Tirer parti de son droit d’auteur en autoédition

Aujourd’hui, c’est la journée mondiale du livre, mais aussi du droit d’auteur. Le livre, tout le monde connaît, c’est ce texte très long qui apparaît sur votre liseuse Kindle ou dans votre tablette. Mais le droit d’auteur, il y a peu de gens qui y pensent de la manière la plus adaptée à eux.

Le droit d’auteur existe à partir du moment où vous écrivez, mais il ne se concrétise réellement qu’au moment où vous rendez publique une œuvre. Il n’y a pas de droit d’auteur pour des choses qui ne sont pas publiées. Il se sépare ensuite en deux parties, dont l’une est incessible, votre droit moral, et l’autre que vous pouvez céder: vos droits patrimoniaux. C’est là que ça commence à devenir intéressant.

Qui dit droit d’auteur dit en fait droit de publier et de toucher les gains éventuels qui résultent de cette publication. Vous pouvez accorder l’exploitation de vos droits d’auteur pour une forme ou une autre de votre œuvre, et conserver les droits pour les autres formes ou les céder à d’autres intervenants.

Les droits d’auteur, c’est votre capital et vous devez veiller dessus comme Harpagon sur sa cassette.

Bon, de nombreux auteurs se demandent comment protéger leurs droits d’auteur. J’ai déjà répondu à cette problématique dans un article sur l’ISBN, le dépôt légal etc. Mais pour résumer : il faut divulguer pour que ce droit d’auteur soit reconnu. Et pour faire respecter le droit d’auteur, il faut surveiller, attaquer, enrichir son avocat.

Si cette question préoccupe beaucoup de primo-auteurs, ce n’est pas la plus intéressante. L’aspect le plus intéressant du droit d’auteur est donc l’exploitation. Et quand de nombreux auteurs pensent uniquement au lancement de leur livre dans une version et sur un territoire, il faut être beaucoup plus ambitieux et penser directement à conquérir le monde et s’infiltrer partout.

Dr.-Evil
Et on va réclamer 100 milliards de dollars !
Bon, déjà les auteurs pensent avant tout au lancement de leur livre. Mais ce n’est pas là toute la durée de vie de leur œuvre. Pourquoi sinon le droit d’auteur aurait-il cette considérable durée ? Si seul le lancement avait une importance, on aurait fixé la durée du droit d’auteur à 10 ans après la divulgation, allez soyons généreux, 20 ans. Or les droits d’auteurs durent 70 ans après le décès ? Comment cela, un livre pourrait avoir plus de 150 ans de valeur patrimoniale ?

Posez la question aux héritiers de Ravel et de son Boléro. A ceux d’Hergé… célèbres pour leurs luttes de pouvoir. Oui, on peut exploiter un livre pendant des décennies et tirer des bénéfices de livres publiés il y a très longtemps. Posez aussi la question aux éditeurs qui publient des textes anciens : le font-ils par charité pour leurs auteurs ?

Exploitation et contrat d’édition

Quand un auteur passait systématiquement par un éditeur et lui confiait ses droits d’exploitation, ce dernier se retrouvait toujours en position de force, comme garde-barrière (et non garde-fou) et comme douanier. Or que fait un douanier ? Il impose ses conditions. Les conditions largement pratiquées aujourd’hui encore sont donc cession des droits pour la durée de leur existence, soit la vie de l’auteur et 70 ans après.

C’est presque plus long que la plupart des mariages ! 😉

Or voudriez-vous vous marier avec quelqu’un dont vous ne vous savez pas s’il va vous respecter et s’occuper de vous correctement si vous n’aviez pas aujourd’hui la possibilité de divorcer civilement ? Après tout, nous changeons au cours du temps, et ce qui est valable aujourd’hui ne le sera pas forcément dans 5 ans ou 10 ans.

Dans l’édition, le seul moyen d’obtenir un divorce avec ce type de contrat était la clause de fin d’exploitation : il fallait prouver correctement qu’un éditeur n’exploitait plus les droits attachés à une œuvre pour pouvoir les récupérer. Donc demander s’il y avait des réimpressions, obtenir l’état du stock, prouver que ce stock n’existait plus et dire au revoir avec plusieurs recommandés avec A.R. Vous trouverez plusieurs articles sur internet sur la question.

Avec l’évolution de la technologie, cette clause de sortie n’est plus valable. L’éditeur peut se mettre d’accord directement avec un prestataire d’impression à la demande, ou passer par Amazon/Createspace qui met en avant sa capacité d’impression à la demande auprès des éditeurs, et quand vous demandez de vérifier l’exploitation de votre livre, vous vous rendrez compte qu’il est toujours “exploité” même si cette exploitation se résume à peau de chagrin.

Il faut donc désormais systématiquement faire rentrer dans les contrats une durée finie dudit contrat (avec clause de renouvellement au mieux disant, évidemment). Sus au pouvoir du capital ! Détruisons la toute-puissance de l’éditeur.

Je ne vous dis pas que ce sera facile à obtenir, je ne vous dis pas non plus que c’est automatique. Mais en tant qu’auteur-entrepreneur ou même auteur indépendant, vous devez négocier avec un éditeur contre ses habitudes d’une autre époque pour protéger votre capital et votre travail.

Une autre habitude terrible des contrats d’édition de l’ancien temps est celle de la cession de TOUS les droits d’adaptation. C’est à dire que l’éditeur avait les droits pour la version reliée, brochée, poche, livre audio, adaptation télévisuelle. Au moins sur le dernier point la loi a-t-elle évolué dans le bon sens, puisque la question des droits audiovisuels doit maintenant faire l’objet d’un autre contrat.

Mais un livre n’est pas qu’un livre

Il y a évidemment la question de la version numérique. Les e-book sont de plus important de plus en plus importants dans l’édition. Or un éditeur traditionnel n’est toujours pas le meilleur partenaire pour les versions numériques. Sa force est dans l’édition papier, et dans sa capacité à distribuer votre livre auprès des libraires physiques. Aujourd’hui, céder ses droits numériques à un éditeur traditionnel alors que celui-ci a peu d’expérience dans l’édition numérique est probablement une erreur, ou au moins un risque pris.

Un auteur qui désire exploiter au maximum les droits attachés à ces œuvres peut choisir de séparer l’exploitation la version papier de l’exploitation de la version numérique. Par exemple, les auteurs qui ont bien vendu sur Kindle et qui ont trouvé ensuite un éditeur papier, par exemple Alice Quinn ou Amélie Antoine ont conservé leurs droits sur les versions numériques. Cela ne veut pas dire que cela va ne que cela ne va pas changer qu’elles ne vont pas trouver d’autres partenaires pour s’occuper de l’édition numérique, ou qu’elles n’accorderont jamais l’exploitation de des versions e-book à leur éditeur papier. Mais elles sont devenues toutes les deux des auteurs hybrides, travaillant à la fois en solo, en indépendante, pour la version numérique, et avec un éditeur papier pour la version en librairie.

Même dans le cas ou on travaille avec un éditeur traditionnel et où on lui confie ses droits pour la version numérique, il est prudent de poser des conditions particulière sur la version numérique. Ainsi, de nombreux éditeurs ont la fâcheuse habitude de fixer des prix pour les versions numériques qui ne correspondent pas forcément aux attentes des lecteurs. Le cas général est une décote de 30 % par rapport au prix du livre papier, ce qui peut donner lieu à des aberrations ou la version numérique et plus chère qu’une version poche, puisque la décote s’applique sur la version reliée, pas sur la version poche.

Sur le numérique comme sur le papier, une limitation de la durée des droits d’exploitation du contrat d’exploitation avec reconduction tacite est donc une bonne politique pour un auteur.

Et il y a le reste, par exemple par exemple le livre audio. On a vu dans un article précédent que le livre audio avait en France, et en francophonie en général, une bonne possibilité de développement. Les Français écoutent peu de livres audio, même s’ils connaissent cette forme de « lecture » et qu’ils en ont profité au cours du temps. Je vous renvoie vers l’enquête d’audible sur ce sujet, enquête que j’ai partagé avec vous à la suite du salon du livre.

Donc le livre audio est aujourd’hui une réserve de développement, et une réserve d’autant plus intéressante que le prix et la valeur d’un livre audio est supérieur à celui d’un livre numérique. Et si les investissements à réaliser pour la création d’un livre audio sont plus importants que pour ceux d’un livre numérique, le coût d’exploitation, le coût de stockage de fichiers numériques et de vente de ceux-ci, ne sont pas tellement différents du livre numérique. En gros, ce que je veux dire, c’est qu’il y a de l’argent à gagner avec le livre audio, à terme.

Cela peut prendre plusieurs mois, plusieurs années, pour rentrer dans l’investissement qui a été fait, mais à terme, vous gagnerez de l’argent. Et n’oubliez pas que vous avez les droits pour toute votre vie plus 70 ans après votre mort.

Donc un livre n’est pas qu’un livre. Cela peut aussi être une histoire, une histoire qui est intéressante pour les autres formes de loisirs : par exemple la télévision ou le cinéma. La loi en France impose désormais aux éditeurs de signer un contrat différent pour les droits d’adaptation audiovisuelle. Et de nombreux auteurs vont signer ces contrats, les yeux fermés presque.

Pourtant, en quoi un éditeur est-il mieux placé pour vendre les droits audiovisuels qu’un boucher ou un boulanger ? A-t-il dans son équipe une personne chargé de négocier la cession de droits d’exploitation audiovisuelle, de trouver des producteurs qui sont intéressé par des scénarios, chargé de créer des synopsis pour la télévision ou le cinéma ?

Les auteurs entrepreneurs, ou les auteurs indépendants qui voient à long terme, conservent les droits audiovisuels et travaillent avec un agent chargé de la vente de ces droits audiovisuels à des producteurs ou à des studios. Le monde de l’édition et le monde de l’audiovisuel sont des mondes différents, et c’est plus intéressant de travailler avec quelqu’un qui est compétent et expert dans le bon domaine.

Conquérir le monde

Une autre mauvaise habitude des contrats d’édition avec des éditeurs traditionnels est la cession des droits pour tous les territoires, pour toutes les langues.

Regardons un instant les opportunités en ce qui concerne le livre numérique, et le nombre de pays que vous pouvez atteindre avec votre livre numérique directement. Il y a évidemment la France, la Belgique francophone, la Suisse, le Canada. Mais il y a aussi tous les autres pays du monde : la du Nord, l’Afrique subsaharienne, une partie de l’Asie ou le français reste pratiqué. Dans ces pays, les versions papier sont difficiles à obtenir et coutent très chèr par rapport au niveau de vie. À l’inverse, les versions numériques sont plus accessibles, même si Internet ne pénètre pas toutes les régions, et le prix peut être adapté à un marché qui n’a pas les mêmes habitudes.

Considérons maintenant la question du papier, et repensons un instant à votre éditeur traditionnel de Saint-Germain. Quelle est sa force ? Sa force est de pouvoir imprimer de nombreux livres, et de les distribuer, diffuser, mettre dans des librairies en France. Parfois, cela s’étend jusqu’en Belgique, et pourquoi pas en Suisse. Tout ça, grâce à son diffuseur. Mais qu’en est-il du Canada ? Il y a quand même plusieurs millions de personnes francophones dans ce pays, et les éditeurs français, à ma connaissance, ne sont pas particulièrement bien distribués au Canada. Vous avez donc un autre moyen de multiplier vos sources de revenus : la diffusion internationale.

Et évidemment, il y a les traductions.

Là encore, votre éditeur français est-il le meilleur partenaire ? A-t-il pour habitude de vendre vos droits à l’international, de faire réaliser des traductions, etc ? De nombreux éditeurs vont prendre ces droits parce qu’ils le peuvent, mais ils ne vont pas forcément les exploiter ni faire d’effort pour trouver quelqu’un pour les exploiter. Je ne dis pas qu’il vous sera plus facile de le faire par vous-même. Mais vous pourriez trouver des partenaires qui ont le même état d’esprit que vous par exemple, et faire des associations, comme celle que j’ai faite avec Joanna Penn sur son livre dans sa version française.

Là encore, il faut traiter la problématique comme Harpagon le ferait, en attendant un retour sur investissement réel sur les droits que vous cédez. Si vous cédez des droits et qui ne sont pas exploités véritablement, c’est comme pisser dans un violon. C’est comme jeter le bébé avec l’eau du bain.

Les désavantages d’une gestion fine des droits d’auteur

Bien évidemment, toutes les déclinaisons des droits dont je viens de parler prennent du temps.

Le temps sera votre premier écueil pour réaliser ce type d’organisation, pour gérer vos droits avec différents intervenants, différentes sociétés, différentes différents exploitants. Mais cet investissement en temps est surtout important lorsqu’il s’agit de le faire pour la première fois, et plus ont le fait, mieux on sait le faire. Si vous trouvez le bon partenaire pour l’édition papier au Canada, il sera évidemment plus facile de travailler avec lui directement pour un autre ouvrage. Il en va de même pour un partenaire sur une version audio : si le partenaire avec lequel j’ai travaillé auparavant sait que son investissement va être remboursé et qu’il aura un retour sur investissement, il sera plus confiant et plus intéressé pour travailler avec vous à nouveau sur un autre ouvrage.

L’autre désavantage est que cela fait beaucoup de petites choses différentes à gérer. Un contrat avec un éditeur version papier, la gestion de la vente en numérique, une version audio, un contrat avec un autre éditeur pour d’autres territoires, et encore une relation avec un agent pour les droits audiovisuels : cela fait beaucoup de sujet différents pour un seul livre.

Mais vous n’êtes pas obligés de tout faire en une seule fois.

Par contre, il est important que vous vous conserviez la possibilité de le faire.

Imaginons par exemple, que vous accordiez les droits pour une version papier de votre livre, mais pas les droits pour une version en livre audio. Dans 5 ans, vous pourrez toujours faire une version en livre audio. Par exemple, le studio Audible est en train de finaliser un enregistrement d’un roman de Jacques Vandroux, un roman qui est paru il y a quand même quelque temps. Jacques peut le faire parce qu’il n’a pas accordé ses droits à quiconque pour la version audio de son livre.

Oui, c’est une autre casquette que celle d’auteur, mais il faut que vous preniez conscience du fait que le livre que vous avez créé, l’œuvre dont vous êtes l’auteur, peut générer de nombreuses sources différentes de revenus, et que ces sources peuvent s’additionner. C’est ainsi que les éditeurs en général gagnent de l’argent, en mettant en commun de très nombreuses sources de revenus. Faites-en de même.

Les petits ruisseaux font les grandes rivières

Rappelez-vous surtout que les éditeurs ne sont pas des œuvres de charité, et que s’il vous demandent vos droits pour l’ensemble des formes d’adaptation et pour le monde entier, c’est qu’ils pensent qu’il y a moyen de gagner de l’argent de cette manière. Demandez-leur de prouver leur engagement, et leur capacité a générer de nouveaux revenus pour vous, ou dites-leur de repasser la prochaine fois.

Les droits d’auteur sont votre richesse, ne les confiez pas à n’importe qui et pour toujours, ils peuvent vous rapporter des revenus pendant toute votre vie, et bien après.

6 réflexions au sujet de « Tirer parti de son droit d’auteur en autoédition »

  1. Bonjour !
    Merci de ce nouvel article très instructif. J’ai néanmoins des questions en suspend 🙂

    J’envisage de faire un livre audio et je peine à trouver des informations sur la protection de l’oeuvre… Faut-il un ISBN ou autre numéro ? Faut-il déposer sa création quelque part (comme à la BNF) ? Comment déclarer les droits d’auteur sur le livre audio, par un copyright classique ?

    Je vous remercie d’avance de votre aide, n’hésitez pas à me rediriger si vous connaissez des articles à ce sujet 🙂

      1. Merci beaucoup pour cette réponse ! C’est une nouvelle aventure et c’est presque aussi effrayant que la publication de mon premier livre en tant qu’auteur indé. C’est l’inconnu avec de nouveaux challenges 🙂

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