relire ses bilans annuels, il ne me semble pas qu’il paye quoi que ce soit aux libraires de fixe, qui y trouvent de leur côté de quoi animer leurs espaces culturels.
      Il a aussi essayé le dépôt vente, mais c’est pénible à gérer (je crois).

      1. Je comprends les interrogations de Martine,
        et ça doit poser question à tous les auteurs qui lisent ce podcast! 🙂
        C’est vrai qu’en écoutant son entretien, c’est la question qu’on se pose car il dit qu’il en vit. Donc, en gros: combien vend-il de livres? à quels prix? à quelle fréquence? quel part laisse-t-il aux libraires qui l’accueillent? etc…
        Je vais aller sur son blog lui demander s’il peut répondre ici, car cela complèterait l’entretien si des personnes se posent les mêmes questions…
        Bravo encore, sa démarche est courageuse et originale!

        1. Pour mes ventes de livres, je te renvoies, Alice, à mes bilans:

          http://alanspade.blogspot.fr/2015/01/bilan-2010-2014-annee-par-annee.html

          Je vais dépasser les 1000 ventes de livre papier cette année (j’ai encore fait 42 sur deux jours au Cultura de Gennevilliers samedi et dimanche, qui n’est pas l’endroit où je vends le plus), contre environ 500 ebooks.

          Sur un livre que je vends 21 €, je touche entre 10 et 11,5 euros.

          Je précise que ce que je définis comme “succès personnel” sera vécu comme “se vautrer complètement” par quelqu’un dont les critères sont différents, et que je me contente clairement de peu pour survivre.

          Je n’ai jamais prétendu m’enrichir avec l’autoédition, juste en vivre, et même “tout juste en vivre” représente pour moi un succès, et vaut complètement de m’investir à fond là-dedans.

          1. Ton énergie m’impressionne vraiment. J’aurais sûrement fait pareil si j’étais plus jeune, j’avoue que j’en ai tellement fait déjà dans ma vie, mais que là devant l’énormité de ton travail, je cale.
            En librairie, quand j’arrive à en vendre 10 je suis très satisfaite!
            Mais attention, avec seulement 10% pour moi (puisque le livre est édité) et encore, 10% que je verrai dans un an et demi environ! 🙂
            Donc je t’applaudis des deux mains.
            Tu as bien raison de foncer et de faire ce que tu fais et de t’en donner les moyens.
            Le but est atteint: faire ce que tu aimes et en vivre. S’enrichir serait un autre débat et on est bien d’accord, pourquoi pas mais ce n’est pas l’essentiel!
            Simplement ce que tu fais ce n’est pas à la portée de tout le monde, il faut une energie incroyable!
            Chapeau!

    2. Bonjour Martine,

      Je préfère toujours un pourcentage à une somme forfaitaire, et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’évite les salons.

      Les Cultura prennent 30%. J’arrive à négocier du 20% en grande surface.

      1. J’oubliais: les Fnac ne descendent jamais en dessous des 40%, à ma connaissance (ils font peut-être exception si tu t’appelles Stephen King ou François Hollande). Donc, j’évite les Fnac.

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