Podcast épisode 17 : fallait ou fallait pas ?

Le podcast pour publier sur Kindle iBooks et Kobo
Le podcast pour publier sur Kindle iBooks et Kobo

Cette semaine, je reçois Aloysius Chabossot, responsable du groupe “Auteurs indépendants sur Kindle”, journaliste éditorial et auteur, notamment de “Fallait pas l’inviter”. Et lui, il fallait le faire… On essaie de comprendre comment son roman est arrivé dans le top 100 aussi vite, sans effort de sa part.

Pour écouter directement cet épisode :

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A noter, contrairement à ce qu’il pensait, Les éditions Milan continuent à lui verser scrupuleusement ses droits, et il a reçu un virement récemment. Mais apparemment, toujours pas de relevé de droits ?

Autres liens :

Initiative législative pour les droits d’auteur
Modification des conditions de paiement Kindle Unlimited

Vous retrouverez Aloysius sur la page Facebook du groupe, sur son blog, et bien sûr sur sa page auteur Amazon. Quant à son roman, il est aussi sur Kindle, et nulle part ailleurs…

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C’est, sauf événement marquant, la dernière interview de la saison, et je reprendrai en septembre. D’ici là, je vais me consacrer plus à la traduction, l’écriture et à préparer des formations marketing. J’en ai une première gratuite qui va bientôt arriver (enfin, à force de le dire, elle ressemble plus à l’Arlèsienne).

Vous pouvez retrouver la transcription du podcast, juste après la coupure :


Cyril. – Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir Aloysius Chabossot. Aloysius qui a publié fin mai un livre, un roman d’humour, qui est aujourd’hui dans le top 10 d’Amazon, et ensemble, l’idée, c’est qu’on analyse un petit peu ce qui fait qu’il a réussi à atteindre ce rang-là et de voir un petit peu l’itinéraire de ce livre. Et puis de parler d’autre chose, puisqu’Aloysius est aussi le chef du groupe des auteurs indépendants sur Kindle. Bonsoir, Aloysius.

 

Aloysius. – Bonsoir !

 

Cyril. – Est-ce que tu peux nous pitcher un petit peu ce roman, puisque c’est essentiellement de lui dont on va parler ?

Aloysius. – Alors, je vais essayer de pitcher, donc ça veut dire très très vite…

Cyril. – D’abord, j’ai complètement oublié de dire le titre du roman.

Aloysius. – C’est Fallait pas l’inviter. En gros… Je vais essayer de faire vite, ce n’est jamais facile… Une trentenaire déjà avancée, qui est toujours célibataire : on va dire que c’est le cas classique de comédie romantique, que ce soit au cinéma ou dans les bouquins. Célibataire, qui supporte très mal que ses parents lui mettent la pression par rapport à son célibat. Il se trouve que son frère va se marier très prochainement. Lors d’une grande réunion de préparation du mariage, on lui demande si elle viendra accompagnée pour l’occasion. Elle n’a personne en vue, mais par provocation, elle décide de dire que oui, effectivement, elle viendra accompagnée. Et puis, à partir de là, à partir de cette déclaration, les problèmes commencent puisqu’il va falloir, pour elle, trouver quelqu’un pour faire le fiancé acteur, on va dire. Et voilà, c’est un peu l’histoire du bouquin. Après, va se passer le mariage, avec un certain nombre de déconvenues. Enfin, voilà ! On est en dehors du pitch, là. Je crois que j’ai dépassé, déjà, la durée légale.

Cyril. – Largement ! Ce roman, tu l’as publié, donc, fin mai. Là, on fait cette interview environ un mois plus tard. Il a très vite commencé à bien se vendre. Qu’est-ce que tu as fait, toi, comme action pour aider un petit peu à la vente de ce livre ?

Aloysius. – Alors, je n’ai pas fait grand-chose, on va dire. Je me suis servi du groupe des auteurs indépendants pour tester ma couverture, parce que je voulais… J’ai pensé un moment passer par quelqu’un qui fait des couvertures pour pas mal d’auteurs autoédités, et puis en fait j’ai eu la flemme, je me suis dit que ça prendrait trop de temps. Moi, je fais un peu de graphisme, donc je me suis lancé dedans en essayant de faire quelque chose qui tienne à peu près la route. Après, j’ai proposé la version que j’avais faite aux gens du groupe. J’ai eu pas mal de retours ; j’ai corrigé en fonction ; ça m’a beaucoup aidé pour essayer d’avoir un résultat intéressant.

Cyril. – Quelque chose qui flashe.

Aloysius. – Voilà. Une fois que ça a été acté, on va dire, j’ai publié le livre. Sur Amazon uniquement. Sur mon blog, j’ai mis l’annonce de la publication. Après, je pense qu’il y a quelques personnes sur le groupe qui ont acheté le bouquin. C’est possible ; on ne sait jamais exactement. Alors, est-ce que c’est la couverture ? Est-ce que c’est le thème ? Le résumé qui a attiré l’œil des lecteurs potentiels ? Je ne sais pas, mais c’est vrai qu’il a commencé à monter, déjà dans les sous-rubriques. Je l’ai mis en roman sentimental et en humour. Donc il a commencé à monter dans ces deux catégories. Et puis, très rapidement, au bout de dix jours, il a commencé à pointer son nez dans le top 100 et puis il a continué à grimper. Là, ça fait plus de vingt jours que je suis plutôt pas mal placé, mais je n’ai pas plus d’explications que ça. Je pense que c’est… Ça a rencontré un écho chez les lecteurs, qui se sont dit : « Pourquoi pas ? » Étant donné que le prix n’est pas très élevé, ça peut donner envie.

Cyril. – D’accord. Et c’est vraiment tout ce que tu as fait ?

Aloysius. – Oui, je te jure !

Cyril. – En termes de promotion. Non, mais je te crois !

Aloysius. – Je réfléchis. Du coup, tu me poses la question, donc je réfléchis. Est-ce que j’aurais fait un truc miraculeux à un moment donné ? Mais non.

Cyril. – Tu n’en vois pas.

Aloysius. – Non. J’ai fait comme j’avais fait pour les précédents. Ni plus ni moins. Du coup, c’est ça qui m’incite à penser que c’est la thématique, peut-être, avec la couverture qui est sympa, qui flashe bien, qui est rigolote… Qui a provoqué le décollage ! Je ne vois pas d’autre explication.

Cyril. – Moi, j’ai une autre explication, en analysant un petit peu ton livre. En tout cas, ce qu’on en voit, uniquement sur la page d’Amazon. On voit que le 2 juin, donc trois jours à peine après la sortie du livre, il y a un commentaire d’un top 500 commentateur. Un commentaire qui est plutôt bien, complet, qui raconte des histoires, qui donne envie de lire ! Et qui te donne en plus cinq étoiles. Donc je pense que ça, ça a un peu aidé au tout début, ne serait-ce qu’à casser l’angoisse et la crainte que les gens pouvaient avoir par rapport à ton roman.

Aloysius. – C’est possible. C’est possible, mais ce n’est pas une certitude non plus, parce que… Moi, du coup, je regarde pas mal le top 100, pour voir un peu ce qui monte, ce qui descend. Il y a des gens qui montent très vite et puis qui redescendent très vite aussi. Des gens qui montent et qui ont déjà pas mal de commentaires. Après, je vais un peu voir dans les commentaires, je vais gratter un petit peu, ce n’est pas toujours blanc/bleu tout ça. Là, ce premier commentaire, c’est quelqu’un qui avait déjà lu le roman il y a un an. Un an, je pense même un an et demi. Donc qui le connaissait déjà dans sa version précédente et qui m’a dit : « Je vais te remettre un commentaire, puisque de toute façon je l’ai lu et ça me plaît toujours autant ! » Ce n’est pas un tour de passe-passe, quoi.

Cyril. – Non, je pense qu’il n’y a pas un tour de passe-passe. Je pense qu’il n’y a aucune astuce ni aucun truc magique. Je pense que c’est la combinaison de plein de choses les unes derrière les autres. Et que, notamment, le fait d’avoir un commentaire assez bon et assez rapidement a un petit peu aidé, uniquement dans ce qui est la popularité.

Aloysius. – Oui, c’est sûr que ça peut aider. Après, dans quelle proportion, on ne le saura jamais exactement.

Cyril. – On ne le saura jamais exactement, de toute façon.

Aloysius. – C’est sûr que ça met déjà un petit label. Même si les lecteurs les plus affûtés peuvent avoir des doutes sur les commentaires qui arrivent très vite, comme ça, qui sont dithyrambiques… Après, je ne sais pas comment fonctionnent les gens qui achètent des Kindles. Est-ce qu’ils achètent de façon un peu rapide : ça leur plaît, toc, ils cliquent et ça y est, c’est dans la boîte, quitte à se faire rembourser après ? Tout ça, c’est des domaines qu’il faudrait étudier, qu’il serait intéressant… Mais ça va être très difficile…

Cyril. – Ce qu’il y a aussi, c’est que, c’est évidemment… Enfin, non, pas évidemment du tout, au contraire ! C’est loin d’être ton premier livre publié sur Kindle. Si on regarde ta page auteur, tu as au moins cinq livres sur Kindle ? Cinq, six, sept, huit.

Aloysius. – Il y a du papier dedans, mais oui, ça doit être sept en tout.

Cyril. – Oui, sept ou huit. Donc tu ne passes pas pour l’auteur autoédité de service, qui publie son premier roman pour la première fois.

Aloysius. – Ah, non, pas vraiment ! Là, c’est sûr que… Ça fait deux ans (deux ou trois ans, je ne sais plus : j’ai du mal avec les dates) que je suis sur Amazon. J’ai été un petit peu sur Kobo, un petit peu sur je ne sais plus quoi, et puis en fait ça ne donnait strictement rien donc je me suis dit que j’allais me concentrer sur Amazon. Puisque de toute façon, c’est là où les ventes se font ! C’est un constat. Je ne dis pas que c’est bien ou pas bien. Peu importe, mais c’est là où les ventes se font, donc ça ne sert… Enfin, de mon point de vue, ça ne sert à rien de se disperser, juste histoire de dire qu’on est disponible partout, si c’est pour ne rien vendre du tout sur Kobo et les autres.

Cyril. – Je voulais dire par là que le fait que tu aies écrit plusieurs livres, ça rassure les gens, parce qu’ils voient ton profil auteur et ils voient que ce n’est pas ton premier livre et qu’il y a quand même pas mal de commentaires positifs… Enfin, des… Il y a beaucoup de commentaires positifs puisque tu as en général quatre étoiles et demie, avec une dizaine de commentaires au moins sur les autres. Pas toujours dix commentaires, j’exagère un peu, mais entre cinq et quatorze commentaires sur tous ces livres-là. Donc ça rassure beaucoup les gens.

Aloysius. – Je pense que ça participe à une image. Je ne dirai pas une image de marque, mais oui, à rassurer un petit peu en disant : « C’est quelqu’un qui a déjà fait quelque chose, qui n’est pas opportuniste à avoir pondu un truc vite fait pour essayer de le vendre le plus vite possible ».

Cyril. – Voilà, exactement. Écrivain, ce n’est pas ton activité principale, tu es par ailleurs journaliste éditorial, mais tu te consacres beaucoup à l’écriture puisque ça te plaît énormément et ça se voit aussi dans ta production.

Aloysius. – De toute façon, moi, je tourne autour de l’écrit. Dans mon travail et dans mes loisirs, donc tout ça se rejoint et c’est tant mieux pour moi. C’est vrai que je n’ai pas un saut énorme à faire entre mon travail et puis ce que je peux écrire par moi-même, même si ce n’est évidemment pas du tout la même chose ! Mais oui, c’est plus facile que pour d’autres, qui ont un autre travail qui est complètement à l’opposé de l’écriture.

Cyril. – Par ailleurs, tu traces ton sillon. Si on regarde les titres et l’histoire de tes publications, il y a 50 nuisances de glauque qui est une parodie, il y a Fallait pas l’inviter qui est… Ce n’est pas une parodie, mais c’est sur la même base, qui est une comédie romantique comme on en voit au cinéma.

Aloysius. – Oui, on va dire que c’est un roman pastiché, parce que ce n’est pas un pur pastiche parce que ce n’est pas une histoire qui a été prise ailleurs, mais il y a un côté pastiche dans la mesure où je m’amuse un peu des codes qui sont utilisés dans les fameuses comédies romantiques, que ce soit en livre ou en film.

Cyril. – Exactement. Tu as Les Mémoires d’Outre-web, qui est aussi un jeu de mots sur les Mémoires d’outre-tombe, etc. Donc on est toujours un petit peu dans cette veine légère, humoristique ou parodique.

Aloysius. – Oui, parce que je pense que c’est… Enfin, je pense parce que le dernier marche bien, mais jusqu’à il y a encore peu, je me demandais si c’était vraiment quelque chose qui intéressait beaucoup les gens. Je pense que c’est un mélange, en fait. Les gens aiment bien les histoires. Des histoires qui tiennent à peu près la route, quand même ! Et puis, ils aiment bien rire aussi. Donc la combinaison des deux fait que, voilà, ça peut marcher.

Cyril. – Ben là, justement, c’est exactement le cas. C’est vraiment à la fois un roman d’humour, où tu te moques un petit peu des choses (et d’un genre !) et une histoire.

Aloysius. – Voilà, ça, c’est quelque chose qui effectivement peut intéresser les gens. Moi, ce que j’avais fait… Enfin, j’ai commencé en fait avec 50 nuisances de glauque, où je me suis dit : « Je vais tenter le coup ! », en me disant « Est-ce que je ne vais pas profiter de l’effet du roman ? » Parce qu’en fait, j’avais vu que ça marchait bien aux États-Unis, mais qu’il n’était pas encore sorti en France, loin de là. Donc quand j’ai vu ça, j’en ai lu une partie en anglais pour voir un peu de quoi il retournait, et du coup je me suis lancé dans une histoire parallèle, mais évidemment qui part dans une direction totalement différente. Et c’est sorti à quelques jours du bouquin, à l’époque. Je ne sais plus quand. Ça fait déjà deux ans, je crois.

Cyril. – C’est sorti le 13 novembre 2012 en broché. Et le 1er octobre 2012 en version Kindle. Le tien.

Aloysius. – D’accord. Donc c’est dans ces eaux-là que le vrai, on va dire : 50 nuances de Grey, est sorti. Et je me suis dit : « On va voir si ça fait un effet locomotive, ou au moins petit wagon derrière ». En fait, non, pas spécialement. On va dire que s’il y a eu un effet, il est quand même assez léger. Mais c’est quand même le bouquin que j’ai le plus vendu, parmi ceux que j’ai écrits, et il s’est même mieux vendu au moment où le film est sorti. Là, il y a eu un petit soubresaut. Vraiment pas beaucoup. Par mois, ça tourne autour d’une trentaine, et le mois de la sortie du film, j’ai dû passer à une centaine, quelque chose comme ça. Ce qui pour moi était très bien.

Cyril. – Oui, ce qui est très bien ! Par ailleurs, si on compare ça à des chiffres d’édition papier, c’est très bien.

Aloysius. – Là, on n’est plus du tout sur le même espace-temps, on va dire. Avec le papier, on est obligé de faire très vite parce qu’on n’aura pas de deuxième chance. Une fois que c’est sorti et que ça a la chance d’être sur les étals des libraires un certain temps, ça ne va pas durer longtemps. À moins qu’il y ait un succès phénoménal, mais en général ça dure… C’est de moins en moins long, d’ailleurs. Moi, quand j’ai sorti le mien en 2008, on parlait de trois mois sur les étals. Maintenant, j’ai plus l’impression qu’on parle de deux mois. C’est de plus en plus limité et une fois que la période de nouveauté est passée, les libraires gardent deux-trois exemplaires qu’ils mettent en rayon et à partir de là c’est fini. Plus personne ne découvrira le bouquin, à moins de le connaître avant et de le demander. Donc on n’est pas sur le même système. C’est vrai que l’avantage d’Amazon (enfin, Amazon et les autres, d’ailleurs !) c’est que le bouquin est là et il reste là.

Cyril. – Les rayonnages sont infinis.

Aloysius. – Voilà ! Tant que le serveur tient debout !

Cyril. – Oui, et puis il y en a plusieurs qui marchent en même temps, donc s’il y en a un qui tombe, à la limite, les autres peuvent prendre le relais.

Aloysius. – Voilà, à ce niveau-là, on est rassuré.

Cyril. – Donc toi, tu as aussi une expérience dans l’édition papier puisque ton premier livre, sorti en 2008, était sorti en version papier, dans le circuit classique, traditionnel.

Aloysius. – C’est surtout qu’en 2008, il devait y avoir des e-books, mais moi je ne m’y intéressais pas.

Cyril. – C’était confidentiel, oui.

Aloysius. – C’était confidentiel et même les éditeurs ne proposaient pas de… Je n’ai pas le souvenir, dans le contrat, de clauses particulières pour le numérique. Je ne sais plus exactement. Ou même si c’était présent, je ne l’ai pas vraiment noté, parce que je ne voyais pas trop l’avenir de la chose. Et… Du coup, je ne sais plus ta question. Est-ce que tu avais une question, d’ailleurs ?

Cyril. – Non, il n’y avait pas de question. J’étais juste en train d’évoquer le fait que tu avais été dans le circuit traditionnel auparavant et que tu avais donc cette expérience du circuit traditionnel, qui est complètement différent du circuit électronique.

Aloysius. – Le circuit traditionnel, on va dire, il est intéressant dans la mesure où quand on rentre dans une maison d’édition, on profite de l’infrastructure, qui est plus ou moins, évidemment… Tout dépend de la maison d’édition. Là, en l’occurrence, pour moi, c’était Milan, qui est une structure qui marche bien, je pense, encore. Qui a une grosse production. Qui est présente au salon du livre de Paris, à celui de Brive-la-Gaillarde. Moi, j’ai fait ces deux manifestations-là. Ça m’a permis, évidemment, de découvrir plein de choses, de rencontrer plein de monde, et c’est ça qui fait la différence, en fait, entre l’édition traditionnelle et l’autopublication : c’est qu’on est… On a l’opportunité de rencontrer plein de gens et de remplir, en quelque sorte, son carnet d’adresses. Ce qui n’est pas du tout le cas, évidemment, avec l’autoédition.

Cyril. – Si tu vas sur le salon du livre à Paris, aujourd’hui, il y a un stand Kindle. Tu peux rencontrer plein d’autres auteurs autoédités. Et à côté, il y a le stand Kobo, où tu peux rencontrer aussi plein d’autoédités.

Aloysius. – Alors, oui, je suis d’accord, mais on est toujours… Quand tu vas au salon du livre, c’est toujours présenté… C’est l’autoédition Amazon, l’autoédition Kobo… On est toujours sous l’étiquette de quelque chose. Alors que quand tu vas dans les stands des autres maisons d’édition, on ne parle pas d’édition classique ou je ne sais quoi. C’est l’édition, tu n’as même pas besoin de préciser. Là, il y a toujours le fait que c’est autoédité. Il y a un petit côté un petit peu… Une bizarrerie, quoi ! Une nouveauté, encore pour quelque temps, avant que ça rentre dans les mœurs. Mais on est toujours sous l’étiquette autoédition ! Ce qui est toujours embêtant, parce qu’on est…

Cyril. – On écrit de la même manière… On écrit avec les mêmes mots que les autres.

Aloysius. – Oui, c’est exactement ça. C’est-à-dire qu’on n’a rien de particulier, ni de plus ni de moins, quant au résultat tout au moins, par rapport aux autres. Sauf que là, pour l’instant, pour des raisons commerciales je pense, puisque c’est Amazon qui porte tout ça (Amazon et dans une moindre mesure Kobo et Fnac), ils ont tout intérêt à mettre en avant le fait que n’importe qui peut autoéditer son écrit qui sommeille dans un tiroir. Ce qui n’est pas vraiment le cas si on y réfléchit bien, vu le boulot qu’il y a à produire pour essayer d’arriver à un résultat correct. Ce n’est pas aussi simple que ça ; il ne suffit pas de scanner ses pages A4 et de les balancer sur Amazon pour qu’il y ait un bouquin ! Mais bon, voilà, c’est le système qui veut ça. Après, il faut l’accepter.

Cyril. – Ce livre-là en particulier, Fallait pas l’inviter, c’est un livre que tu avais publié ailleurs avant, sur lequel tu as récupéré tes droits, et tu l’as publié de cette manière-là, sur Kindle. Est-ce que par exemple, si demain, Milan te disait : « Comment devenir un brillant écrivain, on va le passer au pilon », tu ferais la même chose ?

Aloysius. – Il faudrait déjà qu’ils me préviennent, je crois ! Ce n’est pas le fort des maisons d’édition. Je sais justement, en passant par Amazon, par la page auteur, que le bouquin continue à se vendre. Bon, il ne se vend pas à beaucoup d’exemplaires, mais il se vend. Et ça va faire deux ans que je n’ai rien touché de Milan.

Cyril. – Plus que deux exemplaires ! Commandez vite !

Aloysius. – Oui, en plus, plus que deux exemplaires ! Donc ça veut dire qu’il n’est pas en rupture de stock. Il y a encore des stocks.

Cyril. – Mais il suffit d’en acheter deux exemplaires ! Après, il n’y en aura plus, tu seras libéré !

Aloysius. – Je ne sais plus combien… Ils l’avaient tiré à 8 000, je crois, quelque chose comme ça.

Cyril. – Ah oui, c’est bien !

Aloysius. – Enfin, c’est ce qu’on m’avait dit, parce qu’entre ce qui est dit et la réalité… Il n’y a pas vraiment moyen de vérifier. Mais ce qui est sûr, c’est que je ne touche plus rien de chez Milan, alors que normalement, ils devraient me verser quelque chose.

Cyril. – Tu as un relevé de droits, au moins ?

Aloysius. – J’en ai eu, mais là, dernièrement, depuis deux ans, je n’en ai plus.

Cyril. – Tu n’en as plus.

Aloysius. – Non, je n’en ai plus. Les gens que je connaissais chez Milan ont changé. Ils sont partis voir ailleurs. Du coup, je n’ai plus de contact particulier et quand tu passes par le contact mail classique, pour avoir une réponse, c’est quasiment du domaine du rêve.

Cyril. – Donc tu vas… Tu salues avec plaisir l’initiative législative qui a été lancée pour que les éditeurs fassent des comptes-rendus plus précis aux auteurs.

Aloysius. – Normalement, ils y sont tenus de toute façon, parce que c’est quand même… Enfin, c’est la base !

Cyril. – Là, je pense qu’il y aura une obligation financière.

Aloysius. – Oui, avec une contrainte si le boulot n’est pas fait. Surtout que maintenant, avec Internet, ce n’est quand même pas très compliqué d’envoyer des relevés !

Cyril. – Non, ce n’est pas très difficile.

Aloysius. – Mais pour revenir à ta question, si j’apprenais qu’il y avait une mise au pilon, je les laisserais mettre au pilon sans souci, mais par contre j’essaierais de récupérer, effectivement, les droits pour publier sous mon nom. Parce qu’il n’y a pas de raison que je ne les récupère pas ! Après, je ne sais pas dans quelles conditions. C’est vrai que je ne m’y suis pas intéressé ; ils ne me l’ont de toute façon pas proposé. C’est quelque chose qu’ils ont aussi comme obligation : en cas de liquidation, comme ça, ils sont tenus de proposer le stock restant à l’auteur, à prix vraiment préférentiel. Ça ne s’est pas produit. Je pense que ça s’écoule gentiment jusqu’à extinction totale du stock. J’imagine. Je n’en sais pas plus ! Mais bon, ce n’est pas très grave en soi.

Cyril. – Non, mais c’est un peu dommage qu’ils ne fassent pas l’effort, au moins, de te tenir au courant de comment fonctionne, encore aujourd’hui, ton livre.

Aloysius. – Ah, c’est sûr ! Ça fait partie… C’est la moindre des choses, on va dire, quand même ! Les gens qui ont produit quelque chose qui a été vendu par la maison en question, la moindre des choses, c’est de les tenir au courant de ce qui se passe avec ce qu’ils ont produit. Mais bon ! Je m’y intéresserai peut-être un jour !

Cyril. – D’accord. Donc j’évoquais tout à l’heure aussi (et toi aussi tu l’as évoqué) le groupe auteurs autoédités sur Kindle.

Aloysius. – Oui. Auteurs indépendants.

Cyril. – Auteurs indépendants sur Kindle, pardon.

Aloysius. – Indépendants, parce qu’autoédités, il y a toujours un petit côté je fais tout moi-même, un petit côté bricolo, je fabrique mon bouquin, je me lis et je m’autofélicite. C’est un peu… Ça fait trop bricolo.

Cyril. – Tu crois ?

Aloysius. – Oui, je préfère auteurs indépendants. Ce qui correspond tout à fait à une réalité, puisqu’ils sont indépendants des maisons d’édition. Alors qu’autoédité, oui, ça fait bricolo un petit peu. C’est l’image extérieure qu’on peut avoir. Après, je pense qu’il faut le soigner, aussi, l’image extérieure.

Cyril. – C’est vrai que je vois assez souvent parmi les Anglo-Saxons self publishing et, de plus en plus souvent, indie publishing. Parce que de plus en plus, en fait, les autoédités quels qu’ils soient, même quand ce sont des autoédités très professionnels, ils lancent des choses et des initiatives entre eux, assez novatrices, en étant indépendants. Par exemple, ils montent une structure à trois, associative, ou ils vont se publier les uns les autres. Des choses comme ça. Mais ils le font de manière professionnelle.

Aloysius. – Voilà ! Donc c’est vrai que pour le coup, l’appellation indépendants est, je trouve, beaucoup plus appropriée, parce qu’on est indépendants des maisons d’édition et du fonctionnement des maisons d’édition, c’est vrai, et dire autopublié ou autoédité, c’est un peu trop insister sur le côté matériel, le côté vraiment les mains dans le cambouis, Calibre et compagnie, alors que le lecteur s’en fout. Je veux dire, que ce soit… Que la personne ait fabriqué elle-même son bouquin ou qu’elle ne l’ait pas fabriqué elle-même, ce n’est pas ce qui intéresse le plus le lecteur. Je pense que ça l’intéresse plus de savoir que ce sont des gens qui sont en-dehors du système classique. Moi, je trouve ça plus intéressant.

Cyril. – Et donc, dans ce groupe-là, tu es un peu l’observateur de ce qui se passe dans le monde des indépendants, justement.

Aloysius. – Oui. Dès que je tombe sur une info intéressante, je partage, pour voir les réactions. Et puis, c’est toujours intéressant de s’entraider, d’avoir des infos qui viennent un peu de différents points de vue.

Cyril. – Et est-ce qu’il y a des choses qui ont changé depuis que tu as commencé à être auteur indépendant sur Kindle ?

Aloysius. – Tu parles du groupe ou en général ?

Cyril. – Du groupe, en général, et dans ce que tu observes.

Aloysius. – Sur le groupe, la grosse différence depuis que j’y suis… À l’origine, quand je suis arrivé, il y avait beaucoup d’auteurs indépendants (reprenons les termes) qui venaient dans le guide pratique.

Cyril. – Dans le livre pratique, comme je fais moi. Et on est de plus en plus dans le roman et dans la fiction.

Aloysius. – Voilà. J’ai l’impression qu’il n’y en a quasiment plus. Sur le groupe, tout au moins. Je ne vais pas généraliser. Mais il n’y en a quasiment plus. Les gens qui interviennent, qui s’inscrivent et qui viennent présenter leurs écrits, ce n’est quasiment que du roman. Du roman ou de la nouvelle.

Cyril. – Il faut dire que le livre pratique, c’est quand même un modèle qui est mis en avant pour le get rich quick (devenir riche rapidement) aujourd’hui. Ce qui a été beaucoup vendu au début de la plateforme KDP, en France et ailleurs. Mais en fait, les gens lisent surtout des romans.

Aloysius. – A priori.

Cyril.Si on veut faire un succès aujourd’hui sur Amazon, il vaut mieux écrire un roman.

Aloysius. – Jusqu’à présent, c’est vrai que je n’ai jamais vu en tête des livres pratiques. Des livres pratiques qui se vendent raisonnablement, oui, mais des grands succès, en livres pratiques, non. Parce que je pense que ça souffre beaucoup du… Enfin, déjà, le reproche, en général, qui est mis sur le dos des indépendants, c’est que c’est n’importe qui. Quelqu’un qui a eu envie d’écrire un roman écrit un roman et s’intitule auteur et c’est parti. C’est un peu le même problème pour les livres pratiques. C’est-à-dire qu’en gros, quelqu’un qui fait un bouquin sur je ne sais pas quoi… Le jardinage ! Qu’est-ce qui nous prouve qu’il s’y connaît en jardinage ? Est-ce qu’il n’est pas allé glaner des trucs à droite à gauche sur Internet ? Ou qu’il invente tout ce qu’il raconte ? Donc il y a un côté… Il y a un problème de crédibilité aussi, je pense, qui doit faire que… Ça a dû marcher un moment, peut-être il y a deux-trois ans. Peut-être que ça marche moins maintenant, mais ça, je suppute, parce que je n’ai pas de données là-dessus. On manque vraiment de données, donc on est souvent amené à faire des hypothèses, qui ne sont pas toujours justes, j’imagine.

Cyril. – Je voulais aussi parler un petit peu de l’actualité. Il y a quelques jours, Amazon a envoyé un e-mail à tous les gens qui sont inscrits sur Kindle Direct Publishing, donc qui peuvent publier des livres sur Kindle, parlant de Kindle Unlimited et de la manière dont ils allaient rétribuer les gens qui publiaient dans le programme Kindle Unlimited. Ce qui a donné lieu à tout un ensemble d’articles de presse disant qu’Amazon allait payer les auteurs à la page.

Aloysius. – Oui, sans faire de distinction entre les indépendants et les maisons d’édition. Tout le monde était mis dans le même paquet, pour que ce soit un peu l’esprit du lecteur.

Cyril. – Voilà, c’est ça. Et puis, d’ailleurs, ils mettaient parfois dans le même paquet les auteurs qui publiaient leurs livres pour les vendre uniquement et les auteurs qui mettaient leurs livres aussi dans le programme Kindle Unlimited.

Aloysius. – Oui, en plus. Parce que c’est vrai que ça ne concerne que le programme KU. Donc c’est quand même relativement limité. Après, on n’est pas obligé d’y adhérer. Mais je pense que c’est une façon pour la presse généraliste d’intéresser les gens à quelque chose qui semblait être un problème plus vaste sur la rétribution des… Sur les droits d’auteur, etc. alors que c’est un problème qui est pour l’instant très limité. Cela dit, c’est intéressant, parce qu’Amazon… Vu la puissance de frappe d’Amazon, on ne sait pas jusqu’à quand ce système sera contenu. C’est vrai qu’en France on est encore très… On résiste beaucoup plus qu’aux États-Unis, par exemple, à cause du prix unique, et puis par rapport à la culture française du livre. Donc c’est un peu plus dur pour eux, mais pourquoi pas imaginer qu’à terme Amazon décide, étant le plus gros libraire du monde, qu’à partir de maintenant, ce sera payé à la page. Qui pourra s’y opposer ? Non, pour l’instant, ce n’est pas le cas. C’est limité. Mais c’est intéressant de poser le problème, tout en rappelant bien que ce n’est pas encore le cas pour l’instant.

Cyril. – On a un parallèle à peu près valable avec l’industrie de la musique, l’industrie du disque et les chansons, en fait.

Aloysius. – Oui, avec Deezer et Spotify.

Cyril. – Voilà. On a Deezer, Spotify, bientôt Apple Music. Où maintenant les gens, les artistes, sont rémunérés sur le nombre de fois où leur titre est joué.

Aloysius. – Oui, mais là, j’ai l’impression… Je m’intéresse aussi un petit peu à la musique. J’ai l’impression qu’on revient à un état qui existait avant… On va dire à partir des années cinquante, début soixante, où les artistes produisaient avant tout des 45 tours, c’est-à-dire un titre, qu’ils vendaient.

Cyril. – Pour faire de la radio.

Aloysius. – Et puis une fois qu’ils avaient sorti assez de 45 tours, on regroupait le tout et on en faisait un album. À l’époque, on marchait au titre. Et petit à petit, les choses évoluant, on a de plus en plus marché en albums.

Cyril. – Oui, c’est dans les années soixante que sont apparus les vrais albums.

Aloysius. – Voilà. Avec la noblesse de la pop music, les Beatles etc. Eux faisaient des 45 tours, mais on attendait aussi leurs albums. Les gens achetaient beaucoup d’albums. Et là, on revient en fait à la base, c’est-à-dire le morceau unitaire. Et les albums n’ont quasiment plus d’intérêt puisque les gens n’achètent plus de CD parce que c’est vilain et ça encombre les appartements. Ils préfèrent s’abonner à des services comme Deezer ou Spotify. Même pas acheter les fichiers ; ça n’a aucun intérêt !

Cyril. – Même avant, pendant les cinq années où il n’y avait qu’iTunes et les autres plateformes de vente de mp3, les gens n’achetaient plus les albums. Ils n’achetaient que des morceaux seuls.

Aloysius. – Oui. Mais là, on a passé un cap supplémentaire. C’est-à-dire que le fichier mp3 en lui-même n’a aucune valeur. Ce qui a de la valeur, c’est l’écoute.

Cyril. – Il n’a de toute façon aucune valeur.

Aloysius. – Non, c’est l’écoute. L’écoute, où on veut, quand on veut, et sans limites. Le fichier… En fait, on est passé de choses qui avaient une valeur au départ, comme le 33 tours… On voit le retour des 33 tours maintenant, enfin la valeur que ça peut prendre. C’était un objet. C’était un objet avec de la musique dessus. Maintenant, il n’y a plus d’objet. C’est juste la musique. Le support n’a plus d’importance.

Cyril. – Oui, et puis les couvertures des 33 tours, les trucs qu’ils mettaient en plus dans les albums…

Aloysius. – C’étaient des vrais objets

Cyril. – Moi, mon Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, il a encore cette espèce de découpage à l’intérieur, pour pouvoir faire…

Aloysius. – Oui, il y avait un découpage. On pouvait découper les moustaches de Mc Cartney ou des choses comme ça. Il y avait des petits trucs… Et tout ça, ça a pris une valeur assez incroyable parce que quelque part ce sont aussi des objets d’art. Même si c’est de l’art de production de masse, on va dire.

Cyril. – C’est de l’art commercial. De la production de masse, mais ça reste quand même de l’art.

Aloysius. – Alors qu’un CD… Enfin, moi, pour l’instant, je n’ai jamais vu de CD de collection ou des gens qui se battaient pour acheter un CD à un prix mirobolant. C’est un morceau de plastique… C’est logique qu’on en arrive au fichier. Enfin, même pas au fichier, à l’écoute ! Au streaming.

Cyril. – Donc si on établit le parallèle avec le roman ou avec le livre, ce qui compte c’est la lecture, ce n’est pas le fait d’avoir acheté un livre.

Aloysius. – Alors, je pense que les deux coexistent. C’est-à-dire qu’il y a des gens pour lesquels effectivement c’est la lecture qui importe. Ils se contrefichent du fichier, de savoir si ça va rester ou s’ils vont le léguer à leurs petits-enfants. Ils lisent et après ils balancent. À la limite, si on peut les en débarrasser, ils sont contents ! Et puis à côté de ça, il y a des gens qui continuent à acheter des bouquins parce qu’ils veulent avoir l’objet, ils veulent le ranger dans la bibliothèque. Ça existe. Ça coexiste très bien. Et puis ça continuera, je pense. Par contre, pour ce qui est d’Amazon et du Kindle, on est plus sur ces consommations de lecture rapide, détente, etc. et une fois que c’est lu, je ne pense pas que les gens collectionnent les e-books sur leur liseuse. Enfin, ça n’a aucun intérêt !

Cyril. – Moi, je retourne voir des livres que j’ai lus il y a un an avec plaisir.

Aloysius. – Sur ta liseuse ?

Cyril. – Oui !

Aloysius. – Mais bon… Il y a un an, tu dis.

Cyril. – Oui, il y a un an.

Aloysius. – Moi, je retourne voir des livres que j’ai lus il y a vingt ans !

Cyril. – J’ai racheté des bouquins que j’avais lus en version poche ou en version broché. Enfin, relié.

Aloysius. – Pour les avoir sur ta liseuse ?

Cyril. – Pour les avoir sur ma liseuse. Pour pouvoir les relire sur ma liseuse. Donc en fait, j’ai reconsommé quelque chose que j’avais déjà acheté.

Aloysius. – Oui, ça, c’est aussi ce qui nous est arrivé avec le CD pendant de nombreuses années. Ils nous ont revendu sous toutes les formes, toutes les coutures, la même chose. Mais bon, est-ce que tu es représentatif ?

Cyril. – Non, je ne pense pas être représentatif de qui que ce soit, à part moi !

Aloysius. – Il faudrait voir si ta pratique à toi est une pratique généralisée ou pas. Je ne sais pas. Moi, à chaque fois qu’on parle de bouquins avec des gens, la réponse, c’est : « Les liseuses, je n’ai jamais essayé » donc c’est… Des gens qui lisent, mais qui disent : « Non, la liseuse, je ne connais pas, et je n’ai pas spécialement envie de m’y mettre ».

Cyril. – Pour en finir avec cette notification, il y a une chose qui va être intéressante pour les auteurs qui sont sur Kindle Unlimited, c’est qu’ils vont savoir jusqu’où les gens lisent leurs bouquins.

Aloysius. – Ah ben, ça, c’est terrible !

Cyril. – Il faut savoir qu’on a déjà fait cet entretien et puis, pour des problèmes, des raisons techniques, je me suis banané et c’était complètement raté, et on avait parlé justement de l’histoire du livre de Thomas Piketty, où il y avait eu cette enquête qui avait été faite aux États-Unis. Je te laisse finir.

Aloysius. – Oui, par rapport au bouquin de Piketty, on s’est rendu compte, probablement grâce aux liseuses, aux systèmes qui permettent de savoir à quel point arrête un lecteur sur un livre donné, on s’est aperçu qu’une très grande majorité s’arrêtait entre 5 et 10 % je crois. Ce qui représente bien peu de pages sur l’ensemble du bouquin, qui est quand même assez volumineux. Bon, après, ça peut prêter à rire, mais…

Cyril. – 5 à 10 %, sur ce bouquin-là, ça fait quand même au moins 70 pages.

Aloysius. – Oui ! Ce sont des gens qui se sont dit : « On va essayer ! » jusqu’au moment où ils ont craqué. Mais là, c’est intéressant parce qu’en fin de compte, c’est un bouquin qui a été hyper médiatisé. Pas spécialement du fait de l’auteur (je pense qu’il ne courait pas après) mais il est tombé à un moment où on en a parlé un peu partout, donc il a été ultra médiatisé. C’est quelqu’un qui parle bien des les media ; il y a plein de gens qui se sont dit : « Super ! Ça a l’air vachement intéressant ! » et puis qui ont acheté le bouquin et qui sont tombés sur un discours un petit peu plus ardu que sur les plateaux de télévision, tout simplement.

Cyril. – Ça reste quand même aride comme sujet.

Aloysius. – Voilà. C’est sûr qu’une causerie au coin du feu sur Public Sénat, c’est quand même plus facile à ingurgiter qu’un bouquin de 800 pages sur l’économie. Moi, je pense que je me serais fait avoir aussi. Ce n’est pas le premier, de toute façon. Des gens qui arrivent à bien vendre, entre guillemets, leur truc, qui passent bien, qui s’expriment bien, etc. et qui vendent énormément de bouquins et à l’arrivée les bouquins ne sont pas lus. Enfin, on se doute qu’ils ne sont pas lus ! Maintenant, on le saura effectivement. On va le savoir très précisément, grâce à… Enfin, grâce à ou à cause de, parce qu’après tout, il y a des gens aussi qui s’élèvent en disant : « Ça fait partie, quelque part, de la vie privée, de savoir à quel point ils sont arrivés dans un livre ».

Cyril. – Ce ne sera pas diffusé. Ce sera vraiment uniquement, complètement anonymisé.

Aloysius. – J’espère que ce ne sera pas nominatif !

Cyril. – Complètement anonymisé, et puis surtout, ce ne seront que les auteurs, qui sont dans Kindle Unlimited etc. qui pourront savoir en gros, sur un mois, combien de pages ont été lues, de leurs livres.

Aloysius. – Tu es sûr de ça ? C’est-à-dire qu’on pourra voir l’avancée ? Ce sera marqué ? C’est une moyenne ?

Cyril. – Je ne sais pas. En fait, je pense que… Dans leur explication, ils disent juste qu’on saura combien de pages ont été lues. Tout court.

Aloysius. – De toute façon, on saura dans un mois. Ça se met en place en juillet.

Cyril. – Mais je veux dire par là : on saura combien de pages ont été lues, on ne saura pas combien de personnes ont dit : « J’aimerais bien commencer à lire ce bouquin ». Donc on ne pourra pas forcément faire le rapport entre « J’ai commencé à lire ce bouquin » et « Je n’ai lu que 10 % » ou « Je n’ai lu que 20 % ».

Aloysius. – De toute façon, Amazon, c’est toujours dans son intérêt à lui. C’est vrai qu’ils avancent que… Enfin, j’ai lu le mail qu’ils ont envoyé en disant : « C’est une demande de beaucoup de lecteurs et d’auteurs ». Alors, la demande des auteurs… Effectivement, ceux qui écrivent des bouquins de 500 pages, qu’ils touchent plus que ceux qui écrivent des bouquins de 30 pages, ça me paraît fondé. Après, ils annonçaient le fait que c’était aussi dans l’intérêt des lecteurs et là, je n’ai pas bien compris. Je ne voyais pas trop où était l’intérêt des lecteurs, vu que de toute façon ils payent le même prix. Ils payent l’abonnement, qu’ils lisent 10 %, 20 % ou 100 % du bouquin.

Cyril. – Alors, je crois que sur certains marchés, comme les États-Unis, il y avait beaucoup de nouveaux petits livres courts, qui étaient apparus depuis la sortie, la création de Kindle Unlimited.

Aloysius. – Ah ! Donc des gens qui voulaient profiter du système.

Cyril. – Voilà. Et qui mettaient leur livre à 0,99 et puis leur livre faisait vingt ou trente pages et une fois que quelqu’un avait lu trois pages, 10 %, ils touchaient l’équivalent aux États-Unis de 1,35 € ou 1,20 € (ça dépend des mois, puisque la rétribution change de mois en mois) au lieu de toucher 70 cents.

Aloysius. – Effectivement, là, ça peut se comprendre. Mais bon, on verra exactement ce que ça donne. Mais c’est vrai qu’on est bien d’accord que le lecteur, lui, ça ne lui change rien du tout. Il paye son abonnement

Cyril. – Ah, ben non, à la fin, il paye son abonnement.

Aloysius. – Voilà. Donc peut-être qu’il y a une explication plus poussée de la part d’Amazon, que ça lui permet de redistribuer l’argent de façon plus équitable et donc de mettre plus dans le pot commun, puisque c’est une histoire de pot commun qu’il y a chaque mois.

Cyril. – Je pense aussi que Kindle Unlimited leur a aussi posé des soucis avec un certain nombre d’auteurs, qui écrivent de gros livres, qui aiment bien Amazon et donc qui se mettent dans KDP Select. Et quand on est dans KDP Select, on est automatiquement dans Kindle Unlimited. On ne peut pas être dans l’un et pas dans l’autre. Mais qui écrivaient des gros bouquins de 300 ou 400 pages, et qui voulaient les vendre 3,99 € ou 4,99 € pourquoi pas. Et quand Kindle Unlimited est arrivé, ils ont fait : « Au secours ! »

Aloysius. – Oui, parce que du coup, ils étaient…

Cyril. – Ils touchaient moins.

Aloysius. – Ceux qui étaient empruntés leur rapportaient moins, oui.

Cyril. – Ils voyaient 50 %, ou plus, de leurs revenus, qui s’enfuyaient ! Et ces gens-là sont sortis de KDP Select ou sont sortis de Kindle Unlimited.

Aloysius. – Voilà. Donc c’est sans doute pour les faire revenir. Il y a un débat aussi, qui est intéressant, qui a été lancé dans plusieurs journaux, avec des gens qui disaient : « Voilà, c’est le début de l’écriture formatée, avec des cliffhangers à chaque fin de chapitre… »

Cyril. – Pour faire tourner ! Mais c’est déjà le cas, en fait.

Aloysius. – Oui ! C’est stupide ! Je pense qu’en fait, c’est le rapport qu’il y a entre le lecteur, qui fait un acte d’achat par rapport à un bouquin parce qu’il imagine que ça va lui plaire… et s’il achète un bouquin de suspense, il s’attend à ce qu’il y ait un cliffhanger à chaque fin de chapitre, que ce ne soit pas mou du début jusqu’à la fin. Donc si le cliffhanger n’est pas là, le lecteur n’est pas content et il arrête de lire. Ça me paraît logique. Après, si on prend un bouquin de Marguerite Duras, on ne s’attend pas à avoir des cliffhangers toutes les trois pages. Là, on sait ce qui nous attend et on va aussi au bout du livre, a priori. Ça, ce sont des débats qui sont… Mais c’est très français, ça. Tout de suite, on part sur nos grands chevaux.

Cyril. – Mais c’est un débat qui a dépassé la France. Il y a eu des articles dans le Telegraph, aux États-Unis dans l’Atlantic, etc. Il y a beaucoup de personnes qui ont… Et sur des sites web, des bloggeurs… Ted Crunch et autres. Il y a pas mal de gens qui en ont parlé.

Aloysius. – Ce n’est pas un petit peu plus marginal aux États-Unis ? Parce qu’en France, on est quand même massivement encore dans la littérature avec un grand L. Il y a toujours un côté…

Cyril. – Aux États-Unis, on est quand même beaucoup plus dans la littérature commerciale, oui. Vraiment plus dans le roman de genre, ce genre de chose.

Aloysius. – Oui. C’est l’efficacité avant tout, quoi. Cela dit, ça produit quand même de bons auteurs. Mais pas que des bons, évidemment. Voilà, c’est un autre système.

Cyril. – En conclusion, Aloysius… J’ai vraiment du mal à le dire !

Aloysius. – Moi aussi, c’est pour ça que je ne le dis pas !

Cyril. – Tu en as de la chance ! Est-ce que tu peux nous indiquer où est-ce qu’on peut retrouver les informations te concernant : ta page auteur Amazon, évidemment, mais d’autres endroits ?

Aloysius. – Mon blog qui s’appelle… Qui date, qui commence à dater maintenant : 2007. Qui s’appelle Comment écrire un roman ? avec des tirets entre chaque mot. C’est ce blog, d’ailleurs, qui m’a permis… Je te raconte en deux secondes pour que tu voies un peu le système de l’édition en France. J’avais fait ce blog en… J’ai commencé en 2006, je pense. Enfin, bon, peu importe ! Et je mettais des articles, comme ça, pour expliquer aux gens, en prenant une stature très professorale et un peu pédante, etc.

Cyril. – Donneur de leçons.

Aloysius. – Comment on faisait pour écrire un roman. Donc je prenais tout ça de très haut, etc. et il se trouve qu’au bout d’un peu plus d’un an, j’ai un coup de téléphone d’une journaliste du Monde, qui me dit : « Je suis tombée sur votre blog, c’est marrant, j’aimerais bien en faire un article ». Je lui ai dit : « Pas de problème, faites comme vous voulez ! » Donc elle m’a interviewé et elle m’a dit : « Vous savez ce que c’est, dans la presse, s’il n’y a pas la place, ça ne paraîtra pas. Vous ne m’en voudrez pas ? » Je lui ai dit : « Non, il n’y a pas de problème » et il se trouve que l’article est sorti dans Le Monde quelques jours après. Donc j’étais déjà très content ! C’était quand même miraculeux. Et une semaine plus tard, j’ai un directeur de collection de Milan qui m’envoie un mail en me disant : « Ça m’intéresserait de le publier, parce que ça m’a bien plu » etc. Donc voilà, ça tient à pas grand-chose. Mais c’est vrai que le côté… Quand on a les media avec soi, ça va beaucoup plus vite. J’aurais pu faire mon blog pendant vingt ans, et si personne ne l’avait remarqué, les autres personnes, des éditions Milan, ne l’auraient pas remarqué non plus. C’est un coup de bol. J’avoue que j’ai eu un coup de bol.

Cyril. – Mais c’est un coup de bol qui t’a permis aussi de faire tout un ensemble, d’écrire tout un ensemble de livres que tu avais envie d’écrire. Parce que tu fais toujours ça par plaisir.

Aloysius. – Ah, oui, toujours, oui ! D’ailleurs, quand je n’éprouve pas de plaisir, je n’écris pas.

Cyril. – Voilà, tout simplement !

Aloysius. – Oui, je passe à autre chose. Il faut… Comme on dit, l’inspiration ! Enfin, c’est surtout l’envie de… On se sent en verve ou on ne se sent pas en verve. Si je ne me sens pas en verve, ce n’est pas grave, je fais autre chose. Dans la mesure où ce n’est pas mon métier, je ne vais quand même pas me mettre des pressions monumentales. Ce serait quand même dommage ! Je n’en suis pas là. Donc il faut que ça reste quand même un plaisir.

Cyril. – D’accord. Écoute, merci.

Aloysius. – C’est moi qui te remercie !

Cyril. – Ah non, il ne fallait pas ! Et puis, écoute, j’espère qu’on se retrouvera et qu’on discutera bientôt, pourquoi pas d’un autre livre, toujours un petit peu déjanté.

Aloysius. – Avec grand plaisir, oui ! Pour l’instant, je n’ai encore rien sous la main ou sous le coude…

Cyril. – Mais ça viendra quand tu auras envie !

Aloysius. – Exactement ! On m’a conseillé, quand même, de ne pas trop tarder.

Cyril. – Oui, il faudrait quand même que tu capitalises un petit peu sur cette nouvelle renommée. Internationale.

Aloysius. – Profiter de la dynamique. Mais bon…

Cyril. – Il faut que tu vendes des droits à l’étranger, quand même !

Aloysius. – Oui ! On n’en est pas là, mais…

Cyril. – Il y a Hollywood au coin de la porte.

Aloysius. – Je n’en doute pas un instant. C’est juste une question de temps !

Cyril. – Exactement ! Bon, merci encore, et puis à bientôt. Au revoir !

Aloysius. – OK. À très bientôt ! Au revoir.

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