Episode 24 : le statut de l’auteur indépendant avec Guy Morant

Le podcast pour publier sur Kindle iBooks et Kobo
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«Lucie sait que son père ment. Elle l’a compris dès leur départ de Zénia, avant même qu’ils se soient engagés sur la route des Monts d’Argent.», voilà comment commence le prequel de Lucie Acamas et les spectres des songes. Commencer un roman par cette révélation, que les parents mentent, voilà qui mettrait peut-être Bettelheim dans tous ses états.

Mais Guy Morant, que je reçois cette semaine ne s’adresse pas aux plus jeunes des lecteurs, plutôt à cette tranche qu’on dit aujourd’hui “pré-adolescente”.

Vous avez vu comme j’ai tenté de relever un peu le niveau de mes présentations de blog ? C’est que cette semaine, mon invité est à la fois un auteur autoédité, un observateur fin de l’édition et un passeur de connaissance. Et un maître d’école…

On parle comme d’habitude de plein de choses, par exemple de couvertures. Guy a fait réaliser ses nouvelles couvertures par kouvertures.com, le site de David Forrest pour son activité graphique. Hats off to the designers !Capture d’écran 2015-10-12 à 15.06.48

Je le redis, la couverture est très très importante, et faire sa couverture soi-même, ou pire, utiliser les couvertures préformattées de KDP est un bon moyen de ne pas donner leur chance à vos livres.

On parle aussi beaucoup de son blog de «militant de l’autoédition», de la qualité de l’auteur, de la chance que nous avons et dont nous sommes responsables. Du statut fiscal/légal des auteurs indépendants, de la nécessité d’agir de front…

Hors antenne, Guy m’a fait découvrir Yves Lavandier et son excellent La Dramaturgie, que je vous recommande chaudement (même si les marges sont trop petites pour faire plein de notes).

Pour écouter directement cet épisode :

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Et… place à transcription de cet entretien


Cyril. – Bonjour ! Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir Guy Morant et la grande question que je me pose, c’est : comment va-t-on débuter ? Bonjour Guy.

Guy. – Bonjour Cyril !

Cyril. – Je disais : comment va-t-on débuter, parce que tu as un blog, tu es auteur évidemment, et sur ton blog, récemment, tu as publié un billet sur les débuts des romans des autoédités. Toi-même, tu es auteur autoédité. Depuis combien de temps ? Et peux-tu nous raconter un petit peu ton parcours pour arriver à l’autoédition ?

Guy. – Alors, contrairement à cette dernière génération d’auteurs autoédités qui ne sont même pas passés par l’envoi classique de manuscrits, moi, j’écris depuis suffisamment longtemps pour en avoir envoyé, des manuscrits. Donc pendant un certain nombre d’années, j’ai envoyé des manuscrits. Alors, au début, j’acceptais la réponse négative standardisée des maisons d’édition et en faisant un minimum d’autocritique je devais quand même admettre que ce que j’écrivais n’était pas terrible. Donc pendant un certain nombre d’années aussi, j’ai abandonné l’écriture. Jusqu’aux années 2000 environ, où j’ai écrit plus pour la jeunesse, et d’abord un essai sur l’école. Cet essai sur l’école a été publié et ça a été une expérience absolument épouvantable.

Cyril. – Oui, je mettrai le lien vers l’article où tu en parles.

Guy. – Donc à ce jour, je suis encore en conflit avec la maison d’édition. Si ça me prend un jour, j’irai un peu plus loin, mais je leur ai encore demandé les comptes concernant les ventes de mon livre ; je ne les ai toujours pas reçus.

Cyril. – Dix ans après.

Guy. – Dix ans après, voilà ! Donc ils sont clairement dans l’illégalité. Et cette première expérience de l’édition m’a surtout fait comprendre que l’aura qui entourait les éditeurs n’était pas toujours justifiée. Donc par la suite, j’ai continué à écrire, plus par passion et pour la jeunesse. Comme je suis maître d’école, j’ai écrit d’abord des pièces de théâtre, que je n’avais absolument pas l’intention de publier, que je publierai un jour mais que j’ai surtout montées moi-même. Dont j’ai fait des spectacles. Et de fil en aiguille, je me suis mis à écrire des romans pour la jeunesse. Ces romans, j’ai essayé de les publier, mais avec beaucoup moins de motivation parce que ma mauvaise expérience en la matière m’enlevait un peu l’envie de vivre la même chose.

Cyril. – Chat échaudé craint l’eau froide…

Guy. – Chat échaudé craint l’eau froide ! Et quand j’ai entendu parler de l’autoédition, ça a été d’abord l’autoédition papier. Par des Américains, qui étaient déjà des précurseurs. Comme Pointer, qui était un précurseur, qui a commencé à autoéditer dans les années 1970, avec beaucoup de succès. Donc ça m’a donné des idées. Petit à petit, j’ai découvert la dernière génération des autoédités américains. Ensuite, les autoédités français, sur des groupes Facebook. Et je me suis lancé. Voilà.

Je me suis lancé de la façon la plus professionnelle que je pouvais, en faisant appel à une relectrice, à des illustrateurs, un concepteur de couvertures… Bref, à divers professionnels, pour m’assurer que vraiment j’offrais aux lecteurs la meilleure qualité que je pouvais leur offrir. Donc il y a à peu près un an (un peu plus) j’ai commencé mon blog, en préparation de cette publication, et je me suis mis à vraiment militer pour l’autoédition parce que je suis vraiment passionné par cette façon de présenter son travail. Et avant tout, je me définirais comme un militant de l’autoédition. Même si ce que j’écris… Alors, je n’en sais rien : peut-être que ce n’est pas de la qualité que je souhaiterais ! Je n’en sais rien. Mais mon travail de blogueur, c’est avant tout une défense des autoédités.

Donc en décembre, j’ai commencé à publier mes livres. Qui n’ont pas rencontré vraiment le succès que j’attendais. À part un de ces livres-là, qui s’appelle Le sachet de bonbons. Je continue. Je continue à écrire. Je continue à essayer de vendre mes livres, à aller vers les lecteurs, et comme c’est à la fois une passion et vraiment une initiative financière, je dirais, comme il y a des investissements, je vais aller vers une forme d’association avec Pascal Bléval. Je peux te donner la primeur de cette information-là ! Je vais certainement, dans les semaines ou les mois à venir, créer une association avec Pascal Bléval, qui est un autre auteur de science-fiction. Une association qui a pour but d’aider les auteurs à s’autoéditer. Donc voilà, pour le dire en quelques mots, mon parcours.

Cyril. – Donc tu as commencé petit, mais l’idée, c’est vraiment de grandir et d’aller encore plus loin.

Guy. – Oui, mais je me suis rendu compte, en étant publié, que le rêve de tout auteur est d’être publié et que bien souvent on est publié et puis après, rien ne se passe. C’est-à-dire qu’on attend, on attend, on attend… On passe un coup de fil un peu anxieux à son éditeur, qui se dérobe…

Cyril. – Ça prend très longtemps en plus…

Guy. – Ça prend très longtemps. Pendant l’année qu’il faut pour que le roman paraisse, on se met à écrire autre chose, et puis le roman paraît enfin. On n’est pas informé de la façon dont il est publié. On reçoit juste les épreuves à corriger. Dans mon cas, les épreuves n’ont même pas été corrigées selon les remarques que j’avais ajoutées. On le voit paraître, on le recherche en librairie, on est anxieux… Ça nous entretient dans cette espèce d’attente de l’auteur, et puis rien ne se passe. Voilà : ça, c’est typiquement l’auteur édité. Alors que l’auteur autoédité, c’est un homme de relations.

Cyril. – C’est quelqu’un qui a le contrôle, aussi !

Guy. – Oui, c’est quelqu’un qui a le contrôle. Mais il ne faudrait pas aller trop loin dans cette direction-là parce qu’à un moment, il faut lâcher. C’est-à-dire qu’à un moment, il faut laisser les personnes qui nous lisent nous dire ce qu’elles ont à dire. Par exemple, mettons : « Ta fin, ça ne va pas du tout », « Tu devrais réécrire telle partie » ou bien « Tu devrais écourter ton roman ». Donc le côté contrôle, il faut s’en méfier un peu, je crois, en tant qu’autoédité. Mais ce qui me frappe surtout quand on s’autoédite, c’est l’aspect relationnel. Relationnel avec les autres auteurs, et ça, c’est une première ! Les auteurs n’ont jamais été autant en relation qu’aujourd’hui les autoédités. Et puis les relations avec les lecteurs. Ça, c’est l’aspect qui m’intéresse le plus.

Cyril. – Tu disais que tu étais auteur jeunesse. Donc on n’a pas cité la série que tu as écrite, encore, pour le moment : cette série, c’est Lucie Acamas. Donc tu as une série de trois livres, et tu as aussi un autre livre : Le sachet de bonbons. Donc tu disais, la littérature jeunesse, en version électronique, c’est difficile.

Guy. – Bon, alors, c’est peut-être provisoire. C’est certainement provisoire, puisqu’aux États-Unis, c’est vraiment le domaine, la catégorie, qui progresse très très bien depuis un an ou deux. En France, la littérature de jeunesse reste encore l’apanage des éditeurs papier et le monopole des libraires jeunesse. Qui sont d’excellente qualité : là, il n’y a absolument aucun doute là-dessus ! Du moins les libraires. Les éditeurs ont tendance à avoir une vision un peu plus industrielle de leur métier, c’est-à-dire qu’ils ne cessent de parler de créativité, mais en réalité c’est le business !

Alors, moi, je ne suis pas militant anticapitaliste, donc pour moi il n’y a rien de mal à vouloir gagner sa vie tant qu’on dit : « Je suis un éditeur industriel ; je crée une production qui est de bonne qualité technique et matérielle, mais moi, je n’essaye pas de révolutionner la littérature ». Moi, je n’ai absolument rien à redire à cette option-là. Par contre, quand on se drape dans une dignité d’éditeur à l’ancienne, quand on fait référence à Jean Paulhan, à André Gide, Gallimard, etc. et que ce qu’on publie, ce sont des histoires de vampires, ça me gêne un petit peu. De la chick-lit tout habillée de rose…

Cyril. – C’est un peu plus difficile. Tes livres, tu les as publiés à partir du mois de décembre 2014, c’est ça ?

Guy. – Oui, décembre 2014. Ça, ça a été les deux premiers livres : Le sachet de bonbons et Lucie Acamas et les Compagnons de l’Ordre Vert. Par la suite, j’avais prévu de publier le deuxième volume de Lucie Acamas, mais entre-temps j’ai publié une novella. D’abord sous forme purement électronique.

Cyril. – C’est quoi, une novella ? Parce que c’est un terme qu’on utilise très peu en France.

Guy. – Alors, une novella, c’est un format avant tout. C’est un format qu’on pourrait définir par le nombre de mots. Quelque chose comme 25 000 mots.

Cyril. – C’est entre la nouvelle et le roman.

Guy. – Voilà, c’est une grosse nouvelle ou un petit roman. De ce point de vue-là, Le sachet de bonbons est à peu près une novella. Bon, il se fait qu’on appelle roman des textes plus courts dans le secteur de jeunesse. Disons vers les huit, dix ans, parce que ce sont les premières lectures. Alors que la novella que j’ai écrite est plus destinée aux douze, quinze ans. Donc au début c’était sous la forme d’un fichier numérique distribué en échange d’une inscription à ma lettre d’information. Par la suite, je l’ai distribuée sur Amazon et sur d’autres plateformes.

Cyril. – Et tu en as sorti un dernier au mois de mai : L’armée de Gaïus.

Guy. – Oui. Lucie Acamas et l’armée de Gaïus. Ça, c’est le vrai deuxième tome. Le deuxième volume. Alors que Les spectres des songes, c’était le volume 0.

Cyril. – Oui. C’est d’ailleurs un petit peu difficile, pour quelqu’un qui découvre, de savoir dans quel ordre les lire.

Guy. – Oui. Alors, c’est en partie une suggestion de mon concepteur de couvertures. Mes couvertures sont conçues par Kouvertures.com, à qui je dois beaucoup.

Cyril. – Qui a fait de très belles couvertures !

Guy. – Oui, de très très belles couvertures. Bon, l’illustration, ce n’est pas de lui. Mais à partir des illustrations de base, il a vraiment réalisé des superbes couvertures, qui à mon avis atteignent leur cible. Mais lui m’a suggéré de ne pas définir de façon trop nette où on en est dans la série, pour la bonne et simple raison qu’un lecteur risque de ne s’intéresser qu’au tout début d’une série. Si on lui présente le volume 2, par exemple, il risque de passer son chemin en se disant : « Ça ne m’intéresse pas, je ne lis même pas le résumé, puisque je n’ai pas lu les deux autres volumes ».

Cyril. – D’accord. Alors que… C’est une série, mais ce n’est pas non plus feuilletonnant. On n’a pas besoin d’avoir lu le 1, le 0…

Guy. – Si, si ! Alors, en fait, c’est particulier parce que le 0, comme le numéro l’indique, est un peu hors série, même s’il raconte des faits qui précèdent la série. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu le 0 pour lire le 1. On peut lire le 0 à n’importe quel moment de la série. Les spectres des songes, ça, c’est à n’importe quel moment. Par contre, Les Compagnons de l’Ordre Vert et L’armée de Gaïus, ce n’est pas feuilletonnant à proprement parler mais ça se suit réellement. Et le volume 3, que je suis en train d’écrire, sera vraiment la suite de L’armée de Gaïus. Impossible de lire le volume 3 sans avoir lu L’armée de Gaïus.

Cyril. – On ne comprendrait pas bien l’histoire.

Guy. – Voilà. Alors, j’aurais pu faire autrement, prendre une autre option, mais je voulais réellement que ce soit une suite au sens d’une histoire entière, découpée en plusieurs épisodes.

Cyril. – Tu parlais à l’instant de Kouvertures.com. Donc c’est David Forrest qui est derrière Kouvertures.com. Tu as fait un changement de couvertures, parce qu’en fait au début, les couvertures qu’il y a actuellement, ce n’étaient pas celles-là. Comment ça s’est passé ? Est-ce que c’est parce que tu t’es dit : il faut que je refasse des couvertures qui soient similaires et qui s’intègrent bien les unes avec les autres, ou c’est une autre raison qui a précipité ce choix ?

Guy. – Il y a deux raisons essentiellement. La première raison, c’est que… Autant Le sachet de bonbons fonctionnait assez bien et la couverture me plaisait, autant Lucie Acamas et les Compagnons de l’Ordre Vert, la couverture me plaisait beaucoup moins. Le livre fonctionnait beaucoup moins aussi et il recevait des retours relativement négatifs. J’ai voulu demander à mon concepteur de couvertures, qui était un concepteur d’origine croate mais vivant aux États-Unis… Donc je voulais lui faire réaliser la couverture de Lucie Acamas et les spectres des songes, et il m’a fait faux bond. Alors pour la deuxième fois (parce qu’il y avait eu déjà un précédent) il a été malade. Pendant cette maladie, il n’a pas répondu à mes appels, à mes mails, à mes appels sur Facebook. Résultat : je me suis retrouvé à annoncer une date de parution…

Cyril. – Sans couverture.

Guy. – Sans couverture ! Voilà. Donc j’ai dû retarder ma parution. Ce que je n’aime pas du tout faire, comme tout un chacun. Et à ce moment-là, Pascal Bléval m’a dit : « Pourquoi tu n’irais pas demander à Kouvertures.com s’il peut te faire une couverture ? » Et David Forrest a montré une disponibilité, une efficacité, une rapidité absolument remarquables.

Cyril. – Oui, et puis pas seulement disponibilité, efficacité, créativité, mais aussi une très bonne connaissance de la manière dont on fait des couvertures.

Guy. – Ah, tout à fait, oui ! C’est un auteur lui-même, qui vient de sortir d’ailleurs son dernier roman. Le titre m’échappe, mais il y a neige dedans. Quelque chose comme Blanc comme neige. Il y a neige dedans ; je ne me rappelle plus exactement le titre. Il vient tout juste de le sortir. Donc c’est quelqu’un qui a une connaissance de l’écriture, des besoins de l’écrivain, de la psychologie, aussi, particulière, des auteurs. Et aussi du fonctionnement de l’édition en France. Donc ce changement de couverture correspond pour moi en fait à…

Cyril. – Une adaptation au marché français, aussi.

Guy. – Une adaptation au marché français puisque mes sources d’inspiration étaient américaines, et je me rendais bien compte que les propos des Américains n’étaient pas valables pour la France.

Cyril. – Non, ça ne marche pas.

Guy. – Pour un tas de raisons culturelles.

Cyril. – C’est d’ailleurs un des problèmes qu’il… Une des choses qu’il faut prendre en compte si on va voir des grosses plateformes, c’est que les couvertures américaines et les couvertures des autres pays ne marchent pas comme les couvertures françaises.

Guy. – Il y a un article de Slate que j’ai cité dans un de mes billets, qui explique que les couvertures françaises sont extrêmement sobres par rapport aux couvertures américaines. Et ça, tout amateur de littérature américaine qui lit l’anglais dans le texte le sait. Les couvertures américaines, ou même anglaises, sont beaucoup beaucoup plus visuelles, beaucoup moins centrées sur l’éditeur, et beaucoup plus explicites. Alors que les couvertures françaises ont souvent un effet collection, où la collection et l’éditeur priment sur l’individualisation des livres et des auteurs. Et l’article explique ça par la domination des éditeurs en France. Du coup, évidemment, on est obligé d’adapter.

On ne crée pas des couvertures en France comme on en crée aux États-Unis. Autant… Le sachet de bonbons est un roman d’humour destiné aux enfants à partir de dix ans, donc du coup une couverture, je dirais, à 100 % américaine, même si elle est réalisée par un Croate (ce qui n’est pas vraiment un paradoxe pour les États-Unis) est adaptée. Par contre, la série Lucie Acamas s’inscrivait dans la littérature de jeunesse et donc devait avoir une autre façon de communiquer. Je suis donc ravi d’avoir fait appel à David Forrest et à Kouvertures.com parce que ça a complètement changé l’aspect visuel de la série.

Cyril. – Mais ça ne lui a quand même pas permis de dépasser Le sachet de bonbons en termes de ventes.

Guy. – Non, non ! À mon grand dam !

Cyril. – Il y a quand même eu un petit mieux ?

Guy. – Ah oui, il y a eu un petit mieux ! Il y a eu un petit mieux… Notamment, je me suis mis à avoir des commentaires.

Cyril. – Ah ! C’est indispensable !

Guy. – Indispensable. Certaines personnes, qui me commentaient, étaient des personnes connues, des auteurs souvent. D’autres étaient des inconnus, dont j’étais vraiment ravi de découvrir les appréciations souvent positives. Donc ces quelques retours positifs m’encouragent. Parce que je n’ai pas non plus la grande ambition de devenir Joanne Rowling. Bon, pourquoi pas ? Mais enfin, il ne faut pas partir avec cette idée-là en tête.

Cyril. – Non, il ne faut pas partir avec cette idée-là. On est là pour écrire, pour avoir du plaisir…

Guy. – Oui, le plaisir, c’est vraiment mon guide ! Quand j’ai plaisir à écrire, je me dis qu’il y aura quelque part quelqu’un qui aura plaisir à me lire.

Cyril. – Ça se ressent dans la lecture, aussi.

Guy. – Oui ! D’ailleurs, maintenant, je suis devenu extrêmement paresseux. À partir du moment où une scène ne se laisse pas écrire, j’abandonne la scène. Je fais autre chose.

Cyril. – C’est un bon parti : ça évite d’avoir à l’enlever après.

Guy. – Je me dis : elle n’a pas envie d’être écrite !

Cyril. – Exactement. On va reparler un petit peu de ton blog. Si on va sur ton site guymorant.com, on voit en premier lieu les livres que tu as écrits. Mais en-dessous, il y a les derniers billets de blog et on change complètement d’univers. On passe de tes livres, qui sont tournés littérature jeunesse à tes billets de blog qui, eux, sont presque uniquement centrés sur l’autoédition. Et dans lesquels tu passes beaucoup de temps à donner des conseils, à relater tes expériences personnelles, mais aussi à traduire des expériences d’autres auteurs, notamment dans le monde anglo-saxon, que tu trouves pertinentes. J’ai vu ça une ou deux fois. Est-ce qu’il n’y a pas des moments où tu es un petit peu schizophrène entre « Je suis auteur de livres jeunesse » et « J’ai un blog sur l’autoédition » ?

Guy. – Oui, oui, il y a eu des moments où je me suis dit ça et des gens qui m’ont conseillé de plus m’adresser à des parents ou des… J’ai beaucoup de mal en fait à écrire un blog avec une arrière-pensée de marketing. Je ne suis pas le seul ! Il y a des Anglo-Saxons aussi.

Cyril. – Il ne s’agit pas d’avoir une arrière-pensée marketing.

Guy. – Je suis auteur. Ça, c’est une certitude. Je suis auteur depuis très très longtemps et j’ai appris à modérer en fait mes ambitions d’auteur et à ne pas laisser libre cours à la mégalomanie de l’auteur. Surtout l’auteur imaginaire qui n’a pas encore publié. Donc je veux rester extrêmement réaliste à ce niveau-là. Maintenant, je suis également un autoédité et je n’oublie jamais que je dois énormément à l’autoédition. C’est-à-dire que je suis arrivé à l’édition par l’autoédition, même si j’ai eu une expérience dans l’édition auparavant. Je suis partie prenante de cette révolution qui concerne tous les auteurs et j’estime qu’on en est vraiment aux balbutiements. On en est à une étape où tôt ou tard il pourrait y avoir un basculement vers une reprise en main des auteurs autoédités par les éditeurs. Je ne sais pas, moi : l’État français qui produirait une quelconque loi ou une norme de qualité qui empêcherait les autoédités de sortir leurs livres, ou qui casserait le marché d’Amazon, dont nous dépendons tous.

Cyril. – Et déjà, on est un peu repris en main par certains côtés par Amazon, aussi.

Guy. – Oui ! Je n’ignore pas… Bon, à la fois, on doit tout à Amazon. Avant Amazon, l’autoédition était vraiment confidentielle.

Cyril. – C’était vraiment très difficile.

Guy. – Donc il ne faut pas cracher dans la soupe. Nous devons tous énormément à Amazon. Nous sommes des auteurs Amazon. Les Anglo-Saxons l’ont compris ; les Français, pas toujours. Sur Amazon, les autoédités ont vraiment une part très très importante. Du coup, ils peuvent se dire : « Nous sommes des auteurs, nous sommes des écrivains ». Comme moi, je pourrais me dire ça, même si mes chiffres sont beaucoup plus réduits que ceux des meilleures ventes Amazon. Mais nous sommes avant tout des auteurs Amazon. Sur les autres plateformes, les choses ne se passent du tout de la même façon. Donc avant de se dire : « Je suis un auteur, j’ai ma carrière à défendre, j’ai mes livres », etc. j’estime qu’on n’en est même pas à cette étape-là. On en est à l’étape de construire quelque chose. Construire quelque chose qui dure. Donc plutôt que de bombarder, par exemple, Facebook, d’annonces de mes nouveautés, de l’excellent roman que j’ai écrit : « Allez voir sur Amazon », etc.

Cyril. – Surtout sur des groupes d’autoédités ; ça reste contre-productif.

Guy. – C’est contre-productif et certains le font ! Dont d’ailleurs certains auteurs qui écrivent superbement, qui n’auraient pas besoin de faire ça. J’estime que sur Amazon, de toute façon, la vente se fait presque toute seule à partir du moment où on a choisi les bonnes catégories, où on a une bonne couverture, une bonne description. On est dans un non-marketing à partir de ce moment-là. La plateforme d’auteur ne sert pas réellement à vendre nos livres. Il faut être clair. Même les Américains le disent. Donc sur ma plateforme d’auteur, je dis : « Bon, d’accord, moi, j’écris des livres de jeunesse et j’aimerais bien être connu comme auteur de jeunesse ; j’aimerais bien qu’on me dise que ce que j’écris est superbe et merveilleux, que je suis le nouveau Joanne Rowling », etc. mais je ne me fais pas d’illusions.

Cyril. – Le nouveau Roald Dahl, ce serait pas mal.

Guy. – Roald Dahl, allons-y. Ce qui est déjà très très ambitieux !

Cyril. – Oui, ce serait bien, déjà !

Guy. – Ce serait déjà pas mal. Je ne me fais pas d’illusions, à la fois sur la qualité de ce que j’écris, et puis sur notre marginalité à l’intérieur du système culturel français. Nous avons encore un impact confidentiel.

Cyril. – Il y a encore beaucoup de choses à construire et des fondations à poser.

Guy. – Voilà. Donc avant de dire : « J’ai quelque chose à vendre, j’ai quelque chose à défendre à l’intérieur de cette maison », j’estime qu’on a d’abord à construire la maison.

Cyril. – Construire la maison, d’accord. Je comprends très bien.

Guy. – Donc mon blog, c’est ça. Mon blog, c’est : « Je veux apporter ma petite pierre à cet édifice ». D’autant que j’y crois.

Cyril. – Si on s’inscrit à ta lettre d’information, on a plus des nouvelles qui sont axées sur tes romans ou, de la même manière, tu prends un petit peu les deux champs ?

Guy. – Non, là, ce sont vraiment des gens qui s’intéressent à mon travail. Ils sont peu nombreux, mais je les traite comme des lecteurs. Donc même si… Mettons, si j’ai devant moi une cinquantaine de personnes, ces cinquante personnes aiment ce que je fais, eh bien je dois me satisfaire de la présence de ces cinquante personnes. Parler déjà à un auditoire de cinquante personnes de moi-même, de ce que je fais, je trouve que déjà, c’est une démarche relativement… Comment dire ? Presque égocentrique ! On ne s’en rend pas forcément compte, mais j’estime que… Bon, elles se sont inscrites ; elles peuvent se désinscrire si ça ne les intéresse pas, mais je leur parle de mon travail. Je leur parle également de mes billets de blog, mais avant tout de mon travail.

Cyril. – Avant tout de ton travail.

Guy. – Par contre, sur mon blog, les gens qui sont sur mon site, les gens qui font partie des groupes Facebook où je parle de mes billets, ce sont avant tout des auteurs. Comme les lecteurs de mon blog sont des auteurs, ils ont des préoccupations d’auteurs, et là je parle à la communauté des auteurs autoédités et j’essaye d’aider ces auteurs-là quand ils sont débutants, dans la mesure de mon expérience et de ce que je peux leur apporter. J’essaye aussi de rassurer des gens qui pourraient douter d’eux-mêmes, par exemple à travers un des billets dont je suis le plus fier, sur le mythe du vrai auteur. Ça, si je devais garder un seul billet, je conserverais celui-là. Donc là, mon travail est un travail, je dirais, presque idéologique. C’est un travail de convictions. Un militantisme éditorial. Je dis : « Voilà, j’ai vécu ceci ; voilà mon expérience ». Que mon expérience serve à quelqu’un.

Cyril. – Tu as peut-être intérêt à un moment à faire comme… Alors, j’ai vu un ancien billet où tu parlais de la compilation de trois livres sur l’autoédition, et dedans il y a Joanna Penn, qui publie des choses pour les auteurs autoédités sous le nom Joanna Penn et qui fait de la fiction sous le nom J. F. Penn. Tu auras peut-être intérêt un jour à doucement faire migrer chaque sujet dans sa sphère d’intérêt.

Guy. – Certainement. Certainement ! Mais j’attends pour ça d’avoir réussi à trouver un modèle économique correspondant à ce que j’écris. Il se peut que j’écrive un peu plus pour les adultes par la suite, parce que j’ai commencé à écrire pour les adultes. Je n’ai pas été publié ; j’ai abandonné. Je pourrais y revenir.

Cyril. – Oui, maintenant, tu sais comment faire. Et puis tu as beaucoup plus d’expérience.

Guy. – Oui, certainement, mais enfin rien n’est jamais assuré. Et puis je préfère…

Cyril. – Rien n’est assuré !

Guy. – Voilà ! Mais Joanna Penn est quelqu’un que j’admire beaucoup. D’abord, c’est une personne extrêmement aimable, mais au sens américain, au sens anglais : lovable. Elle est vraiment… Elle est chaleureuse…

Cyril. – Elle est adorable.

Guy. – Elle a un sourire… Elle est souriante ; vraiment, j’adore cette personne-là ! Elle défend l’autoédition comme vrai métier, comme vrai business, au sens aussi anglais du terme.

Cyril. – Comme profession aussi.

Guy. – Comme profession, voilà. Elle dit : « Vous pouvez y arriver et voilà comment faire ». Elle écrit des livres de fiction, elle écrit des livres sur l’autoédition bourrés de conseils, elle a un podcast aussi, et c’est quelqu’un que j’admire énormément. Si je devais citer une personne dans l’autoédition anglo-saxonne que j’admire… Bon, elle, elle est britannique, elle a beaucoup vécu en Australie, en Nouvelle-Zélande. Elle n’est pas du tout américaine. Mais elle contribue à cette autoédition anglo-saxonne.

Cyril. – Pour en revenir à tes livres, tu parlais d’une association avec Pascal Bléval. En fait, comme tu es en littérature jeunesse, j’imagine que tu dois aussi vendre pas mal de livres papier. Et pas seulement de l’électronique. Peut-être même plus de papier que d’électronique. Ou pas ?

Guy. – Curieusement… Bon, ce n’est pas vraiment ce que je pensais au départ, mais Le sachet de bonbons se vend très régulièrement en numérique. Je dirais, à l’heure actuelle (on est à presque un an de sa parution), sans aucun effort de marketing, avec une exclusivité Amazon, on en est encore à près d’un roman vendu en numérique par jour. Ce qui est considérable. Bon, en termes de revenus, pas énormément, mais en termes de lecture, oui. Par contre, j’ai aussi des ventes papier. Des ventes papier qui avoisinent les cinq, six exemplaires par mois. J’ai eu une vente exceptionnelle de quelque chose comme soixante exemplaires en une fois. J’ai regardé plusieurs fois mes chiffres CreateSpace. Je me suis dit : « Ils se sont trompés ! »

Cyril. – C’est probablement un collègue qui s’est dit : « Cette année, on va feuilleter un roman et on va prendre Le sachet de bonbons ».

Guy. – Oui, ça me fait plaisir, mais j’aurais bien aimé qu’il me contacte, ce collègue-là, et qu’il me demande.

Cyril. – Oui, parce que tu aurais pu venir présenter ton roman, en plus.

Guy. – Mais bon, ça ajoute à ça le fait que… Bon, il y a le statut d’autoédité qui pose problème quand on a une profession dans la fonction publique, en particulier. C’est-à-dire que… Qu’est-ce qu’on a ? On n’a pas des droits d’auteur. Nous, les autoédités, on n’a pas des droits d’auteur, on a des royalties. Donc du coup, Pascal Bléval a beaucoup examiné cette question-là dans son propre blog. On est payés en royalties ; dans quoi inscrire ces royalties ? Dans quelle case administrative et fiscale inscrire ces royalties ? Donc du coup, l’idée d’une association est venue de là. C’est… Pour vendre des livres papier, pour l’instant, il y a une tolérance du fisc, mais ce n’est qu’une tolérance. Nous sommes hors cadre. Si on regardait les textes de façon stricte, si j’achète des livres papier, un tirage de livres papier en impression à la demande, et que je les revends, je deviens négociant. Je deviens commerçant.

Cyril. – Oui, et la fonction publique n’accepte pas ça.

Guy. – Ben non, bien sûr ! Non, non ! Déjà, j’ai une activité… Ça veut dire que j’ai une activité d’indépendant, de fait, qui correspond… Oui, une activité d’indépendant. Et là, je suis hors cadre. Je suis hors tout. Alors qu’en fait, je ne fais que vendre mes livres. Donc quelque part, je fais la même chose que les auteurs édités.

Cyril. – Tant qu’ils sont coulants, ça va, mais le jour où ils ne seront plus coulants, ça devient un problème.

Guy. – À mon avis, il y a un seuil à partir duquel ils deviennent beaucoup moins coulants. On est dans un monde en construction ! Beaucoup de gens cherchent la même chose.

Cyril. – Oui, c’est vrai qu’on a vu souvent des gens dire : « Je ne sais pas comment déclarer mes revenus Amazon, parce que quand on demande conseil à l’administration fiscale ou autre, eux-mêmes ne le savent pas ».

Guy. – J’ai posé la question à l’administration fiscale, qui ne m’a toujours pas envoyé de réponse. Ça fait plusieurs mois.

Cyril. – Ou alors on a eu le cas de… Un inspecteur qui disait quelque chose et un autre inspecteur qui disait autre chose.

Guy. – Oui. Donc il y a un cadre fiscal et légal à construire, et là aussi on a quelque chose à faire en tant que groupe d’auteurs, parce que vendre ses livres, c’est bien, mais construire le cadre dans lequel on pourra les vendre, c’est quand même un peu plus urgent.

Cyril. – Est-ce que tu es un vrai auteur ou un auteur du dimanche ?

Guy. – J’écris suffisamment et depuis suffisamment longtemps pour me considérer moi-même, dans mon for intérieur, comme un vrai auteur. Le terme écrivain, je l’évite, parce qu’il est tellement entaché de l’histoire littéraire française… Et puis, comme j’ai toujours une oreille du côté français, l’autre oreille du côté anglais, j’entends écrivain d’un côté, j’entends writer de l’autre. Du côté écrivain, on est dans une centralisation. Je préfère utiliser le terme writer. Le writer, c’est un écrivant. Quelqu’un qui écrit. Donc tous ceux qui prennent un stylo professionnellement, ou semi-professionnellement, ou parfois même en amateur, pour écrire, sont des writers. Donc quelqu’un qui écrit un blog, c’est un blogueur, mais c’est aussi un writer. Après, on devient auteur à partir du moment où on a écrit un livre. C’est le livre qui définit l’auteur. Il n’y a pas de faux auteurs. Quelqu’un qui a un vrai livre est un vrai auteur.

C’est comme si… On peut comparer ça à la peinture. Un peintre peut être peintre du dimanche, peut être peintre amateur, peut être peintre semi-professionnel, peintre en bâtiment, mais il sera toujours peintre. Personne ne dira que c’est un faux peintre. J’ai des vrais pinceaux, je peins des toiles. Mes toiles sont peut-être hideuses, mais il y en a eu d’autres dans l’histoire de la peinture. Mais tu n’as pas le droit, toi qui es extérieur à mon activité de peintre, de me refuser le statut de peintre ! Le statut de peintre n’est ni valorisant ni dévalorisant : ça définit juste mon activité.

Or comme on est dans une profusion d’offre en matière d’écriture, le système culturel français peut se permettre de snober des gens qui n’auraient pas été adoubés (ce terme est souvent utilisé) auteur ou adoubés écrivain. On est adoubé auteur à partir du moment où on est publié ; on est adoubé écrivain à partir du moment où des collègues, souvent appartenant à la même maison d’édition, écrivent des articles absolument dithyrambiques sur ce qu’on fait.

Du coup, moi, je suis un auteur. Bien sûr, je suis un auteur : j’écris des livres, ils ont été publiés. Ils ont été corrigés, ils sont en bon français, il n’y a quasiment pas de fautes d’orthographe. On peut être un auteur de livres informatifs sur les changements dans la juridiction du travail ou un auteur sur, mettons, le jardinage écologique. Moi, je suis un auteur de fiction pour enfants. Donc oui, je suis un auteur !

Cyril. – Tu es un auteur. Un auteur du dimanche, un auteur du lundi, un auteur de tous les jours de la semaine. Il n’y a pas vraiment… De toute façon, c’est une question de perception, aussi. On se considère comme auteur, on est auteur, tant pis pour les gens qui veulent nous mettre dans un petit coin.

Guy. – Mon propos principal, c’est que personne ne m’autorise à être auteur.

Cyril. – Oui, tu t’autorises toi-même à être auteur.

Guy. – Je m’autorise moi-même. Pour moi, c’est une question de maturité. En fait, voilà, les auteurs n’ont pas eu accès au final cut. Pendant très très longtemps, pendant deux siècles, ils n’ont pas eu accès au final cut. Ils n’ont pas eu accès non plus à la majorité financière. Tu sais, cette majorité financière qui est celle de ces jeunes adultes qui commencent à travailler et qui peuvent enfin dire à leurs parents : « Écoute, maintenant, je vole de mes propres ailes ». Les auteurs n’ont jamais eu accès à ça. Donc pour moi, je n’attends de personne qu’il m’autorise à être auteur. Un auteur s’autorise lui-même, comme l’étymologie l’indique. Donc on peut être auteur… Alors, le pire, c’est que certains auteurs vraiment classiques n’ont été auteur que d’un seul livre, ou parfois d’une série de livres écrits entre l’adolescence et le début de l’âge adulte. Rimbaud étant vraiment le prototype parfait. C’est un poète, c’est un auteur, mais il a cessé d’être auteur très très rapidement pour devenir, entre autres, marchand d’esclaves. Mais par contre, on se souvient de lui comme d’un auteur et d’un poète. Donc on est auteur, qu’on soit auteur du dimanche, du lundi, ou de n’importe quel jour. Qu’on soit auteur pendant un mois et puis après plus du tout. À partir du moment où on a écrit un livre, on est auteur. Ce n’est pas une activité ; c’est un état de fait lité à la parution d’un livre.

Cyril. – Écoute, sur cette sentence, je te remercie, Guy. Quand le prochain tome de Lucie sortira, n’hésite pas à nous en reparler. Je m’en ferai le relais avec plaisir et j’espère que les gens qui nous écoutent feront découvrir tes romans à leurs enfants et à leur famille. Et puis qu’on aura l’occasion de reparler, sur un autre point de ton activité, de l’autoédition et de son évolution, doucement, pas à pas et dans le bon sens.

Guy. – Écoute, moi, ce que j’espère surtout, c’est que mon blog, mon exemple, mon petit exemple permette à des jeunes auteurs de se lancer, de nous offrir des livres intéressants, d’oser être eux-mêmes sans autorisation de personne. Moi, mes livres m’intéressent à titre personnel mais ne sont qu’une toute petite partie du monde de l’autoédition, et donc je te remercie beaucoup de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer.

Cyril. – Je t’en prie, c’était un plaisir.

Guy. – Et je te tiendrai au courant, sans aucun problème, de mes petites productions !

Cyril. – D’accord. On peut te retrouver sur guymorant.com essentiellement.

Guy. – Essentiellement, oui.

Cyril. – Et aussi sur ta page Facebook, mais moins. C’est surtout sur ton blog qu’on va trouver des choses intéressantes à lire pour nous, auteurs autoédités.

Guy. – De toute façon sur mon blog, même si j’interviens parfois sur des groupes Facebook, surtout liés à l’autoédition et fréquentés par des auteurs. Mais si on est lecteur, c’est surtout sur mon site. Sur mon blog aussi, parce que je parle aussi de techniques littéraires. Je suis passionné par ce sujet.

Cyril. – Ah, c’est une question que j’avais notée et que j’ai complètement oublié de poser ! C’est savoir si tu avais, toi, des recommandations particulières, des conseils de lecture pour les auteurs. Est-ce que tu pourrais nous faire un billet de blog bientôt sur tes conseils de lecture pour les auteurs, que ce soit en français ou en anglais ? Puisque tu as aussi un peu d’attaches avec le monde anglophone.

Guy. – On pourrait faire ça, oui, effectivement.

Cyril. – Parce que c’est… Tu le fais toi-même, tu le distilles doucement, mais c’est toujours difficile de trouver d’autres références pour les auteurs que les habituels Stephen King On Writing et autres. Qui est très bien par ailleurs ! Mais c’est malheureusement un petit peu limité.

Guy. – Le problème, c’est que dans l’idéologie française, on n’apprend pas à écrire.

Cyril. – On naît !

Guy. – Oui, on naît. Voilà, ça y est, on… C’est comme…

Cyril. – L’Immaculée conception !

Guy. – Ou un Dieu qui naît tout casqué. Là, non, on ne naît pas écrivain, on ne naît pas auteur ; on le devient. Très clairement. C’est un travail.

Cyril. – C’est pour ça que je disais tout à l’heure que tu savais comment faire. Parce que tu as accumulé le nombre d’heures de travail qui permet de dire que tu commences à maîtriser à peu près ce que tu sais faire.

Guy. – Je l’espère, en tout cas.

Cyril. – Il faut dix mille heures pour bien maîtriser quelque chose. Dix mille heures ou en tout cas un nombre important d’heures pour le faire. Et toi, avec les livres que tu avais écrits, les pièces de théâtre et tes romans, je pense que ton compteur est arrivé au bon endroit.

Guy. – J’ai mon brevet d’auteur, c’est bien.

Cyril. – Bon, c’est super, bravo !

Guy. – Je suis content !

Cyril. – Merci encore une fois, et puis à bientôt.

Guy. – Merci à toi ! À bientôt, oui.

Une réflexion au sujet de « Episode 24 : le statut de l’auteur indépendant avec Guy Morant »

  1. Merci à vous deux pour cette interview malheureusement très réaliste. Je suis auteure de SF, je vais m’auto-publié dans les jours qui viennent et votre assoc me tente beaucoup. Hâte d’en savoir plus sur ce projet. Bravo à vous deux de parvenir à retranscrire la réalité du job d’auteur, le marché actuel et toutes les difficultés. C’est la première fois que je lis qu’on doit tout à Amazon pour les possibilités d’autoédition. Tant de gens préfèrent cracher dans le soupe.
    Cela m’a vraiment fait du bien de vous lire car je partage votre point de vue sur pas mal de choses. Je me sens un peu moins seule. Merci .

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