Episode 31 – J’écris la nuit, je publie le jour – Matthieu Biasotto

Chose promise, chose due ! Ce n’est pas moi que vous entendrez parler seul cette semaine dans le podcast, mais aussi Matthieu Biasotto.

On aborde pas mal de sujets comme d’habitude, dont sa méthode habituelle pour écrire, sa stratégie pour trouver plus de lecteurs sans faire plus de marketing ou y perdre son temps et développer son catalogue en général. On parle aussi de points très spécifiques à Matthieu comme sa couverture sur persécutée (ma préférée c’est celle-là, nah). On aborde un peu la question du piratage en rapport avec l’exclusivité KDP Select.

Il y a plus à lire de ma part à la fin de l’article, alors si vous écoutez le podcast (ce qui est plus adapté que de le lire), ne manquez pas mon dernier paragraphe…

Quant à Matthieu, vous pouvez le retrouver bien évidemment sur son blog et sur sa page auteur Amazon.

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Et après cette page de publicité, passons au podcast !


Cyril. – Bonjour ! Aujourd’hui, je reçois Matthieu Biasotto, qui est l’auteur de cinq livres, tous publiés sur Kindle. Bonjour, Matthieu.

Matthieu. – Bonjour Cyril ! Et merci de m’accueillir.

Cyril. – Je t’en prie, c’est un plaisir. Est-ce que tu pourrais te présenter rapidement et briser la glace avec les auditeurs qui ne te connaissent pas ?

Matthieu. – Tout à fait ! Bon, je vais essayer de faire court et efficace. Donc je suis ce qu’on appelle un pure player Amazon ; je publie essentiellement avec l’outil KDP proposé par Amazon. J’ai publié mon premier roman en mai 2014 et depuis, j’ai sorti d’autres titres. J’écris d’ailleurs le sixième actuellement. Et voilà ! J’étais graphiste indépendant et puis petit à petit je me suis mis à l’écriture. D’abord de manière partielle, ponctuelle, jusqu’à le faire aujourd’hui à temps plein.

Cyril. – Comment est-ce qu’on passe comme ça de dilettante à stakhanoviste ? Qu’est-ce qui t’a amené à écrire ton premier roman ? C’est quelque chose que tu voulais faire depuis longtemps ou c’est presque un incident, entre guillemets ?

Matthieu. – Alors, la vérité, je pense que c’est un peu des deux. C’est que de manière inconsciente, je pense que la partie créative, l’enfant intérieur dont je parle dans Le Supplément d’Âme, bouillonnait depuis un petit moment. Et finalement, il y a eu un déclencheur, qui a été une discussion un petit peu arrosée. À un moment donné, je me suis dit : et pourquoi pas ? Est-ce que je peux me lancer ? Est-ce que je peux me laisser aller dans une histoire ? Me laisser dévorer par des scènes, des personnages, etc. ? Et surtout, est-ce que je peux aller au bout ? Et donc je me suis lancé comme ça. Mais je pense vraiment que c’était parce que j’étais un petit peu, entre guillemets, au bout de ma vie. J’avais fait un petit peu le tour, professionnellement. J’étais très fatigué. Je pense qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Je n’étais pas forcément à ma place. Et poum ! Je me suis lancé, finalement, sur un coup de tête. Mais peut-être que c’était un besoin bien plus profond et qui datait vraiment de longtemps.

Cyril. – Parce que tu avais déjà un métier créatif auparavant, qui était d’être graphiste.

Matthieu. – Tout à fait.

Cyril. – C’est créatif aussi, mais pas le même mode d’expression. Et là, tu es passé du graphisme et de l’expression artistique très visuelle à quelque chose qui est beaucoup plus littéraire.

Matthieu. – Exactement. J’ai changé de support. Le principe, c’est le même : c’est d’arriver à structurer des idées, etc. La grosse différence, c’est que là, je le fais pour moi, au lieu finalement de répondre à un cahier des charges. Et bien sûr, le medium n’est pas le même. Là, j’ai la liberté que procurent les mots.

Cyril. – Tu disais : « J’ai publié mon premier roman en mai 2014 » et je regarde l’historique des tes publications ; tu as donc un roman en mai 2014, un autre en mars 2015, et depuis, c’est… Je parlais de Stakhanov tout à l’heure… Ce n’est pas Stakhanov, mais tu alignes !

Matthieu. – Oui. J’ai un peu levé le pied en début d’année, là, pour prendre un petit peu du recul. Il faut savoir que c’est vraiment un besoin, en fait. Un besoin d’écrire. J’ai eu du mal, même, à temporiser entre deux sorties. Mais en fait, j’ai toujours été comme ça. Même quand je faisais du graphisme, c’était vraiment de manière très intense. En fait je n’ai l’impression de vivre intensément et passionnément qu’en étant dans le feu de l’action. Vraiment, c’est le processus de créer qui me plaît et je n’ai qu’une envie, c’est de me replonger à chaque fois dans cette période-là.

Cyril. – D’accord. J’ai vu sur ton blog que tu étais du genre à te réveiller au milieu de la nuit pour te remettre à écrire, ou des choses comme ça.

Matthieu. – Tout à fait ! Alors, là, ça m’arrive un petit peu moins, pour la petite histoire, parce que j’ai un troisième enfant qui est encore tout petit : il a six mois, donc c’est vrai qu’au niveau des nuits, j’ai pris un petit coup. Je dors ! Mais ça m’arrive encore. Je me couche ; je me relève vite fait pour prendre deux ou trois notes. Pour me libérer, parce que sinon je dors très mal après.

Cyril. – Il y a cet aspect-là des choses et puis, moi, j’ai remarqué que quand j’étais… Enfin, c’est mon expérience personnelle, qui n’a absolument rien à voir avec la tienne ! Quand j’étais en train de réfléchir à l’écriture d’un roman, etc. je me rendais compte que si j’étais dans mon lit je pouvais y penser pendant des heures, et le lendemain matin, il manquait plein de choses.

Matthieu. – Tout à fait. Et ça, c’est frustrant !

Cyril. – C’est horrible.

Matthieu. – C’est pour ça que j’utilise un dictaphone et que j’ai un carnet de notes toujours à disposition, parce qu’il n’y a rien de pire que de se réveiller avec un souvenir diffus d’une bonne idée, qui finalement s’évapore et se délite au réveil. Et ça, c’est vraiment dommage.

Cyril. – Il y avait un épisode de Mad Men où il y avait un des publicistes qui avait une idée, comme ça, tard dans la nuit, et le lendemain matin, il arrivait : il n’avait plus rien. C’était quelque chose que je connaissais !

Matthieu. – Eh oui. Et ça, c’est vraiment frustrant, comme sentiment.

Cyril. – Bon, tu écris surtout dans un genre plutôt thriller, ou…

Matthieu. – Oui, oui !

Cyril. – Parce que je regarde : c’est thriller au suspense vertigineux, thriller psychologique… Il y en a un qui n’est pas thriller, qui est L’amour derrière la toile.

Matthieu. – Oui, c’est Pictural.

Cyril. – Et Kraft, c’est thriller à suspense. Quant au Supplément d’Âme, le dernier, c’est plus simple : c’est juste thriller.

Matthieu. – Oui, tout à fait. Alors, le suspense, c’est vraiment un cadre qui m’inspire. Parce que je pense qu’on peut mettre de la tension, on peut mettre du suspense dans… dans plein d’histoires, dans plein de situations. Il faut bien mettre une catégorie, parce que sinon, c’est difficile de s’y retrouver. Je ne suis quand même pas dans du thriller classique. Ce sont généralement des gens comme toi et moi qui vivent des situations un petit peu extraordinaires. Ils ont généralement des problèmes existentiels, des problèmes de conscience, etc. et ils vont vivre quelque chose d’un petit peu choquant et ça va les remettre un petit peu sur les rails. Ou pas ! Ça dépend des histoires. Mais c’est vraiment cette atmosphère-là. Il n’y a pas de tueur en série, il n’y a pas de grand flic, il n’y a pas… Mon univers, il est finalement assez… Il s’inscrit finalement dans le réalisme et la normalité. Alors, il peut y avoir un petit côté paranormal : c’est le cas du Supplément d’Âme, mais c’est toujours… Ça pourrait être moi, ça pourrait être toi.

Cyril. – D’accord. Je vois très bien. En termes de manière de travailler, on a dit que tu te réveillais au milieu de la nuit pour écrire des choses, mais est-ce que tu as des habitudes un peu plus routinières ou un peu plus…

Matthieu. – Tout à fait !

Cyril. – Quand même !

Matthieu. – Oui ! Sur cette partie-là, je suis même très très bien organisé. J’aime écrire la nuit, je ne sais pas pourquoi : ça m’inspire. Là, j’ai dû un petit peu changer le fusil d’épaule, parce que sinon je ne pouvais pas tenir mes engagements de papa. Donc là, j’écris surtout le matin. Je trouve que c’est aussi une bonne période. Ce n’est peut-être pas aussi bien que la nuit, mais ça marche quand même. Au niveau de l’organisation, en fait, la phase vraiment d’écriture ne vient finalement que bien après. Je prépare vraiment en amont le roman, avec un plan méthodique, méticuleux, avec des fiches pour les lieux, pour les personnages, ce genre de choses. En fait, je ne démarre que lorsque je suis convaincu que mon histoire est bonne. Je ne pars pas…

Cyril. – Tu ne pars pas tête baissée, à l’aveuglette, avec des principes de début et un dénouement final.

Matthieu. – Non. Bon, après, dans la réalité, parfois, on se laisse…

Cyril. – On se laisse emporter.

Matthieu. – Tout à fait. Et c’est ça qui est beau dans l’écriture, aussi, c’est qu’on peut se laisser surprendre par une scène ou un personnage, une idée, qui vient comme ça. Mais généralement, je sais où je vais de manière assez précise. Ça me permet de ne pas perdre de temps et de ne pas me décourager en partant dans une impasse. Parce qu’écrire vingt ou trente pages et se rendre compte que ça ne fonctionne pas parce qu’on n’a pas la visibilité, je trouve ça assez dommage.

Cyril. – C’est dur.

Matthieu. – Donc voilà, je suis… Je démarre en fait avec des post-it que je colle, que je déplace, etc.

Cyril. – J’ai vu aussi des carnets qui traînaient quelque part. Je suis allé regarder ce que tu avais écrit sur des carnets et je me suis dit : tiens, c’est quelqu’un qui fait des fiches.

Matthieu. – Tout à fait ! Alors, j’ai des carnets, oui, pour les personnages. Et pour la structure globale, en fait, je fais ça avec des post-it et un tableau blanc. Là, d’ailleurs, actuellement, ce matin, je travaillais sur mon tableau blanc pour faires les chapitres, le découpage de la tension, du suspense… C’est comme ça que je construis mes histoires, en fait.

Cyril. – D’accord ! C’est bien. C’est bien d’arriver à ce mécanisme aussi… Enfin, bon, de toute façon, toutes les manières d’écrire sont bonnes, tant qu’on arrive à la fin.

Matthieu. – Oui, l’idée, c’est de se faire un… C’est de trouver un processus qui colle à notre manière de créer. Moi, je sais que j’ai besoin de me libérer du fond pour un petit peu me laisser aller sur la forme. Parce que sinon, j’ai tendance à me disperser, etc. et je me connais : je sais que j’aurais du mal à arriver au bout sans structurer mon projet.

Cyril. – Tu es en train d’écrire un sixième roman que tu vas publier quand il sera prêt. Tu en as déjà d’autres en tête, ou des idées qui sont apparues ?

Matthieu. – Oui. J’en ai des carnets pleins !

Cyril. – C’est magique : on met en marche la machine à réfléchir et la machine à créer et en fait, après, on ne peut plus l’arrêter.

Matthieu. – Exactement. Et puis c’est ça qui est assez beau, finalement, dans l’écriture. C’est qu’on se place… Dans la vie de tous les jours, on met le curseur sur l’observation. Et une phrase peut faire tilt, une odeur, une lumière dans une ruelle… Peu importe. Une situation un petit peu spéciale. Et ça peut être la base d’une bonne histoire. Du coup, j’ai pas mal de concepts qui attendent d’être exploités. Tous ne seront pas…

Cyril. – Tous ne verront pas le jour, évidemment.

Matthieu. – Non. Une vie ne suffira pas. Et puis, toutes les idées ne sont pas forcément exceptionnelles. Mais en tout cas, lorsque d’instinct je me dis : ça, ça peut le faire, je commence à écrire quelques phrases pour cerner le concept et puis j’y reviens lorsque c’est…

Cyril. – C’est le bon moment.

Matthieu. – Le bon moment, voilà. Que je me le sens. Là, pour tout te dire, je sais déjà ce que je vais faire dans l’année.

Cyril. – Bravo ! On va passer sur un côté plus marketing, maintenant. Enfin, plus marketing et plus « je suis autoédité », donc j’écris, mais maintenant aussi, je m’édite. Tu disais que ton premier roman, tu l’as publié en mai 2014. Tu n’es pas allé voir du côté des éditeurs, tu l’as publié directement sur KDP. Et tu as gardé d’ailleurs en ça ton profil d’indépendant.

Matthieu. – Exactement. Oui. L’indépendance, en fait, je pense qu’il y a certaines personnes qui se posent la question, qui pèsent le pour et le contre du fait de mener sa barque seul, etc. Pour moi, c’était finalement naturel. Je m’étais dit que je le faisais pour mon activité principale. Je pouvais très bien m’y essayer, en tout cas, pour l’écriture. En plus, étant plutôt à l’aise avec Internet et tout, c’est vrai que l’interface KDP…

Cyril. – Oui, c’est a piece of cake.

Matthieu. – Voilà ! Elle est vraiment agréable et puis très rapidement, en fait, on…

Cyril. – Quand on a utilisé Photoshop et Illustrator, KDP…

Matthieu. – Exactement. Donc c’était quand même une… Enfin, pour moi, finalement, c’était assez naturel, donc je me suis lancé en suivant les conseils du guide publié par Jacques-line Vandroux pour atteindre le top 100. Jacques Vandroux, c’était déjà un auteur que je suivais sur Facebook alors que j’étais en phase d’écriture parce que je le considère (je ne sais pas s’il écoutera, mais…) un petit peu comme le Pape de l’autoédition !

Cyril. – Il va prendre un coup de vieux ! Ouh là là !

Matthieu. – Oui, je ne sais pas si on peut garder ça !

Cyril. – Non, je rigole, on garde ! Ça va être l’occasion de sourire un peu.

Matthieu. – Oui. En tout cas je me suis dit qu’il fallait… Que je ne pouvais pas démarrer sans aide, sans avoir de visibilité. Ce guide avait l’air (et il est !) bien fait. Il y a l’essentiel pour démarrer correctement. Et donc en fait j’ai publié mon premier livre, Un Jour d’Avance, en suivant les conseils marketing qu’il y a dans ce guide.

Cyril. – Et ça a bien fonctionné.

Matthieu. – Ça a plutôt bien fonctionné, puisqu’il s’est rapidement retrouvé dans le top 20, et puis il a fait un petit tour dans le top 10 avant de quitter ces premières places et de glisser lentement vers les…

Cyril. – Tréfonds du classement.

Matthieu. – Tréfonds du classement Amazon, oui ! Donc, pour continuer sur la partie marketing, là, je me… Finalement, j’étais un petit peu impuissant. J’avais fait ma promo, comme la plupart des auteurs indépendants, en m’appuyant sur Facebook, en faisant un e-mailing à mes clients, à mes proches, à des amis, les amis des amis, etc. Jusqu’à saturer, je peux le dire, les pauvres… Jusqu’à saturer mon réseau ! Et une fois que tout ça est passé, je n’avais plus de ressources, finalement, pour rebondir au niveau marketing, et mon livre est parti au fond. En plus de ça, cet été-là, je me suis blessé, donc je ne pouvais pas être trop derrière mon écran à suivre, à pousser un petit peu ma communication. Ce qui fait que très rapidement, en septembre, je crois, mes ventes étaient comprises entre deux et cinq dans le mois. Et donc c’était le calme plat, quoi. Là, j’ai vraiment pris conscience que finalement, l’auteur, s’il se lance comme ça, il est peu de chose sur Amazon. Soit ça marche, soit ça ne marche pas, et…

Cyril. – Sur Amazon et ailleurs !

Matthieu. – Oui ! Tout à fait ! Mais là, pour parler de l’expérience KDP, on se lance, on fait de bonnes choses en suivant des conseils à droite, à gauche, ça fonctionne, et puis quand ça ne fonctionne pas, on se retrouve… On se retrouve un petit peu démuni, impuissant… et puis on se pose plein de questions quant à son avenir d’écrivain, etc. En tout cas dans l’autoédition. Donc là, j’en ai tiré plusieurs conclusions. C’est qu’il était possible, finalement, d’être lu, d’avoir de la visibilité et in fine de générer des revenus avec KDP. La deuxième chose, c’est que je ne pouvais plus m’arrêter, parce que j’étais déjà en train de réfléchir au prochain roman. Ça me démangeait déjà. Et je me suis dit (ça, c’est la troisième chose) que je devais finalement prendre le dossier sous un autre angle et peut-être pas faire comme tout le monde. Finalement… Je n’aime pas ce mot : marketing. On est très peu à aimer ça, mais finalement aborder mon marketing autrement.

Cyril. – Oui, ne pas faire marketing prise de tête, mais marketing qui s’insère normalement dans ta démarche.

Matthieu. – Exactement. Je ne voulais pas… J’avais eu du mal, mais je l’avais fait, finalement, en bon petit soldat, de démarcher tout le monde (je me répète : de saturer mon réseau), mais finalement sur Facebook, une fois que sur le mur on a inondé les fils d’actualité avec notre petit lien Amazon, les gens réactifs ont déjà réagi, et ceux qui n’ont pas envie de réagir ne vont pas réagir. Il ne se passe plus grand-chose et finalement j’étais assez mal à l’aise avec l’idée d’en remettre une couche, etc. Il me fallait le prendre autrement. Et donc il m’est venu l’idée, finalement, de recentrer tout ça sur moi, sur ce que je fais, et d’attirer les lecteurs dans mon univers par d’autres stratégies… Allez : stratégies marketing. C’est bon, je l’ai dit ! Donc j’ai eu l’idée, lorsque j’ai écrit Kraft, finalement, de le publier gratuitement sur mon site, et je me suis…

Cyril. – Ton site, tu l’avais déjà avant ?

Matthieu. – Oui. Je l’avais… J’avais tout bien fait, puisque en fait, dans tous les guides, on te dit que le site doit être préparé en amont, etc. Donc bête et discipliné, j’avais préparé mon site. Bon, en étant graphiste et avec l’aide d’un ami webdesigner, on a monté un truc plutôt sympa. Mais très honnêtement, s’il n’y a pas une vraie stratégie derrière, le site n’apporte pas grand-chose. C’est un plus, mais ce n’est pas miraculeux. Ça, il faut en avoir conscience. Il ne faut pas non plus passer trop de temps sur un site qui ne va de toute manière pas être un élément déterminant au niveau des ventes Amazon.

Cyril. – Non, mais par contre qui est un élément important pour exister en-dehors d’Amazon.

Matthieu. – Tout à fait ! Il faut aussi… Moi, là, je n’ai pas trop pris le temps de l’alimenter, etc. mais ça peut être un espace très personnel sur lequel on peut vraiment développer son univers personnel, etc. et les lecteurs sont ravis d’en savoir un petit peu plus sur l’auteur et ce qu’il fait en-dehors de la partie officielle. Donc j’en reviens à…

Cyril. – À ta stratégie marketing.

Matthieu. – À ma stratégie. Donc, en fait, Kraft, je l’ai proposé gratuitement, en échange d’un partage Facebook ou Twitter. Donc basé sur un module de paiement social. Et une inscription par e-mail. Donc j’ai fait ma mécanique d’inscription et de partage. Et très rapidement, finalement, j’ai eu un peu plus de 10 000 visites dans la semaine. Ça avait fait 600 ou 700 partages, et très rapidement ma liste de lecteurs, d’inscrits sur mon site, s’est allongée jusqu’à atteindre… Aujourd’hui, j’ai à peu près 1 500 abonnés. Et finalement, ce noyau dur de fans m’a permis, déjà d’avoir des retours par rapport à Kraft, etc. Il y a eu un paquet de chroniques. Ça a un petit peu tourné sur les blogs.

Cyril. – Même avant ça, tu as des beta readers aussi dedans, j’imagine.

Matthieu. – Oui, tout à fait ! Et ce sont des gens, d’ailleurs, avec qui je travaille toujours. Ils sont toujours proches pour les premières lectures, etc. Alors, dedans, il faut savoir (ça, c’est un petit peu plus technique) que sur cette liste de 1 500 abonnés, il y en a quand même une grande partie qui se place juste en observateurs. L’engagement est très différent en fonction des personnes. Donc sur les 1 500, j’en ai vraiment 250 qui composent un noyau dur actif. Voilà. Et ce sont des lecteurs, vraiment, avec qui je suis proche, j’échange… Donc ça… C’est vraiment la base de tout ce que j’ai fait. En fait, derrière, je me suis juste contenté, sur Facebook, de poster mes textes, mes extraits, le lien vers mes livres. Et finalement, c’était un gros travail préparatoire, mais c’est assez payant puisque ça me libère du temps et je n’ai pas besoin de forcer au niveau marketing pour exister. J’ai déjà une petite… Une communauté. Qui s’agrandit finalement de jour en jour, mais tout ça de manière naturelle et ça me correspond assez. Les gens sont venus parce que Kraft était gratuit à l’époque. Ils ont aimé ou pas, et ceux qui sont restés, finalement, ont pu découvrir le premier s’ils ne le connaissaient pas, et puis les suivants. Et voilà : avec le bouche à oreille, la viralité… J’ai le lectorat que j’ai aujourd’hui, et ça me va bien parce que je n’ai pas besoin de trop me mettre en avant de manière artificielle. Le marketing de l’auteur qui est un peu surjoué, je ne suis pas à l’aise avec ça ; je préfère passer mon temps à écrire plutôt que de…

Cyril. – C’est beaucoup mieux, d’ailleurs, parce que ça permet d’avoir quand même plus de livres à faire lire à ses lecteurs.

Matthieu. – Exactement. Et je… Enfin, écrire plusieurs livres, c’est quand même…

Cyril. – Ah, c’est la meilleure stratégie marketing !

Matthieu. – C’est déjà le pied pour un auteur et si on en revient au marketing, c’est quand même puissant.

Cyril. – C’est quand même puissant, oui… Évidemment, quand quelqu’un te propose de faire une promotion sur tes livres pour que tu trouves de nouveaux lecteurs, tu ne refuses pas. Quand KDP vient te voir en disant : on va faire trois offres éclair coup sur coup au mois d’octobre… Ça aide, aussi.

Matthieu. – Tout à fait. Je pars du principe que… Je pars du principe que les offres Amazon… Surtout l’offre éclair, mais les outils et les propositions de promotion vont dans notre sens. Donc voilà : c’est à chaque fois une augmentation de ma visibilité, une augmentation du lectorat. Et donc c’est toujours très positif. Je dis oui à tout.

Cyril. – Il vaut mieux avoir plus de lecteurs qu’avoir plus d’argent.

Matthieu. – Ah oui ! Pour moi, je pense que… Enfin, même si c’est lié, en fait. Finalement. Mais je suis convaincu que même une partie gratuite peut générer derrière, de manière indirecte ou sur les titres suivants, toujours plus de ventes. Plus de lecteurs, c’est plus de discussions. Un livre, c’est comme ça : on en discute lors d’un repas, on se le prête, on se l’échange, et donc…

Cyril. – Et un livre qu’on a aimé, on va aller voir les autres livres du même auteur.

Matthieu. – Exactement ! Exactement…

Cyril. – En termes de marketing et de préparation de ton produit, j’ai vu plusieurs fois des couvertures un petit peu différentes, notamment sur Persécutée. Une couverture qui est un petit peu… Pas extrême, mais…

Matthieu. – Oui, tu peux le dire : un petit peu border.

Cyril. – Un peu border, voilà ! On va utiliser une expression américaine pour dire… Oui, j’ai vu plusieurs couvertures. Tu remets ton ouvrage sur le métier, pour être sûr d’arriver au bon truc, ou là-dessus, on t’a dit : « Oh là, là ! Attention, Matthieu… »

Matthieu. – Pour Persécutée, c’est un petit peu particulier. La première couverture était exactement celle que je souhaitais. Et généralement, en fait, je n’ai pas besoin de faire beaucoup d’essais. C’est la chance d’avoir été graphiste : je sais à peu près où je vais, et dans la réalisation, je m’en sors pas trop mal. Donc là, concrètement, la couverture de Persécutée, c’est ma femme qui est enceinte. Donc c’est une photo prise par mes soins, et c’est Amazon qui m’a conseillé de… Enfin, qui m’a fortement conseillé de… Pas de censurer, mais d’être un petit peu moins dans la provoc. Voilà. C’était le cas déjà à la fin de l’été pour le concours des indés. J’avais déjà reçu un message. Bon, je n’étais pas particulièrement prêt à le faire. Et puis en fait, j’ai compris que c’était un facteur bloquant pour l’offre éclair. Et du coup, je me suis dit que ça n’allait pas, finalement, dénaturer… En tout cas, la manière dont je l’ai transformée, ça ne dénaturait pas non plus l’esprit du livre. Donc j’ai trouvé un compromis.

Cyril. – J’ai vu trois couvertures, moi, pour Persécutée. Une grande avec un bandeau, pas horizontal, mais…

Matthieu. – Ah oui ! C’étaient les propositions pour les lecteurs. Justement, quand j’ai… Ben, j’ai demandé à ma petite communauté ce qu’ils en pensaient. Donc il y a la première où on voit tout. Il y en a une avec un bandeau. Et il y en a une autre, intermédiaire. Je ne sais plus laquelle c’était, où je crois que j’avais changé la disposition, de manière à ce qu’on n’y voie… À ce qu’on ne puisse pas distinguer la poitrine, qui était l’objet de…

Cyril. – De toutes les foudres de l’Association française des familles.

Matthieu. – Exactement ! Bon, cela dit, si la couverture choque…

Cyril. – L’histoire aussi choque, peut-être.

Matthieu. – Oui. Il y a quelques passages à l’intérieur qui sont un peu… Un petit peu limites. Ce livre, je l’ai voulu étrange. C’est un chaud-froid. Il y a des passages un petit peu tordus et finalement la couverture représentait bien l’ambiance.

Cyril. – Oui, l’ambiance. Toujours plutôt dans l’aspect marketing, tous tes livres sont à 2,99 €, même quand ils sont plus lourds, plus gros, plus touffus. Comme c’est le cas justement pour Persécutée, si je ne me trompe pas.

Matthieu. – Oui. Il a plus de pages, sans doute. Exact.

Cyril. – C’est celui qui a le plus de pages, oui.

Matthieu. – C’est une très bonne question. Enfin, une très bonne remarque… Je pense que 2,99 € pour un auteur indépendant aujourd’hui, c’est le prix finalement qui fonctionne le mieux. Enfin, après, je… Non, pour être tout à fait honnête, je n’ai pas testé au-delà. Donc je ne peux pas… En fait, je ne peux pas dire, peut-être, que effectivement 3,99 € fonctionnerait mieux psychologiquement. Je ne sais pas. C’est juste que j’ai remarqué que la plupart de mes confrères étaient à ce prix de 2,99 €.

Cyril. – Oui, ce prix psychologique de 2,99 €.

Matthieu. – Tout à fait. Ça me paraissait raisonnable, à la fois pour le lecteur, raisonnable aussi par rapport aux redevances KDP. Mais je ne me suis pas… Oui, en fait, je ne le fais pas… Je ne le fais pas au volume.

Cyril. – Non, mais… Par contre, Amazon, eux, peuvent le faire au volume. L’outil ne fonctionne toujours pas pour la France, mais quand tu vas dans KDP, que tu mets ton livre, ils ont leur outil qui est en bêta, là, qui ne marche pas, qui est censé te proposer un prix en fonction de critères comme le volume.

Matthieu. – D’accord. Bon, moi, sur ça, je n’adhère pas spécialement parce qu’en fait je ne pense pas qu’il y ait… Qu’il faille forcément lier le prix au nombre de mots, etc. Enfin, je ne crois pas… Je ne vois pas comment on peut accorder d’importance à la taille, finalement, du livre. Il y a des livres très…

Cyril. – Tu demanderas ça justement à Jacques. Quand il fait des livres de 150 000 mots ou plus…

Matthieu. – Oui, c’est vrai qu’il écrit souvent des romans-fleuves.

Cyril. – Oui, il écrit des gros pavés. 2,99 €, c’est bien pour un prix de lancement, mais après… Il y a quand même beaucoup de contenu. Ce sont des heures et des heures de lecture.

Matthieu. – C’est vrai. C’est vrai ! Après, moi, j’ai bien conscience… En tout cas, en ce qui me concerne, je me considère comme un bébé ! Un débutant. J’ai l’impression d’être un enfant dans un magasin de jouets. J’ai envie de tout essayer, de toucher à tout, je n’en suis qu’au tout début finalement. Ça se passe plutôt bien, mais j’ai plein de choses à essayer. Après, peut-être que les prix vont évoluer. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que là, à 2,99 €, il se passe des choses.

Cyril. – Ah oui, il se passe plein de choses !

Matthieu. – Il y a des achats, ça fonctionne…

Cyril. – Et puis il te reste de la marge pour descendre à 0,99 € ou 1,49 € sur des offres.

Matthieu. – Tout à fait. On est sur un prix qui permet de répondre présent quand l’équipe KDP propose des promotions. En même temps, on est sur quelque chose qui est très largement répandu au niveau prix. Donc finalement, c’est aussi… Pour le futur lecteur, c’est une question en moins. 2,99 €, c’est peut-être le prix qu’il voit le plus sur les boutiques.

Cyril. – C’est vrai qu’il y a cet aspect-là aussi : pour le lecteur, ne pas se poser de questions.

Matthieu. – Oui, je pense que plus c’est lisse… En tout cas, moins il y a d’obstacles à l’achat, mieux c’est, forcément. Donc voilà : si le prix, il est correct… Et je pense que 2,99 €, oui… Je ne sais pas si tu as des chiffres par rapport à ça, mais ça doit être 80 % ou 90 % des auteurs indé qui travaillent avec ce prix-là.

Cyril. – Oui. Avec une grosse cuiller, on va dire ça. Je n’ai pas fait de stats ! Je sais que j’aime bien faire des stats, ou des outils, des graphes, etc. mais je n’ai pas fait de stats là-dessus. Sinon, je voulais aborder un point qui est peut-être un petit peu plus piquant et qui est de toute façon un point qui est toujours intéressant d’être discuté, qui est : KDP Select. Et par ailleurs, lié à ça, le piratage.

Matthieu. – Ah, ben ce sont deux questions…

Cyril. – Dans ton cas, ça va vraiment ensemble ! Ce sont deux questions qui vont ensemble. Parce que j’ai fait un exercice que j’ai déjà fait, mais a posteriori avec un autre auteur, c’est que je suis allé sur un site connu de partage de torrent et je suis allé regarder…

Matthieu. – Oui, je vois tout à fait le site.

Cyril. – Voilà. J’ai vu que tu avais 832 téléchargements du Supplément d’Âme dessus. En version ePub. Parce que tu n’es que sur Kindle. Tu n’es que dans KDP Select. Il y a plein de questions qui se posent par rapport à ça… Et une des questions qui m’intéressent, c’est : est-ce que tu penses que tu ne perds pas des lecteurs qui n’achètent pas chez Amazon ?

Matthieu. – Alors… Oui, c’est très très intéressant. Je vais essayer de faire court, parce que c’est un sujet qui me passionne et du coup, ça peut-être long.

Cyril. – Si ça dure longtemps, ce n’est pas grave !

Matthieu. – Bon, déjà, le premier volet : KDP Select. C’est vrai que le fait d’être en exclusivité sur Amazon, finalement, pénalise quand même tout un lectorat ePub. Il y a quand même un parc de liseuses phénoménal et il y en a beaucoup qui fonctionnent avec ce type de fichiers. Le fait d’être en exclu sur Amazon pénalise un petit peu ces lecteurs. Cela dit, et c’est encore le cas : cet après-midi, je dois répondre à une lectrice, lorsqu’on me demande gentiment par e-mail ou en privé comment se procurer les livres dans un autre format, je m’emploie à le fournir de manière sympathique. Et voilà : ça ne me pose aucun problème.

Là où je suis un petit peu plus mitigé sur l’aspect KDP, je ne sais pas si tu l’as abordé dans d’autres podcasts, c’est que finalement, l’auteur, il est un petit peu pris en otage sur KDP, parce que d’un côté il y a quand même la carotte des promotions, des offres éclair, etc. et de l’autre on a un prix à la page qui ne fait que baisser, et certainement des conditions qui vont se durcir à l’avenir.

Cyril. – Ça, je n’en ai pas parlé encore, parce que c’est un peu trop dans l’actualité, la baisse du prix KENPC et le changement, en plus, du KENPC de ce mois-ci.

Matthieu. – C’est vrai.

Cyril. – Mais bon, le jour où la lecture à la page est arrivée… Le jour où c’est arrivé, on s’est dit : OK, aujourd’hui, c’est à 0,0053 € ou je ne sais plus quoi, mais forcément ça va baisser ! Et pour le moment, ça n’a fait que baisser !

Matthieu. – Et ça continuera certainement. Ça continuera certainement. Ce que je veux dire, c’est que d’un côté on a…

Cyril. – On a des avantages, etc.

Matthieu. – On a des avantages, mais c’est surtout que l’auteur… En tout cas, c’est mon cas : on est quand même invités, finalement, à rester spécifiquement sur Amazon, parce que l’apport en visibilité avec la promotion Amazon est quand même très très important pour la durée de vie des livres, etc. et on ne retrouverait… En tout cas, c’est le cas, là, à l’instant T le 4 février : on ne retrouverait pas ça en publiant ses livres sur d’autres plateformes et donc en sortant de l’exclusivité Amazon. En tout cas, pour l’instant, c’est le sentiment que j’ai. Il faut attendre de voir.

Cyril. – Tu es vraiment entre le marteau et l’enclume.

Matthieu. – Oui, parce que d’un côté, ma démarche, c’est d’être vu par le plus grand nombre, et d’un autre côté je suis… Oui, je suis un peu contraint de rester sur KDP pour pouvoir…

Cyril. – Pour pouvoir avoir le plus grand nombre. Sur KDP.

Matthieu. – Exactement. Donc voilà. En même temps, je ne suis pas dupe et donc on en vient à la seconde partie de la question : je sais qu’il y a des moyens d’obtenir mes livres sous d’autres formats. Il est très simple de les convertir de toute manière : aujourd’hui, il faut un clic et le bon logiciel. Ce qui ne me pose absolument pas de problème ! Donc je vais répondre finalement à ta question. Je n’ai pas du tout l’impression de perdre des lecteurs avec le piratage. Ça va peut-être en choquer certains, mais je pense qu’un lecteur pirate ne mettrait même pas cinquante centimes dans un auteur qu’il ne connaît pas, etc. C’est une démarche de découverte qui est complètement à part, qu’on peut comprendre ou pas, qu’on peut condamner ou pas, ça c’est un autre problème ! Mais finalement ce n’est pas un lectorat que je… Ce n’est pas un manque à gagner. Je ne le vois pas comme ça. Ce ne sont pas des gens qui iraient acheter sur Amazon, voilà.

Cyril. – Pour moi, dans le lecteur utilisateur de torrent (411 ou autre), il y a deux profils. Il y a le profil de celui qui est complètement pirate. C’est un peu celui que tu évoques, donc celui qui de toute façon n’achètera pas. Donc à la limite, tant qu’à faire, autant qu’il le lise !

Matthieu. – Oui, parce que comme ça il y accède gratuitement et s’il ne l’achète pas, il peut toujours en parler autour de lui. Tout le monde ne sait pas télécharger, installer, etc. et puis humainement…

Cyril. – Oui, et puis en plus, télécharger là-dessus, c’est compliqué. Donc il y a ce profil-là. Et le second profil, c’est celui qui ne trouve pas. Enfin, qui est limité techniquement.

Matthieu. – Tout à fait. Enfin, moi, vraiment, par rapport à ça… On peut en parler vraiment sans problème. Je ne vois pas les utilisateurs de ces sites comme des hors-la-loi… sans morale… Je le place vraiment sous le coup de la découverte. Enfin, en plus, Matthieu Biasotto, je veux dire, ça n’a pas un écho extraordinaire !

Cyril. – Non, c’est vrai. Si on va regarder, qu’on compare à Guillaume Musso, par exemple…

Matthieu. – Là, tu prends un poids lourd !

Cyril. – Qu’on va sur le même site et qu’on cherche Musso… Donne-moi un titre de livre de Musso si tu en connais. Non, tu n’en connais pas ?

Matthieu. – Oh, tu as… Central Park, je crois.

Cyril.Central Park. Oui, Central Park, Guillaume Musso : lui, il fait beaucoup plus de téléchargements que toi !

Matthieu. – J’imagine ! J’imagine bien, parce qu’en même temps, la demande est beaucoup plus forte. Et puis il y a une grosse médiatisation. Voilà ! Matthieu Biasotto, pour l’instant, ce n’est pas… Ça ne porte pas très loin !

Cyril. – Oh, la différence n’est pas si énorme, quand même ! On est de l’ordre de 1 pour 4 (3200 pour Musso).

Matthieu. – Ah, ça me fait presque plaisir, tu vois ! En tout cas, pour revenir à ça, moi, je le perçois comme un vecteur de bouche à oreille, de viralité, de… Je n’ai pas vraiment l’impression que ces exemplaires-là vont me manquer ou… Enfin, je ne le ressens pas comme ça. Et puis, il faut se rappeler une chose aussi, c’est qu’un livre, quand on l’achète, en papier, s’il nous plaît, on le prête à la sœur, au frère, au cousin, à l’ami, etc. Et à la bibliothèque, c’est pareil. On fait des emprunts, on en parle… Donc l’un dans l’autre, moi, je trouve ça acceptable, en fait.

Cyril. – Il y a beaucoup d’auteurs qui démarrent qui se posent des questions énormes sur le piratage, etc. Tu le dis, je le dis, plein d’autres personnes le disent : de toute façon, il n’y a aucune mesure anti-piratage qui empêche parfaitement les gens de lire et de déverrouiller les livres.

Matthieu. – Tout à fait. Tout à fait ! Au mieux, ce que ça fait, c’est que ça rend plus difficile le partage pour les gens qui veulent le faire de manière honnête. Donc ensuite… Voilà, techniquement, on ne peut pas s’en protéger à 100 %. Je pense que… En tout cas, pour l’auteur qui démarre, c’est un faux problème. C’est même quelque part vraiment encourageant puisqu’il y a quelqu’un qui a pris le temps de le mettre à disposition pour d’autres personnes, donc je pense… En tout cas, pour le moral, c’est mieux de l’envisager comme ça ! De le voir plutôt comme… Au pire comme quelque chose de pas gênant, et au mieux comme quelque chose de plutôt positif.

Cyril. – Oui, comme des exemplaires gratuits qu’on aurait envoyés à des gens qu’on ne connaît pas.

Matthieu. – Exactement. Et puis bon, à plus forte raison, et là tu le comprends avec ce que j’ai fait pour Kraft. Kraft, de toute manière, je me suis lancé sur un modèle gratuit de partage ! Donc ça m’est difficile de condamner ce genre de démarche.

Cyril. – Est-ce que tu sortirais un jour de KDP Select ? Certains titres.

Matthieu. – Oui. Ça arrivera. Ça arrivera tôt ou tard. Pourquoi ? Parce que les lignes bougent, qu’il y a des plateformes qui ne sont pas toujours loin derrière, etc. Et donc si l’occasion se présente, il est évident que j’irai tester sur d’autres plateformes. C’est juste qu’aujourd’hui, c’est plus simple, et pour l’instant c’est un bon compromis pour moi. J’ai une plateforme. Tout se passe au même endroit. Parce que je sais que pour l’instant, le jeu n’en vaut pas forcément la chandelle. Mais lorsque ça sera le cas, je ne serai pas forcément fermé à ces fameuses plateformes.

Cyril. – D’accord. On va arrêter là, parce que ça fait quand même un certain temps qu’on discute ! Même s’il y a plein d’autres choses dont j’aurais souhaité parler avec toi, et ce sera l’occasion de reparler plus tard, quand tu en seras à ton quinzième roman ! Au rythme auquel tu vas ! Est-ce que tu peux nous dire où on peut te retrouver ?

Matthieu. – Où on peut me retrouver : généralement, sur Facebook. Donc à mon nom : Matthieu Biasotto. Sur mon site Internet, ainsi que sur les différents réseaux, que ce soit Google Plus ou Twitter.

Cyril. – D’accord. Merci beaucoup, Matthieu.

Matthieu. – Merci à toi, Cyril !

Cyril. – À bientôt.

Matthieu. – À bientôt.


Je vais faire quelque chose de différent pour une fois à la fin de cet article. Vous poser des questions pour que vous évaluiez si nécessaire votre stratégie et tirer le meilleur de cet entretien.

  • Avez vous trouvé la meilleure façon pour vous d’écrire et de finir vos livres ? En avez-vous essayé d’autres ?
  • Etes vous en train d’écrire le livre suivant ou de le préparer ?
  • Faites-vous la liaison entre vos différents livres pour permettre à vos lecteurs satisfaits de tous les lire ?
  • Avez-vous une mailing-list avec un cadeau de qualité à l’inscription pour vous constituer votre groupe de fans ?
  • Etes-vous au clair avec KDP Select ?

Sur le dernier point, une petite anecdote : engagé comme je suis pour avoir une distribution large, j’avais sorti au fur et à mesure tous mes ebooks de KDP Select. Ce qui est une bêtise par rapport à la cible ! Je me suis enfin rendu compte que je ne vendais pas, que je ne vendrais jamais mes livres sur la publication sur Kindle ou sur un meilleur marketing dans KDP sur Kobo ou iBooks. Il vaut mieux s’en rendre compte tard que jamais. Ces deux livres sont enfin retournés dans KDP Select…

Autre anecdote en lien avec l’entretien de Matthieu : on a évoqué hors enregistrement sa hernie discale, les miennes. Depuis, je me suis coincé les cervicales (douleur de la colonne jusqu’au bras). Être auteur est une activité dangereuse pour votre corps ! Bougez, faites régulièrement de l’exercice, des pilates… pas comme moi qui ne fais plus que de la marche.

12 réflexions au sujet de « Episode 31 – J’écris la nuit, je publie le jour – Matthieu Biasotto »

  1. L’idée du livre gratuit en échange d’un partage social est juste géniale. En pratique, le partage était vérifié par une appli informatique ou autre chose ?

    1. Bonjour,
      Belle découverte ce site, ce podcast, ces auteurs ! Hop, dans les favoris 🙂
      La réponse a cette question m’intéresserait aussi. Je vais faire quelques recherches en attendant.
      Merci!

    2. Bonjour 🙂 J’ai utilisé le module socialpayme (une simple recherche sur google suffit) pour le partage de l’ebook. En phase 2 j’ai proposé de recevoir le lien de l’ebook par email (via l’extension de mailpoet pour WordPress). Pour activer le trafic j’ai misé 40€ de publicité facebook avec un ciblage kindle / ebook sur un profil féminin 20-50 ans avec un message fort du type : Auteur de thriller cherche sa lectrice (Encore visible sur mon site). J’ai soutenu mon budget pub par la suite.

      Voilà pour les détails.
      Matthieu

      1. Bonjour !

        Merci pour cette précieuse réponse… Malheureusement Socialpayme ne prend pas de nouveau adhérant :/
        Il va falloir trouver une alternative et ça ne semble pas courir sur le web. Ou une autre idée 🙂

        Bonne continuation.

        1. Il y a https://www.paywithatweet.com/ avec une version gratuite… à tester. Ensuite en terme d’idées, mon conseil c’est se laisser aller et d’inventer 🙂

          Il y a, par exemple, la possibilité d’utiliser des plateformes gratuites du type Wattpad pour diffuser son texte et structurer une communauté autour de son projet. Par contre j’ai la sensation que les utilisateurs sont à la recherche de genres précis (romance, bit-lit etc…). Je dois avouer ne pas avoir poussé l’expérience très loin. Le site Mon Best-Seller fonctionne également (dans une moindre mesure pour mon cas, mais certains indés y brillent).

          Imprimer des QR code avec le titre “Je vous offre mon roman” à coller dans les salles d’attente, salons de coiffure etc… Le QR code contient le lien vers le premier chapitre.

          Distribuer des exemplaires gratuits en invitant à partager le livre est une belle démarche qui fonctionne. Utiliser les bibliothèques, médiathèques etc en proposant une rencontre avec les lecteurs…

          Enfin, c’est tout à fait possible d’utiliser sa page auteur sur Facebook. On peut imaginer avoir publié un chapitre et annoncer que la suite sera diffusée une fois qu’il y a XXX j’aime et XXX partages…. en incitant les utilisateurs à inviter les amis etc… le chapitre final peut-être envoyé par e-mail pour ceux qui veulent absolument collecter du mail.

          Il ne faut pas hésiter à innover / copier / adapter les méthodes qui permettent de créer un engagement avec les (futurs) lecteurs . Par exemple, un flyer “Mon voisin est un auteur” (j’exagère dans le message, mais j’ai fait un truc dans le genre) à distribuer dans le quartier, la ville etc… ça permet de jouer sur la proximité, c’est un lien assez puissant. Il ne faut pas hésiter à mettre en place quelques concours pour des livres dédicacés, pour trouver des bêta-lecteurs, pour intégrer un personnage qui sera un utilisateur facebook tiré au sort… Bref (parce que je pourrais divaguer pendant des heures), tout est possible 🙂

          La seule règle à respecter à mon sens, c’est que la démarche plaise au lecteur / éviter de tomber dans un marketing trop agressif. Il suffit de se mettre à la place du lecteur et d’imaginer un dispositif à la fois surprenant, décalé et logique qui donne envie d’en savoir plus sur l’auteur et son univers. Bref de créer un véritable lien.

  2. Merci Matthieu pour cet entretien très sympa, et le partage de tes “trucs”.
    Je vais faire pareil pour la sortie de Rosie 3.
    Je vais publier un chapitre par semaine jusqu’à la sortie du roman, sur mon blog.
    Bon, ok, c’est nul, car je n’aurais pas d’email en échange, ni de partages automatiques.
    Bon, je ne sais pas, faut réfléchir, mais en tout cas ça me parle.
    Pour répondre à Cyril, je trouve que ses 4 questions sont un bon moyen de faire un point une fin d’après midi de dimanche de février.
    Je vais donc essayer d’y répondre brièvement, pour voir. Et lui poster ça en contact…
    Bonne chance pour la suite, Matthieu!

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