Les réponses aux questions sur les ebooks – Jour 2

Cet article fait partie d’une série sur “les 100 questions de l’édition d’ebooks”. Vous pouvez retrouver la liste complète des questions ici

Est-ce qu’on peut devenir riche ?

Oui, on peut.

Je vous assure que quand mon père parlait de chiffre d’affaires de plus d’un million d’euros par an dans l’édition numérique, il ne mentait pas. Il voyait par contre l’édition comme une activité qui ne se limitait pas à l’écrit.

Joe Konrath, une des figures de l’édition numérique aux Etats Unis, a gagné 50 000 dollars par mois.

Est-ce que vous allez devenir riche ? Ce n’est pas mathématique. Ce n’est pas assuré. Ce n’est d’ailleurs probablement pas votre but.

Mais si c’est votre but, votre réel but, vous pouvez le faire. Le nombre de lecteurs de livres numériques est suffisant, les liseuses et les canaux de lecture sont là. Les premiers bons chiffres de vente commencent à arriver.

Surtout, l’édition est une activité de capitaliste, de rentier. Chaque livre que vous éditez est une petite entreprise qui vous rapporte de l’argent. C’est un excellent investissement de votre temps et de votre génie. Et avec de l’intelligence, de l’opportunisme et de la créativité, votre investissement peut vous rapporter de l’argent pendant des années.

Demandez aux héritiers d’Hergé ou d’Uderzo pourquoi ils se déchirent : même après le décès des créateurs, le gateau est énorme. D’ailleurs Astérix est le plus gros tirage en édition de l’année 2013 : 1 300 000 exemplaires.

C’est un des moyens qu’ont utilisé les éditeurs “classiques” pendant des années pour assurer une activité pas forcément très rémunératrice mais intéressante en termes de chiffre d’affaires: faire travailler leur fond éditorial. Leur fond de catalogue.

Si vous avez un fond éditorial riche avec plusieurs livres, et qu’ils se vendent régulièrement même “petitement”, chacun de ces livres vous rapporte chaque année un peu d’argent. Un peu de chiffre d’affaires. Ou un peu plus si vous faites des progrès en termes de marketing.

En faisant de l’édition numérique, vos coûts de stockage et de production sont proches de 0 à l’exemplaire vendu. Pas de frais d’impression, pas de frais de stockage ou de diffusion (transport etc).

Bien sûr, vous n’êtes pas non plus à l’abri de faire un lancement qui marche bien en plus. Si vous vendez plusieurs milliers d’exemplaires d’un livre quand il sort, c’est autant qui vient mettre du beurre de qualité supérieure dans vos haricots extra-fins.

Est ce que l’édition classique est foutue ?

Quand je parle d’édition classique, il faut faire attention à ne pas tout mettre dans le même panier. Certains éditeurs ont une approche purement commerciale et grand public de leur métier. D’autres ont une approche presque religieuse. Certains vont fonctionner avec des gros tirages dans des grands magasins, des grandes surfaces culturelles spécialisées (Fnac, ex-Virgin, ex-Borders pour les USA), d’autres avec des distributeurs plus confidentiels et plus pointus.

Je comprends tout à fait mes amis et mon entourage qui me disent qu’ils n’achèteront jamais un lecteur d’ebooks. Moi même je ressens un frisson en rentrant dans une grande librairie, comme ce grossiste qui existait boulevard Saint Germain, où j’arpentais les rayons avec mon père.

Je continue à acheter des livres, même si j’achète plus volontiers des ouvrages d’occasion, ou des beaux livres, exceptionnels par la richesse de leur contenu : livres de design ou de graphisme, livres de photographie…

Mais je regarde mon usage : fatigué un temps de traîner tous ces livres de logement en logement, j’ai disséminé ma bibliothèque de romans, puis arrêté d’en acheter. Par contre depuis que j’ai un Kindle, j’ai explosé mon nombre de livres. Il faut vous dire que mon père m’a donné la mauvaise habitude de lire les romans en série.

176 livres sur mon Kindle. 50 sur mon iPad. Je crois que je dois aller consulter. Or les livres du Club Positif bien sûr. Et pas tous des ebooks de 35 pages : la quadrilogie du Trône de fer en anglais, 5678 pages.

Le livre classique est en danger. Les grandes surfaces culturelles et les libraires ferment (Virgin, Chapitre). Quand une librairie ferme, ce sont des emplois, mais aussi l’accès à la culture, parfois la seule librairie variée d’une ville.

Est ce qu’on ne va acheter nos livres que dans des hypers ? Avez vous vraiment envie d’avoir le choix proposé par Auchan, Carrefour ou Leclerc ? Si des grandes surfaces culturelles ou des chaînes ont l’habitude d’avoir un nombre limité de références et de livres, c’est encore pire pour les hypermarchés.

Ils vont aller chercher uniquement des livres dont ils sont sûrs de pouvoir les écouler.

La variété de l’édition classique risque donc de se dégrader encore.

La domination des ebooks et de la vente par internet est-elle alors inéluctable ? En tout cas elle va progresser. Il y a un cercle vertueux entre les livres et les liseuses : plus il y a de bons livres à lire, plus c’est intéressant d’avoir une liseuse, plus cela pousse les éditeurs à aussi travailler sur la version numérique des livres.

Et la fermeture des librairies rend l’intérêt des ebooks plus fort encore. Quand il n’est pas possible de trouver les libraires qui vont pouvoir vendre des livres à intérêt plus spécifique, plus recherché, où va-t-on se retourner ? Vers la vente par correspondance, et les ebooks.

Alors le terme de “foutu” est peut être un peu fort, mais l’édition classique va encore vivre une métamorphose plus forte dans les années qui viennent. Elle ne se fera pas sans heurt et sans drame. Il peut en ressortir quelque chose d’aussi bien ou de moins bien, et ça c’est le travail des éditeurs qui le permettra.

Est ce que toute les librairies vont fermer ?

Oui, certaines librairies vont encore fermer. Et pas que par la faute du grand méchant loup Amazon (ou le bouc américain).

Les français lisent moins: 69% ont lu un livre au cours des 12 derniers mois en 2013, contre 74% en 1997.

Surtout le chiffre d’affaires du secteur a fondu comme peau de chagrin : de 14,9 Milliards d’euros en 2000 à 2,7 Milliards en 2013.

Le mode de distribution des livres impose des difficultés aux libraires. Le secteur bouge, se transforme. Et qui dit transformation dit ouvertures et fermetures, embauches et débauches.

En 13 ans, la distribution a beaucoup changé (source Ministère de la Culture) :

Canal de vente Part de marché 2000 Part de marché 2013
librairies et librairies de grands magasins 22,2% 18%
grandes surfaces spécialisées 17,2% 22%
grandes surfaces non spécialisées 17,8% 19,5%
maison de la presse 9,1% 4%
VPC et internet 24,1% 32%

Et la rentabilité de la librairie indépendante est faible: 0,6% du chiffre d’affaires sur un échantillon de 800 magasins.

Est ce que tout ceci est la faute du livre numérique? Non. C’est l’usage des lecteurs qui a changé.

Il faut comprendre que les gens ont une certaine durée incompressible de loisirs. Disons arbitrairement 4 heures par jour (ce qui est optimiste). Ces 4 heures se partagent entre lecture, TV, cinéma, consoles de jeux, sorties, théâtre etc. Si les gens passent plus de temps devant leur ordinateur à se connecter à Facebook ou à regarder des vidéos sur YouTube, à jouer à leur PS4 ou à aller au cinéma, c’est autant moins de temps à consacrer au livre.

Donc de manière générale le livre est en perte de vitesse.

Pourtant dans ce secteur en berne, le livre numérique voit son usage augmenter. 49 millions en 2010, 81 en 2013. Et surtout 13 millions en téléchargement en 2010, 70 millions en 2013.

On a donc deux courants contraires : un cercle vicieux et en développement pour l’édition papier des livres, un cercle vertueux et ascendant pour l’édition numérique des livres.

On n’en est pas encore à 20% des livres vendus sous forme numérique. Quand on atteindra ce seuil, le changement sera encore plus rapide. De plus en plus de lecteurs seront exposés au numérique, des livres dont on parlera ne seront disponibles qu’en numérique au début. Quand les lecteurs auront goûté au numérique, ils apprécieront ses avantages, sans se préoccuper de ses inconvénients : le coût du livre, la portabilité des liseuses, une sélection de titres plus large et plus facile.

4 réflexions au sujet de « Les réponses aux questions sur les ebooks – Jour 2 »

  1. Bonjour Cyril,
    je trouve ton idée super, il y a tellement de questions qu’on se pose quand on commence, et même si les réponses sont bien souvent déjà dans la formation, on a parfois besoin d’affiner ou d’orienter différemment questions et réponses.
    Je viens dans tes commentaires apporter de l’eau au moulin et parler de mon experience mais aussi mettre en garde.
    Malgré ma réussite éclatante, je reste lucide et je sais la part du coup de bol.
    Avant ma formation, je n’avais jamais entendu parlé des “Godefroy”, ;-D !
    Je suis donc tombée par hasard sur la présentation de Christian Godefroy, de la formation Kindle Bank System.
    Si je l’ai suivie, ce n’était pas pour avoir un revenu passif, mais pour éviter des gâchis.
    Gâchis des mes livres édités mais ayant fait leur temps, dont les éditeurs m’avaient rendu les droits, et donc auxquels les lecteurs (même rares) ne pouvaient plus avoir accès.
    Gâchis de certains de mes livres envoyés à des éditeurs et refusés.
    J’ai trouvé cette formation si complète que j’ai décidé d’éditer ensuite en numerique également d’autres personnes que moi.
    Après quelques coups d’essai, j’ai sorti Un palace en Enfer.
    Je l’avais travaillé en suivant à la lettre les conseils de Christian. (couverture, titre, pseudonyme… etc.)
    Je ne vais pas raconter ici le succès qui a suivi, et qui va aller en grandissant si j’en juge ce qui s’annonce pour moi pour 2015.
    Mais quand je compare avec mes autres titres, il faut savoir qu’ils ne font que des ventes très modérées.
    Ce que je veux dire c’est donc: oui je peux témoigner que ça peut marcher de façon extraordinaire, et attention, on ne sait pas trop pourquoi ni comment la machine s’emballe tout d’un coup… mais ce n’est pas à tous les coups lon gagne.
    Je crois que ce qui me paraît raisonnable, c’est de privilégier le plaisir.
    Il faut faire de l’édition et de l’écriture numerique avec du plaisir. Parce que l’on aime ça. Que chaque jour à travailler sur un livre est un plaisir, y compris les fastidieuses corvées de correction, ou les douloureux mauvais commentaires des grincheux. Ne rien attendre de plus que ce plaisir au quotidien.
    Le cadeau de la réussite sera donc la cerise sur un gâteau déjà très bon…
    C’est une vision des choses épicurienne: se contenter de peu, faire bien son travail, et le retour peut être fabuleux…
    J’espère que mon témoignage aidera et encouragera certains, sans provoquer de désillusion si ça ne marche pas tout de suite…

    1. Alice,
      Je ne suis toujours pas d’accord sur le fait que le succès est un coup de chance. Du travail, du temps, de l’expérience, et de l’opportunisme. Je me rappelle (mais je n’arrive pas à remettre la main dessus) la première couverture d’Un Palace en Enfer. Elle était déjà bonne, mais il me semble qu’il y a eu des améliorations depuis la première sortie, non?
      Ah, si la voilà : Un palace en enfer, première couverture

      Je suis d’accord aussi que le plaisir est important, mais il faut aussi que ce soit un plaisir qui perdure. Il faut donc que les efforts rencontrent une forme de succès, et que ce succès permette d’en connaître d’autres.

      Et je ne dirai pas qu’à tous les coups on gagne, mais il y a des stratégies gagnantes sur le moyen et le long terme. Des stratégies qui permettent de sortir de la pauvreté ou de l’économie de l’auteur auto-édité.

      Où se situe la réussite ? A 15 000 exemplaires, oui, certainement. Mais aussi à 1 000 exemplaires, à 500 exemplaires appréciés. 500 exemplaires par an d’un roman, est-ce si difficile à atteindre?

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