Oyster, Amazon et Google

Hier 21 septembre, le service de vente et d’abonnements aux ebooks Oyster a annoncé qui allait faire un coucher de soleil… Sans mentir, c’est le terme sunset qui a été utilisé.

Oyster est un service anglo-saxon d’abonnement à de la lecture illimitée et de vente d’ebooks qui a ouvert en septembre 2013. Le catalogue était assez riche, avec 1 million de titres, des partenaires comme Smashwords et Draft2Digital, et publiait des livres aussi bien des indépendants que des big five.

Cette fermeture survient un peu plus d’un an après l’ouverture par Amazon de son offre Kindle Unlimited qui était presque un copier-coller de l’offre d’Oyster ou de Scribd (le troisième fournisseur majeur de forfait de lecture). Limité aux États Unis, et n’ayant jamais réussi à décoller, Oyster a finalement bu la tasse.

De nombreuses choses ne sont pas claires dans cette fermeture, car Google est impliqué mais sans une communication explicite. En effet Google a signé un accord pour récupérer la majorité des salariés d’Oyster. Mais la société elle-même, son catalogue, ses clients, ce n’est pas dit clairement pour le moment, ni dans un sens, ni dans l’autre.

Avec 1 million de pages lues par mois, il faut dire qu’Oyster faisait pâle figure face à Kindle Unlimited et ses 2,3 milliards (2 300 000 000) de pages lues estimées en août 2015.

Qu’est-ce que cela veut dire pour les auteurs ? Déjà pour les auteurs qui avaient contracté avec Oyster, c’est génial car le communiqué de presse ne parle pas d’eux… Est-ce que leurs droits seront payés ? Est-ce que leur contrat continuera ailleurs avec quelqu’un d’autre ? Donc, comme d’habitude, l’auteur est la 6ème roue du carrosse (celle dont on ne parle pas).

Il ne reste plus que deux acteurs majeurs aux Usa, le marché le plus important, et celui qui fournit un alignement aux autres. Scribd est déjà en difficulté, comme l’a prouvé l’abandon de la romance au début de l’été. Et Scribd est une deuxième société qui ne gagne pas d’argent aujourd’hui : elle a surtout reçu des millions et des millions de dollars d’investisseurs en capital-risque (au moins 48 millions peut-être pas tout libéré).

De son côté Amazon continue vraisemblablement à traiter Kindle Unlimited comme un “loss-leader”, c’est à dire allonge tous les mois de l’argent dans le fond KDP Select pour continuer à intéresser les auteurs à leur programme d’exclusivité, malgré une baisse de 10% de la rémunération à la page lue entre juillet et août 2015. Difficile d’avoir un chiffre exact sur les abonnés réels à KU, mais les chiffres que j’ai vus sont de plus d’un million d’abonnés, soit 10 millions de dollars de chiffre d’affaires à comparer aux 11,8 millions distribués en  août. Amazon perdrait donc quelques millions de dollars par mois avec Kindle Unlimited.

L’objectif ? Écraser la concurrence, être le seul acteur sur le segment des forfaits de lecture. Garder les clients pour qu’ils continuent à consommer (acheter) d’autres livres et d’autres produits chez Amazon. Et n’allez pas penser que pour Amazon, c’est beaucoup d’argent. Ils ont perdu 214 millions de dollars en 2014…

Donc bientôt, si cela continue, le précipice se rapproche pour Scribd, et qui va se retrouver ultra-dominant sur le marché du “forfait-lecture” ? Amazon.

Sauf que Google semble vraiment s’intéresser aux livres à nouveau ces temps-ci. Et pourrait relancer l’offre d’Oyster à l’intérieur d’Alphabet (la holding qui détient Google).

Bref, on ne sait rien, il faut rester agile et avoir ses lecteurs sous le coude pour pouvoir les balader d’une plateforme à l’autre si on veut survivre… parce que dans 10 ans, Kindle n’existera plus, on lira tous des romans avec un compteur qui nous dira combien de mots on lit, directement relié à nos cerveaux par une Apple Watch avec un logiciel Google.

Une partie de la solution c’est d’avoir votre mailing-list, un vrai contact direct avec vos lecteurs. Et hop, vous avez vu comment je vends mon cours gratuit ?

Pour lire d’autres commentaires :

http://rogerpacker.com/blog/oyster-closes-in-ebook-subscription-shakeout/

http://www.niemanlab.org/2015/09/googles-grab-of-oyster-suggests-ebooks-like-news-are-becoming-content-read-on-big-platforms/ (malgré quelques grosses inexactitudes comme le commentaire sur l’enquête AAP)

Amazon, Google, Apple. Qui manque-t-il pour faire un bel acronyme ?

(M-A-J) : Mark Coker a aussi des choses à dire. Il est directement concerné, puisqu’il est partenaire d’Oyster avec Smashwords.

2 réflexions au sujet de « Oyster, Amazon et Google »

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