Podcast Episode 14 avec Sébastien Cerise

Le podcast pour publier sur Kindle iBooks et Kobo
Le podcast pour publier sur Kindle iBooks et Kobo

Sébastien Cerise fait partie de ces fous qui ont publié sur Kindle peu de temps après l’ouverture de KDP. Il a aussi monté un éditeur indépendant, un service de publicité pour Kindle et d’autres expériences. Il a par exemple fait traduire et publié plusieurs romans pour Amazon.com aux Etats-Unis, sans rencontrer encore le succès et les volumes de cette boutique. Mais le mieux reste de l’écouter vous raconter ses expériences directement.

Pour écouter directement cet épisode :

Associé à Hélène Jacob, Sébastien a donc percé avec Remoras, le premier roman de M.I.A publié sur Amazon, Kobo et iBooks (et même Google Play;-).

Sébastien sort avec Hélène Jacob son 6ème roman ce lundi 8 juin sur Amazon, Kobo et ailleurs. Sur Amazon, il est en pré-commande.

Vous pouvez le retrouver sur le blog MIA ou sur sa page Facebook. Les éditions Hélène Jacob, dont on parle à foison pendant l’entretien  ont évidemment aussi leur site.

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Et toujours un mot de notre sponsor (moi-même) :

J’ai publié la semaine dernière un nouvel ebook sur le marketing dans la boutique Kindle.

Pour en savoir plus…

 

Et voici la retranscription de cet entretien :

Cyril. – Bonjour et bienvenue dans cet épisode du podcast autoédition. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir Sébastien Cerise. Bonjour !

Sébastien. – Salut, Cyril.

Cyril. – Alors, Sébastien, un petit peu avant de te contacter, je me suis dit que ce serait bien d’avoir Sébastien Cerise avec moi pour un entretien, parce qu’on va avoir plein de choses à aborder. Et en préparant cet entretien, je me suis rendu compte d’un problème, c’est qu’il y avait en fait trop de choses à aborder ! Parce que tu as énormément d’expériences, au pluriel.

Sébastien. – Merci !

Cyril. – À la fois en tant qu’auteur, en tant qu’auteur ghost writer (c’est-à-dire ayant écrit pour quelqu’un d’autre, auteur à la commande), en tant qu’autoéditeur, en tant qu’éditeur indépendant… Et puis tu as aussi fait d’autres choses dans le monde de l’édition et de l’autoédition. Alors, on va essayer de parler un petit peu de tout ça et de trouver la forme. Alors, en tant qu’auteur, Sébastien Cerise, aujourd’hui, si vous le cherchez dans une librairie ou sur la boutique Amazon Kindle, vous ne le trouverez pas, parce que Sébastien Cerise, c’est un des deux auteurs qui se cachent derrière le… Enfin, qui ne se cachent pas, d’ailleurs ! Mais qui se présentent derrière le nom de plume MIA. Missing In Action. Tu sors la semaine prochaine, le 8 juin, un nouveau roman, avec Hélène Jacob.

Sébastien. – Tout à fait. Le sixième.

Cyril. – Le sixième, voilà. Il y a déjà cinq MIA qui sont sortis. Est-ce que tu peux déjà nous parler un petit peu de celui-ci ?

Sébastien. – Alors, celui-ci, c’est, je pense, à titre personnel, mon préféré de tous ceux qu’on a faits. Il s’appelle Max. On est partis à la base sur un thriller fantastique et on a évolué vers ce que nos premiers lecteurs appellent un essai philosophique. On pose énormément de questions, on met les pieds dans le plat partout, sur tous les sujets : racisme, homosexualité et compagnie. On voulait vraiment faire un roman à la base, un vrai roman, et puis on s’est décalé, on s’est décalé, on s’est décalé, vers des grandes questions existentielles. On s’est vraiment éclaté. Pour le décrire, c’est vraiment un ovni, Max. C’est quelque chose que je n’ai jamais lu avant, que j’aurais bien aimé lire, donc je suis content d’avoir participé à son écriture. Il faut vraiment le découvrir, il faut voir un peu, peut-être, le trailer vidéo. La description de quatrième de couverture, on l’a faite la plus simple possible parce qu’on ne peut pas dire grand-chose. Il se passe des crimes étonnants sur La Nouvelle-Orléans et il y a toute une histoire, toute une trame derrière. On en a profité, au passage, pour passer quelques petits coups de gueule perso, quelques questions perso, et on a choqué à peu près tout… Tous les lecteurs qui l’ont lu jusque là ont été choqués par une chose ou une autre et tous nous ont dit : « C’est un livre dont on ne sort pas ; j’y ai repensé pendant des jours après », et ça, j’adore !

Cyril. – C’est bien ! C’est un livre, donc, qui stimule l’imagination des lecteurs et qui fait penser.

Sébastien. – Tout à fait.

Cyril. – Donc c’est un nouveau genre. Parce que… Je n’ai pas lu La Trappe, je suis désolé, je l’avoue… Mais au début, c’était plutôt de l’espionnage.

Sébastien. – À la base, oui.

Cyril. – Thriller, espionnage : Rémoras. La Faille, c’était plutôt science-fiction.

Sébastien. – Science-fiction, oui. La Trappe, c’est pareil : anticipation.

Cyril. – D’accord, anticipation. Donc là, c’est un nouveau genre et vous avez à nouveau écrit ça à quatre mains, avec Hélène Jacob, qui est ta complice.

Sébastien. – Avec qui je travaille depuis des années, sur tous les sujets.

Cyril. – Ça se passe comment, d’écrire un roman à deux, comme ça ? C’est beaucoup de discussions ?

Sébastien. – Énormément.

Cyril. – C’est des échanges de textes ? Comment est-ce que vous faites ?

Sébastien. – Alors en fait, c’est d’abord une idée. L’un des deux a une idée. Un truc flou. On en discute pendant quelques heures. Et puis, au fur et à mesure des échanges, on y réfléchit chacun de notre côté, et puis on y revient. On crée une première trame ensemble. Les outils, c’est simple : c’est ce qu’on fait là, c’est Skype. Des discussions sur Skype. On se met d’accord sur une trame. Ensuite, on dégaine un tableau Excel énorme. On construit le livre. Entièrement. C’est-à-dire qu’on connaît la fin avant d’avoir écrit la première ligne. Toujours. Pour nous, c’est très important de savoir où on emmène le lecteur. Après, évidemment, comme tout écrivain, on avance au fur et à mesure, à tâtons, et on ne sait pas forcément tous les…

Cyril. – Partout où on va aller.

Sébastien. – Partout où on va aller, mais on sait où on va arriver. On sait d’où on part, on sait où on va arriver. Et puis, ensuite, on discute. On a une ou deux réunions de discussion sur le sujet MIA toutes les semaines, toute l’année. Le mardi soir, le jeudi soir, en général. Et on avance partie par partie, puis chapitre par chapitre. Ensuite, on commence la rédaction. Donc là, oui, c’est des échanges de textes. À la base, c’était Hélène qui écrivait, en fait, parce qu’elle est extrêmement douée. J’intervenais moins sur l’écriture, plus sur la réflexion. Et puis, au fur et à mesure, ça m’a amusé, vu que j’écris de la non-fiction depuis longtemps, de m’y essayer. Et puis maintenant, on fait effectivement, avec de l’échange de textes. Chaque semaine, on s’envoie les textes qu’on a écrits. On passe ça à la correction, à la réécriture, etc. Et puis, la semaine suivante, on parle du chapitre écoulé et on prépare le suivant. Et rebelote. Pendant six mois, pour avoir un livre. En gros, le processus d’écriture, c’est plutôt quatre mois, d’ailleurs, que six.

 

Cyril. – Oui, vous sortez un nouveau roman, à peu près, tous les six mois. Vous essayez d’avoir un rythme régulier. Et de vous concentrer là-dessus, de manière à vraiment en tirer le maximum.

Sébastien. – Tout à fait. On est très strict sur les processus, en fait. On aime bien. Je pense (Hélène est d’accord avec moi) que même si l’écriture est un processus créatif, la créativité est encore meilleure quand on la met dans un cadre. On aime bien cadrer notre créativité. Sinon, c’est du grand n’importe quoi. Et ça se voit, un livre qui n’est pas cadré, quand on le lit. Donc ça, pour nous, c’est très important. On est très strict sur les process.

Cyril. – Donc ce livre sort… Il est aujourd’hui en précommande sur Kindle. J’imagine aussi sur iBooks ?

Sébastien. – On ne l’a pas mis en précommande sur iBooks pour l’instant. On n’utilise la précommande que sur Kindle. Pour le moment. Parce qu’on vend très peu sur Apple. Ce n’est pas notre… On vend plus sur Kindle, évidemment. Kobo. Et puis notre propre boutique. Donc on ne l’a pas mis là. Et il sort officiellement lundi prochain, le 8.

Cyril. – Lundi 8 juin. D’accord. Alors, tu parlais il y a un instant, d’écriture non-fiction. Tu as été aussi pendant huit ans auteur à la commande, à la fois de textes de copywriting et de livres.

Sébastien. – Et de livres, et de formations.

Cyril. – Et de formations. Donc ça, c’est quelque chose qui t’a permis de développer ta capacité de rédaction, mais aussi la capacité, justement, à produire rapidement quelque chose dans un cadre.

Sébastien. – Tout à fait ! C’est ce que j’appelle depuis ma petite usine à contenu. C’est vraiment le mot usine le plus important : là, il faut créer des processus. Quand on te donne une idée, une idée qui n’est pas toujours hyper précise : il faut discuter avec le client, et puis ensuite produire le contenu rapidement. Parce que là, il y a des délais pour produire du contenu. Que ce soit du copywriting (du contenu de vente) ou que ce soit du fond (un livre ou une formation sur un sujet X ou Y), il faut savoir gérer les urgences, les délais de commande… Et ça, j’ai appris, clairement, avec ton père, avec Christian Godefroy. C’est avec lui que j’ai commencé, en écrivant des puces promesses. Tu vois, les puces promesses…

Cyril. – Oui, je vois très bien ce que c’est.

Sébastien. – J’ai gagné un concours sur Internet, un jour où je m’ennuyais. Un concours de puces promesses. J’ai commencé à travailler là-dessus. Et puis, ensuite, au fur et à mesure, il m’a fait écrire d’autres choses : des livres, des formations… Pendant huit ans. Ensuite, il m’a fait connaître d’autres clients : il connaissait à peu près le monde entier sur le sujet ! Donc c’est vraiment lui qui m’a mis le pied à l’étrier. Sans Christian Godefroy, je ne travaillerais pas sur Internet aujourd’hui.

Cyril. – Oui, tu serais toujours dans la sécurité et… C’était le paramilitaire ? Non, pas vraiment.

Sébastien. – Paramilitaire, si. Le militaire privé, on va dire.

Cyril. – D’accord. Militaire privé, oui, c’est plus exact. Donc ça, c’était ta formation, en fait. C’est vraiment le moment où tu as… Est-ce que tu regrettes, par moments, de ne pas trouver en France (ou en francophonie) des formations à l’écriture de roman commercial, entre guillemets évidemment ! Quand je dis commercial, ce n’est pas du tout pour dénigrer ça, c’est justement, plus, pour mettre en valeur le fait qu’on transforme l’écriture en un métier.

Sébastien. – Tout à fait. Non, je ne le prends pas mal, parce que je trouve qu’écriture commerciale, c’est plutôt un joli mot. Et puis, en plus, une personne qui sait écrire… Et ça, c’est quelque chose d’hallucinant ; c’est un miracle, de savoir écrire ! C’est de la magie qu’on fait ! Même avec un simple e-mail.

Cyril. – Moi, j’ai trois enfants. Trois garçons. Je leur dis : « Écoutez, si à l’école vous devez acquérir une seule compétence, une seule ! C’est la capacité à bien écrire en français. » Parce que derrière, vous pouvez tout faire !

Sébastien. – Tout à fait. Le type qui sait écrire n’est plus jamais… Moi, je n’ai pas la peur, je ne l’aurai jamais, d’être à la rue. Jamais. Parce que j’écris pour tout ! J’écris pour demander un délai, j’écris pour négocier… Je trouve que l’écriture a un pouvoir magique sur les gens quand on sait bien le faire. Et effectivement, il y a… Alors, quand tu dis qu’il n’y a pas de formations… Il y a des formations, mais le niveau est extrêmement bas.

Cyril. – Il y a de nouvelles formations qui arrivent, mais…

Sébastien. – Il y a des choses.

Cyril. – Il y a des choses qui se développent, parce qu’on se rend enfin compte que le romancier n’est pas cet être magique qui a un sens inné de l’art et de tout ça.

Sébastien. – Tout à fait ! On peut avoir des prédispositions pour l’écriture. Être plutôt naturellement bon pour écrire. Je pense qu’il y a des compétences qu’il faut… Enfin, on ne fait pas… Parce que moi, j’ai quand même…

Cyril. – Ça se cultive.

Sébastien. – Voilà, ça se cultive. Il faut, je pense, une base. Je pense qu’il y a quelque chose. Alors, pardonne-moi l’expression, mais je pense qu’on ne fait pas d’un âne un cheval de course. Mais on peut apprendre en partant de la base, et apprendre au fur et à mesure. Mais il y a des gens qui sont naturellement bons, et celui qui est naturellement bon, il ira beaucoup plus vite. Je m’en rends compte dans le business du copywriting : même s’il est vrai que tout le monde, avec des guillemets, peut en théorie le devenir, les gens qui écrivent déjà bien… Moi, les copywriters qui travaillent pour moi, je préfère les former au copywriting, mais qu’ils sachent déjà écrire. Ce sont des auteurs. Ce sont tous des auteurs. Qui sont déjà très bons. Et je leur apprends à écrire commercialement. C’est vrai que du coup, ils apprennent beaucoup plus vite. Même si je suis assez d’accord sur le fait que pour l’écriture commerciale (dans le sens de texte de vente) à peu près tout le monde peut le faire. Mais, encore une fois, il y en a qui sont plus prédisposés. Mais les formations sont, pour moi… Comme dans n’importe quel métier : on doit cultiver et se former en permanence.

Cyril. – Alors, on va parler d’autoédition. Donc tu t’es autoédité, enfin vous vous êtes autoédités, MIA. Rémoras est sorti en janvier 2012 ?

Sébastien. – Février 2012. En autoédition, tout à fait.

Cyril. – Donc quelques mois seulement après que KDP a ouvert en France. Vous avez complètement défriché l’autoédition à la française.

Sébastien. – Ah, oui, complètement ! C’est d’ailleurs pour ça qu’on a ouvert une maison d’édition : parce que les sollicitations étaient gigantesques, d’auteurs qui maintenant sont complètement indépendants. Mais à la base, le blog MIA, c’était LE blog qui parlait d’autoédition en français et on était sollicités à un point tel qu’on ne pouvait même plus répondre à tout le monde. Sur comment faire… De tout : une couverture, une mise en page, etc. Et c’est pour ça qu’on a décidé d’ouvrir une maison d’édition, moins d’un an plus tard, en septembre 2012. Parce qu’on était tellement sollicités… Hélène est une technicienne hors pair et elle aime bien fouiller dans tout ce qui est technique, donc elle a appris le fonctionnement de KDP très rapidement. Elle a créé des tutos, des machins… Elle a aidé énormément de gens qui sont aujourd’hui des auteurs indépendants à commencer.

Cyril. – Votre premier livre, donc, c’était Rémoras. Ça s’est bien passé ou ça s’est bien passé ?

Sébastien. – Ça s’est super bien passé. Vraiment. Pour le coup, l’autoédition a vraiment été un choix, parce qu’on a rencontré plusieurs éditeurs. On venait, moi d’Espagne, elle de Toulouse, on est montés à Paris quelques fois rencontrer certains gros éditeurs parisiens, qui ont commencé en nous disant : « Il est trop gros ! Alors, il nous intéresse, mais il va falloir le couper en deux ».

Cyril. – Oui, parce qu’il fait cinq cent…

Sébastien. – Presque six cents pages. Donc ils nous ont dit : « Nous, premier auteur, on va faire… »

Cyril. – Oui, on ne prend pas un pari, financièrement, sur l’édition d’un livre… Enfin, l’impression, carrément… Simplement l’impression ! L’impression en quelques milliers d’exemplaires d’un livre qui fait six cents pages. Parce que ça fait trop d’argent.

Sébastien. – Exactement. Et puis on parle de très gros éditeurs ! Moi, j’étais… Je ne connaissais pas du tout, pour le coup, le monde de l’édition traditionnelle à ce moment-là. Hélène un petit peu parce qu’elle est éditée sur des guides pratiques par Vuibert. Donc elle connaissait un petit peu. Et on a eu la chance de rencontrer une éditrice parisienne, jeune, qui avait envie un peu de taper dans la fourmilière, et qui nous a expliqué un peu les coulisses en nous disant : « Votre livre, je l’aime bien. On le prend, par contre, effectivement, il faut réécrire pour qu’on coupe en deux. On va vous l’imprimer en mille exemplaires. Il y en a huit cents qui partiront à la broyeuse, parce qu’on ne va pas faire de communication. C’est juste qu’il faut remplir… On ne peut pas travailler qu’avec les gros vendeurs ; il faut remplir les catalogues. »

Cyril. – Évidemment, il en faut au moins mille pour pouvoir remplir les catalogues et les distribuer un petit peu partout en France.

Sébastien. – Exactement. Donc on lui a dit : « Merci, c’est sympa ! » On est toujours en contact avec, parce que du coup on échange : on lui raconte un peu le monde de l’autoédition ou de l’édition numérique, et elle nous raconte les coulisses de son monde poussiéreux et plein de toiles d’araignée. On rigole bien. Quand on lui a donné les chiffres de vente… Alors, il y a déjà pas mal de temps ; on était après moins d’un an à 12 000, je pense, et elle nous a dit : « Ça, vous ne l’auriez pas fait, même de loin, avec nous sur un premier, sauf miracle, parce que personne n’aurait jamais entendu parler de votre livre. » Moi, j’étais un peu candide. J’arrivais en me disant : le livre plaît, ils vont mettre des sous dessus, c’est leur boulot. Eh ben non, pas du tout.

Cyril. – Non. Les meilleurs clients des éditeurs, ce sont des auteurs qui ont déjà vendu beaucoup de livres, parce qu’ils se disent qu’ils vont réussir à le reproduire.

Sébastien. – Exactement. C’est un pari peu risqué, en fait. Ils sont spécialistes du pari peu risqué et j’avoue que j’étais très étonné. Après, maintenant, je ne le suis plus du tout. Mais j’ai appris en trois, quatre ans ! Et c’est vrai que c’est quand même quelque chose d’assez étonnant la première fois. Donc on s’est dit : on y va. Alors, il n’y avait rien ! Il n’y avait pas un tuto KDP ou quoi que ce soit en français. Donc on a tout découvert, dont la promo, etc. et ça a été une aventure géniale. Et un choix complètement assumé. On pense souvent que l’autoédition est un peu le choix de la dernière chance : personne ne veut de moi ! Là, pour le coup, ça n’a pas du tout été le cas : on voulait bien de nous, mais dans des conditions qui ne nous plaisaient pas. Donc on a décidé de faire nous-mêmes. Et je pense qu’on a participé à ouvrir une voie en francophonie.

Cyril. – Juste ensuite, vous avez créé les éditions Hélène Jacob.

Sébastien. – Tout à fait.

Cyril. – Enfin, dans leur modèle actuel. Parce que j’imagine que les éditions Hélène Jacob, au début, elles publiaient juste les romans de MIA ?

Sébastien. – En fait, on n’avait pas créé de structure à la base. C’est-à-dire qu’on appelait ça… Je ne sais même plus si on l’appelait éditions Hélène Jacob. Je ne pense pas. Je pense que c’était, tu sais, l’éditeur de base qui est dans KDP quand tu n’en mets pas. Qui est je ne sais plus quoi… En gros, il n’y a pas d’éditeur. Et puis on avait un copain avec qui on travaillait, qui lui avait travaillé dans l’édition traditionnelle, si je ne dis pas de bêtise chez Gallimard, Gaël Rozaire, avec qui on travaillait sur d’autres domaines, et on s’est dit qu’on allait créer… On avait deux solutions, en gros. Vu le nombre de sollicitations, soit on faisait payer les gens qui nous le demandaient et on créait un service pour les auteurs, soit on créait une maison d’édition. Alors, si on avait choisi le service pour les auteurs, on aurait beaucoup plus d’argent aujourd’hui. Mais l’aventure nous… On n’avait pas besoin d’argent (c’était l’avantage) et l’aventure nous tentait dans l’édition, donc on a ouvert les éditions Hélène Jacob en septembre 2012, quelques mois plus tard. Avec Gaël, on est les trois fondateurs. Maintenant, il y a en gros une centaine de personnes.

Cyril. – Les éditions Hélène Jacob, c’est un modèle un petit peu particulier dans le monde de l’édition en général et dans le monde de l’édition française en particulier. C’est un éditeur décomplexé par rapport au numérique.

Sébastien. – Complètement. Notre cœur de métier, c’est le numérique. Le papier est accessoire.

Cyril. – Numérique premier. J’ai envie de dire : digital first ! Parce que c’est vraiment le genre d’expression américaine, qu’un Américain utiliserait. Digital first.

Sébastien. – Tout à fait. Ça le fait bien. C’est un beau leitmotiv. C’est ça.

Cyril. – Voilà. Décomplexé par rapport à ça. Décomplexé par rapport aussi à la question des revenus auteur/éditeur.

Sébastien. – On est complètement ouvert là-dessus. Tout le monde sait ce qu’il touchera avant d’avoir signé son contrat.

Cyril. – Et puis, en l’occurrence, de manière très homogène. L’éditeur et l’auteur, aujourd’hui, gagnent la même chose.

Sébastien. – Tout à fait.

Cyril. – Après, chacun a ses frais, donc ça peut se jouer à quelques pour cent, mais…

Sébastien. – Ce ne sera pas grand-chose de toute façon, la différence.

Cyril. – Vous êtes les seuls à faire ça ?

Sébastien. – Je pense. Je pense qu’on est les seuls à être en tout cas aussi ouverts là-dessus. Peut-être que d’autres le font, mais par contre ils ne le disent pas. Ils ne communiquent pas là-dessus. Nous, on a décidé d’être très ouverts avec les auteurs, avec les lecteurs, entre nous. On est ouverts, on partage les revenus parce qu’on partage le travail. L’auteur a écrit le livre ; il nous le fournit dans une qualité qu’on lui demande (c’est-à-dire pas une faute par ligne) et puis derrière il y a un gros travail éditorial qui prend plusieurs mois, donc chacun touche sa partie, sachant que nous, à titre personnel, ne gagnons pas d’argent avec les éditions Hélène Jacob, parce qu’on a choisi le modèle associatif, et donc tous nos revenus sont réinjectés dans des développements. Dans des nouvelles choses. Systématiquement. On paye évidemment les gens : le graphiste qui fait les couvertures est payé, les opérations marketing sont payées, on a une relation presse qui est payée évidemment… Mais ensuite on est tous bénévoles pour tout le reste et on a décidé de ne pas prendre de revenus là-dessus, jusqu’à avoir développé un niveau satisfaisant, qui permettra d’en prendre. On est à un horizon de cinq ans pour qu’il y ait des revenus. Enfin, qu’on soit au niveau suffisant pour qu’on décide de se reverser des revenus. On ne l’a pas fait pour ça à la base.

Cyril. – Je précise pour les gens qui nous écoutent, qui ne l’auraient pas entendu de manière claire : c’est bien de l’édition à compte d’édition. Ce n’est pas de l’édition à compte d’auteur. Clairement. Donc un auteur qui réussit à se faire publier par les éditions Hélène Jacob, il ne va pas payer un centime. Enfin, il va payer la cotisation.

Sébastien. – La cotisation : 15 € par an.

Cyril. – Voilà : 15 € par an et c’est tout. Derrière, est-ce que ça veut dire que vous avez beaucoup de travail ? J’ai l’impression que vous avez un calendrier qui est plein jusqu’à fin 2016, là ?

Sébastien. – Fin 2016 et, je pense, la moitié de 2017. C’est vrai que j’ai peu… Je fais de moins en moins d’opérationnel dans les éditions Hélène Jacob. Il y a de plus en plus de gens qui font les choses mieux que moi, donc je me suis écarté pour me concentrer… Moi, ce qui m’intéresse, c’est particulièrement la partie marketing, donc c’est là-dessus que je me suis concentré. Et je fais bénéficier les éditions Hélène Jacob de mes recherches, mais oui, il y a un énorme travail. En gros, un manuscrit, quand il arrive, propre, un beau manuscrit, il arrive avec environ 3 000 coquilles dedans. Donc ce sont des erreurs de…

Cyril. – Sur un roman qui est en moyenne à 70 000 mots.

Sébastien. – 70 000 mots, oui. Il y a environ 3 000 coquilles. Alors, ce ne sont pas forcément des fautes d’orthographe, mais en tout cas il y a des fautes, par rapport à ce qu’on doit publier et fournir au client final. Et puis, il y a (je ne pense pas que je dise de bêtises) environ 300 lourdeurs, des petites choses à réécrire. Là, il y a un processus complet. Hélène reprend le livre, prépare une vidéo en direct pour l’auteur qui la reçoit, avec ses propositions. L’auteur travaille dessus. Et puis, derrière, on finalise. On a évidemment, je l’ai sauté, un comité de lecture qui choisit les romans. Alors, on est obligé d’être de plus en plus strict. À la base, on était un peu coulant, mais aujourd’hui on est obligé d’être strict. On a trop de demandes, donc aujourd’hui, par exemple, il n’y a pas d’appel à manuscrits.

Cyril. – Vous êtes pleins.

Sébastien. – On est full ! Complètement.

Cyril. – Vous avez déjà publié plus d’une centaine…

Sébastien. – Presque une centaine, oui. Presque une centaine. On publiait quatre livres par mois.

Cyril. – En même pas trois ans.

Sébastien. – Oui. Et on est passés à deux livres par mois depuis cette année, pour avoir plus de temps pour nous. Parce que ça devenait juste l’enfer, particulièrement pour Hélène et Gaël. Ils ne pouvaient plus suivre. Donc on est passé à deux par mois et là on est sur un bon rythme. Comme tu disais, fin 2016, on est pleins. Et une bonne partie de 2017. Donc ça marche plutôt bien.

Cyril. – Parallèlement aux éditions Hélène Jacob, tu avais lancé MyKindex.

Sébastien. – Tout à fait.

Cyril. – On peut revenir dessus un petit peu ?

Sébastien. – Bien sûr !

Cyril. – C’est un sujet un petit peu sulfureux, parce que le principe, commercialement, il n’y a rien à dire. Si on regarde ce qui se passe aux États-Unis, il y a des choses équivalentes, qui fonctionnent depuis des années aux États-Unis, genre BookBub.

Sébastien. – Par exemple. Bookbub, qui a un modèle que j’aimerais bien creuser. Ils sont assez… Leur modèle est particulier, mais le but, c’est de concentrer les achats sur une période la plus courte possible. C’est l’unique manière d’être visible. De toute façon, on peut se creuser la tête comme on veut, mais tout le monde le fait ! Tout le monde dit à ses copains : « Essayez d’acheter tel jour, je sors mon livre, pour que je sois visible par les vrais, entre guillemets vrais, lecteurs ». C’est la seule et unique manière, de toute façon. Après, il faut avoir des chroniques, il faut faire parler de soi, avoir une vraie communication personnelle. Mais pour être visible du plus grand nombre, il faut avoir une concentration d’achats sur un temps le plus minime possible.

Cyril. – Oui, il faut réussir à ressortir un petit peu du lot pour qu’il y ait quelques lecteurs auxquels on cherche véritablement à s’intéresser qui trouvent le livre. Parce que sinon on est perdu au fin fond du catalogue.

Sébastien. – Exactement. Ce qui n’est pas visible n’est pas… On peut être bon ; le savoir-faire c’est bien, mais le faire savoir c’est mieux !

Cyril. – Oui, le faire savoir, c’est beaucoup mieux. Et donc c’est un peu sulfureux parce que quand… Alors, MyKindex, c’était un outil de promotion pour tout un ensemble d’auteurs, essentiellement des auteurs autoédités, où…

Sébastien. – Alors, les éditeurs ne voulaient pas qu’on communique sur eux.

Cyril. – Voilà. Il y avait quelques éditeurs, mais on ne voulait pas trop. Donc tu avais un ensemble de lecteurs qui avaient accès au livre gratuitement pendant une certaine période, et il y a eu tout de suite… Enfin, pas tout de suite, mais assez rapidement, un déclenchement de commentaires pas très élogieux sur la solution.

Sébastien. – Oui, les fameux qu’on connaît dès qu’on travaille sur Internet, les haters : les gens qui passent leur vie à détester ce que font les autres, qui de toute façon n’aiment pas ce qu’on fait. Quoi que ce soit. Globalement, c’est ça.

Cyril. – Ils sont prêts à utiliser n’importe quel argument, vrai, faux…

Sébastien. – Oui, parce que c’est du… Je veux dire, c’était du n’importe quoi ! On mettait en fait à disposition du petit ce que les gros utilisent. Et pour un prix infime par rapport à ce que les gros payent. Un petit ne peut pas se payer une page dans Télé 7 jours, ne peut pas être invité par Frédéric Taddéï… Donc il faut trouver d’autres moyens. Et c’était un moyen ! Mais c’est vrai qu’on a eu… Nos clients, évidemment, étaient très contents et revenaient. Je pense qu’on a lancé… En six ou sept mois, jusqu’à ce qu’on décide d’arrêter (sous la pression, clairement), on a lancé à peu près 500 livres. Entre 3 et 500 livres. Nos clients étaient ravis, on en avait de plus en plus, ils revenaient. Et puis, les méchants ont gagné. Mais ils ont gagné, parce que j’avais décidé de ne pas me battre. De toute façon, je ne gagnais rien là-dessus. Je l’avais fait, pour nous d’abord et puis pour donner un coup de main aux copains. Et puis le groupe de copains est devenu de plus en plus gros. Et j’ai décidé de ne pas me battre pour des miettes. Ce n’est pas mon habitude. Autant te dire que les auteurs, eux, continuent à m’envoyer des mails (je reçois encore des mails toutes les semaines) en me disant : « Mais vraiment, t’aurais pas un truc ? » Sauf que maintenant, je n’ai plus de truc pour personne. Ce que j’ai, c’est pour moi. Fallait me défendre au moment où c’était le moment. C’est trop tard, maintenant.

Cyril. – La pression dont tu parles, ce n’était pas la pression d’Amazon. C’était la pression du public.

Sébastien. – Alors, ça a été… La pression… En fait, ils ont trouvé… On a eu quelques-uns, précis, que je connais parce qu’ils étaient identifiés : ils nous attaquaient clairement sur tout. Et puis, ils ont commencé à embêter Amazon avec ça. Il faut savoir qu’Amazon, dans la lettre KDP qu’ils envoient, citait MyKindex. Deux fois.

Cyril. – Oui, parce qu’Amazon, ce qui les intéresse, c’est de vendre des livres !

Sébastien. – Mais bien sûr !

Cyril. – Alors, avoir une solution de publicité comme MyKindex…

Sébastien. – Ne leur posait pas de problème ! Exactement. Mais bon… Amazon, c’est une société (comme toutes) qui s’intéresse à sa réputation et ces gens-là ont quand même mis… Je pense qu’ils avaient beaucoup de temps. Je ne sais pas s’ils étaient retraités ou au chômage, mais ils avaient énormément de temps, donc ils ont emmerdé Amazon, qui a fini par nous tomber dessus.

Cyril. – Oui, et puis Amazon était un peu sur le grill aussi, politiquement, par rapport à la question du prix unique du livre, les histoires de transport, machin… C’est le grand méchant loup, quoi.

Sébastien. – C’est le grand méchant, Amazon. Les impôts, les machins… Enfin, voilà. C’est le grand méchant, mais qui tue tout le monde comment, au final ? Enfin, bref.

Cyril. – Le syndicat d’édition du livre n’aime pas trop Amazon, même s’il en a bien besoin.

Sébastien. – Non, mais bien sûr, c’est très compliqué ! Comme tu dis, c’est politique. Alors, Amazon nous a d’abord envoyé un courrier pour nous demander ce que c’était. En anglais. Auquel j’ai répondu. C’était le cabinet d’avocats d’Amazon, en fait, à Luxembourg. Et puis, sous la pression, au final, ils ont envoyé juste un mail aux clients, à tous nos clients qui avaient accepté la communication. Donc Amazon pouvait très bien savoir qui étaient nos clients, vu que forcément ils se retrouvaient avec des concentrations chez eux, ce n’était pas très compliqué d’aller trouver qui. Ils n’ont pas cherché. Ils ont juste pris les gens que ces haters citaient. Parce qu’en plus ils citaient nos clients, en disant : « Untel, il n’est pas bien, il a utilisé MyKindex ». Bref, ils avaient créé leur petit buzz négatif. Qui pour moi était génial, parce qu’on avait de plus en plus de clients ! À chaque fois qu’ils envoyaient un mail, je recevais dix clients. Donc c’était juste génial. Et puis Amazon a envoyé finalement un mail à tous nos clients qui avaient accepté ou demandé de communiquer sur leur livre pour leur dire qu’ils n’acceptaient pas notre solution. Enfin, qu’ils ne la trouvaient pas… Je ne me souviens plus du mot. Ce n’était pas « éthique », mais c’était un truc dans ce genre-là. Et donc, forcément, entre… Ils nous aimaient bien, mais une petite boîte et Amazon… Ils nous ont dit : « Écoute, je suis désolé, mais je ne peux pas continuer ». Donc moi j’ai décidé de stopper immédiatement l’activité. Au grand dam des personnes…

Cyril. – Oui, et puis des lecteurs. Tes clients-auteurs et les lecteurs, qui lisaient des livres gratuits.

Sébastien. – Tout à fait ! Les lecteurs qui lisaient des livres gratuits étaient eux aussi enchantés ! Et puis voilà. Moi, je sais l’erreur de MyKindex. Ça n’a pas été de faire ce qu’on faisait ; ça a été d’expliquer comment on faisait. Ça a été d’être transparent. Si j’avais eu une page qui disait : « Je vous mets sur la première page d’Amazon, c’est garanti, mais je ne vous expliquerai pas comment », personne n’aurait eu… On nous aurait attaqués, mais ils n’auraient pas eu de billes. Donc j’ai appris que la transparence, c’est bien, mais il ne faut pas en abuser.

Cyril. – Le gros avantage de l’histoire MyKindex, c’est que ça t’a permis aussi de rencontrer énormément de personnes.

Sébastien. – Exactement. Et beaucoup de gens avec qui je travaille, dont un associé avec qui je fais des choses aux États-Unis. Sur plein de sujets, y compris le sujet du livre. J’ai rencontré énormément de monde, ça a augmenté ma notoriété dans le monde du livre. Il n’y a pas une semaine qui passe sans que j’aie dix demandes.

Cyril. – Il y a un Pascal Cerise, que j’ai trouvé dans un article sur MyKindex, qui doit être ton cousin…

Sébastien. – Qui est mon frère ! Qui était mon associé sur MyKindex !

Cyril. – Ah, c’est pour ça ! Excuse-moi.

Sébastien. – Non, mais c’est ça, c’est mon frère !

Cyril. – Tu m’excuseras auprès de ton frère.

 

Sébastien. – Mais il n’y a pas de problème !

Cyril. – J’ai cru que c’était l’article qui disait n’importe quoi, qui confondait Sébastien et Pascal.

Sébastien. – Non, Pascal était associé avec moi et Hélène sur MyKindex et il s’occupait d’alimenter le blog. Pascal, c’est un blogueur depuis plusieurs années, sur plein de sujets. Donc il s’occupait du blog MyKindex et de la communication via blogs.

Cyril. – Il y a un instant, tu parlais des États-Unis. Pour revenir un peu à ton activité d’auteur à quatre mains, MIA a fait traduire des livres en anglais.

Sébastien. – Deux livres. Les deux premiers sont traduits en anglais, et la trilogie est en cours de traduction parce qu’on a décidé de continuer. On traduira tous nos livres en anglais.

Cyril. – Alors, ça s’est passé comment ? Est-ce que ça a été pays du miel et du lait, comme on dit : land of milk and honey ; ou est-ce que ça a été un peu plus difficile que ça ?

Sébastien. – C’est un poil plus difficile que ça ! Les États-Unis, c’est un énorme marché. Quand on fonctionne bien aux États-Unis, ça peut être un joli petit carton. Mais alors là, pour le coup, c’est extrêmement difficile d’être visible aux États-Unis. Pour te dire, je continue les recherches, c’est quelque chose qui me passionne et de toute façon j’ai décidé de continuer à être devant les autres en termes de marketing de ce type-là sur le livre, donc je continue mes recherches. Même si je ne le propose pas comme produit ou service, et que je ne suis vraiment pas persuadé de le faire ! Mais en gros, pour avoir les mêmes résultats aux États-Unis, il faudrait au moins 2 000 euros de dépenses pour une campagne de marketing. Au moins ! Entre 2 et 5 000 euros. Donc autant te dire que chacun de mes tests me coûte cher. Je ne communique pas forcément sur tous les tests, parce que le but, c’est de toute façon de trouver une solution pour que nous vendions mieux nos livres aux États-Unis, et puis peut-être, peut-être, qu’on en fera une solution, un service commercial. Je n’en suis vraiment pas sûr… Même si là, pour le coup, on m’écrit aussi toutes les semaines pour me dire : « Comment ça se passe aux États-Unis ? » Même des auteurs, pour le coup, relativement connus ! Qui veulent savoir où j’en suis de mes tests et si je sors quelque chose ou pas, et qui… Eux pour le coup sont des professionnels ; 2 à 5 000 euros pour une campagne de publicité, ça ne leur fait pas peur. Donc voilà. Mais aujourd’hui, je ne considère pas être au point pour pouvoir le faire. Même en France, il y a d’autres méthodes pour le faire, qui là pour le coup… On ne pourrait plus m’attaquer sur l’éthique, etc. Même si je trouvais que ce n’était pas une attaque justifiée à ce moment-là ! Mais là encore moins. De toute façon, j’ai décidé de ne plus jamais expliquer ce que je fais. Je le fais et puis celui qui veut travailler avec moi, il travaille avec moi. Mais proposer un service commercial… Je n’ai pas le temps, en plus. J’ai mes autres activités, je n’ai vraiment pas le temps. Ça demande beaucoup… Les auteurs sont un public assez particulier, qui demande beaucoup d’attention, et c’est passionnant de discuter avec eux, ce sont des gens intéressants, mais il faut avoir énormément de temps ! Et je n’ai pas du tout envie de leur mettre un support clients dans les mains. Le support clients, tu sais, le plus froid du monde. France Télécom, quoi. Donc non. Il faut s’en occuper et j’ai vraiment très peu de temps pour faire ça. Les États-Unis, oui : j’ai, je pense, la solution pour à peu près mettre n’importe quel livre aux États-Unis sur la première page d’Amazon.com. Mais il faudrait d’une part que je la confirme plusieurs fois, mais en plus, je ne suis vraiment pas persuadé d’en faire un service commercial. En tout cas, si ça devait l’être, ce serait un service confidentiel. Ce serait le bouche-à-oreille, parce qu’il faudrait que je le fasse avec les copains dont j’ai le temps de m’occuper. Sauf que j’ai un groupe de copains un peu gros, maintenant ! J’ai plein de copains ! C’est MyKindex qui m’a fait faire plein de copains.

Cyril. – Quel est le rapport entre France et États-Unis ?

Sébastien. – Il est très important, le rapport entre la France et les États-Unis. Je pense que sur la même position, quand on est maintenu (il ne suffit pas d’y arriver, il faut être un petit peu maintenu) on a, selon les places, un rapport qui peut être de un à quarante. Donc oui, c’est clairement complètement différent ! Aujourd’hui, on ne compte plus les succès au-delà de 250 000 exemplaires, aux États-Unis. On continue à compter, je crois, les succès d’un million. Mais 250 000, il y en a vraiment beaucoup. Il y a beaucoup d’auteurs indépendants, aux États-Unis, qui gagnent leur vie avec leurs livres et qui peuvent se concentrer sur l’écriture. Il faut qu’ils écrivent deux livres par an, parce que sinon le public t’oublie.

Cyril. – Régulièrement. Et puis, il y a des rythmes, aussi, dans la boutique Amazon, sur la visibilité. Au bout d’un mois, on disparaît un peu. Et puis, au bout de trois mois, on redisparaît encore un peu plus, etc. Si on ne publie pas régulièrement.

Sébastien. – Tout à fait.

Cyril. – C’est ce que les anglophones expliquent de temps en temps, à mots couverts.

Sébastien. – Oui ! Il y a un algorithme qui prend en compte beaucoup de choses. On ne connaît pas tout. On sait que la plus grosse partie de l’algorithme Amazon, mais aussi sur les autres boutiques, c’est le nombre de ventes sur une période donnée. Mais ce n’est pas le seul. C’est-à-dire qu’un livre… Pour te donner un exemple, un livre qui est publié depuis trois mois et qui a sa petite vie : qui a des lecteurs, qui a quelques commentaires… et un livre qui vient de sortir aujourd’hui ; les deux, on leur concentre le même nombre de ventes sur le même temps donné, ils n’arriveront pas au même niveau. Parce qu’il y a une prise en compte de l’ancienneté. Quand c’est ancien et que ça a sa petite vie, il va monter plus fort et redescendre moins vite. La nouveauté propulsée très fort… Et je pense que pour le coup ce n’était pas toujours complètement le cas quand on a commencé MyKindex, en 2013. Aujourd’hui, ça l’est. Je pense qu’on a participé à ça, à la revue de l’algorithme.

Cyril. – Le fait qu’aujourd’hui, si tu as une grosse montée, ça a un impact qui met du temps à arriver.

Sébastien. – Oui, qui est moins important. Et tu redescendras plus vite.

Cyril. – On pourrait continuer à parler pendant des heures… J’ai juste une dernière question, à quelqu’un qui a quand même beaucoup d’expérience aussi de toutes les plateformes. C’est ma dernière question, promis !

Sébastien. – Vas-y !

Cyril. – Aujourd’hui, qu’est-ce que tu conseilles à quelqu’un qui veut démarrer l’autoédition, en termes de plateforme ? Est-ce qu’il faut d’abord qu’il se concentre sur Kindle, et uniquement Kindle, ou est-ce qu’il faut qu’il tape les trois plateformes : Kindle, iBooks, Kobo, dès le début ?

Sébastien. – A priori, il vendra plus (sauf cas particulier) sur Kindle. Donc je pense que les efforts sont à mettre en particulier sur Kindle, mais qu’il ne faut pas oublier les autres, parce qu’on a depuis en gros… Peut-être pas un an, mais huit, dix mois, on remarque qu’il y a de plus en plus d’acheteurs sur les plateformes ePub. Donc Apple… Qui marche bien ! Apple, au même niveau de classement, on est à peu près au même niveau de ventes que Kindle.

Cyril. – Ah oui !

Sébastien. – Oui, quand on est très haut dans le classement, on vend bien. C’est plus d’une centaine. En étant dans le top 3, c’est comme Kindle : plus d’une centaine par jour. Mais on vend de plus en plus sur Kobo. Et une plateforme à ne pas oublier, c’est Google Play. Alors, il y a plusieurs raisons pour lesquelles il ne faut pas oublier Google Play. La première, c’est que ça vend de plus en plus. C’est intéressant. Mais ça reste marginal par rapport à Kindle. La seconde, c’est que si vous ne mettez pas votre livre sur Google Play…

Cyril. – Il y a quelqu’un d’autre qui va le faire à votre place.

Sébastien. – Il est très probable que quelqu’un d’autre le fasse à votre place. Exactement ! Il y en a quelques-uns que je vois régulièrement gueuler, à qui je dis : « Tu n’avais qu’à passer une journée de boulot à le mettre dans Google Play ».

Cyril. – Récemment, c’est Jacques Vandroux qui a vu… Enfin, Jacqueline Vandroux, qui a écrit quatre e-mails de suite à Google pour dire : « Ce livre-là, on ne l’a pas publié ; c’est quelqu’un d’autre qui l’a publié à notre place et cette personne n’a pas le droit de le faire » !

Sébastien. – Et c’est très compliqué, de communiquer, en plus, avec Google ! Dans cette situation. Alors, effectivement, il ne faut pas les oublier, pour cette raison-là aussi. Hormis le fait qu’on vend de plus en plus sur Google Play, malgré tout, il faut protéger un peu son œuvre. Même si pour moi, le piratage n’est pas du tout un problème. Alors, pas celui de Google Play, qui est embêtant, parce que c’est quelqu’un qui le vend. En revanche, le piratage gratuit, pour moi, c’est de la pub gratos.

Cyril. – Oui, pour moi aussi.

Sébastien. – Complètement. Le piratage gratuit, on ne peut pas combattre. Et de toute façon, les gens qui piratent sont des gens qui n’achèteraient pas. Et ce seront des lecteurs, peut-être !

Cyril. – Et les DRM, c’est horrible.

Sébastien. – Les DRM, c’est infâme. Je suis absolument contre les DRM !

Cyril. – Je suis d’abord contre les DRM en tant que lecteur, mais en tant qu’auteur et éditeur aussi.

Sébastien. – Complètement ! Je suis globalement contre les DRM. Je trouve que c’est techniquement stupide et qu’en plus c’est commercialement ridicule.

Cyril. – C’est ridicule.

Sébastien. – Donc voilà. Toutes les plateformes. Ma réponse, c’est : il faut se mettre sur le plus de plateformes possible, si on a comme ambition de se présenter comme un auteur qui fait son travail, comme un auteur professionnel.

Cyril. – Oui, et de durer !

Sébastien. – Et de durer. Exactement. Il ne faut pas… Pourquoi on oublierait les gens qui lisent sous ePub ? Il y a des gens qui sont contre Amazon par principe et j’ai envie qu’ils lisent nos livres. Je pense qu’un auteur, il a envie d’être lu avant tout. Voilà !

Cyril. – Merci beaucoup, Sébastien.

Sébastien. – Merci à toi.

Cyril. – Quand tu veux, on…

Sébastien. – On remet ça ?

Cyril. – On se reparle, on remet ça… On parle d’autres sujets, parce que je pense qu’il y a encore beaucoup de choses dont on n’a pas parlé. On pourrait aller plus dans le détail pour certaines choses.

Sébastien. – Tout à fait. Ce serait un plaisir.

Cyril. – D’ici là, bonne chance. Je sais qu’il ne faut pas le dire, en français, mais bonne chance pour la sortie de Max.

Sébastien. – Je vais même te dire merci, tiens, allez !

Cyril. – Et puis pour tous les autres livres que vous publiez avec Hélène Jacob et… Ça y est, j’ai oublié son nom. Xavier ?

Sébastien. – Gaël. Gaël Rozaire.

Cyril. – Gaël. Pardon. Je suis désolé, encore une fois ! En tout cas, bonne chance à tout ça et puis, j’espère à bientôt. Au revoir.

Sébastien. – Merci. Au revoir.

4 réflexions au sujet de « Podcast Episode 14 avec Sébastien Cerise »

  1. Comme tous les entretiens intéressants, celui-ci mériterait d’être retranscrit sous l’audio. Beaucoup plus simple ensuite de revenir sur ce qu’on a entendu, de remonter, de redescendre, de naviguer dans le texte. Bravo aux Éditions Hélène Jacob qui font un beau travail.

    1. Merci pour le commentaire Paul. J’en tiens compte car je me suis posé à plusieurs reprises la question. Je vais essayer de financer la retranscription, car c’est soit du temps, soit de l’argent. Mais elle est serait en effet fort utile.

  2. Max, est né juste avant le mariage de Gina et de Sébastien ! Je pense, et je redeviens sérieux, je pense donc qu’il n’existe pas de formation pour avoir de l’imagination ! On peut très bien écrire une histoire et c’est mon cas, à l’intuition, avec de la réflexion et un peu d’imaginaire.

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