Episode 32 : Elizabeth, auteure-entrepreneur

Dans ce nouvel épisode du podcast, Elizabeth Sutton arrive presque à la fin de son “blog-tour” pour la promotion de son livre coécrit avec Marie-Laure Cahier.

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En tant qu’observatrice des soubresauts de l’édition numérique, de l’édition tout court, avec un pied dans le journalisme et l’autre dans le conseil, Elizabeth porte un regard complet sur l’édition numérique. Complet ? Il l’est maintenant qu’elle s’est auto-éditée avec Marie-Laure. Et elle connait mieux les affres de l’auteur, de l’autre côté du miroir.

Je profite de cet entretien à la fois pour recueillir son témoignage sur l’autoédition et l’auto-publication, mais aussi pour en savoir plus sur le processus créatif, sur la synergie entre ce livre et ses autres activités, bref… j’essaie de la mettre un peu sur le fil du rasoir.

Vous pouvez retrouver son livre sur les plateformes majeures, mais aussi en version papier dans toutes les bonnes librairies 😉

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Vous pouvez aussi retrouver la retranscription complète de l’entretien :


Cyril. – Bonjour ! Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir Elizabeth Sutton, qui est responsable du site IDBOOX et qui a sorti au mois de janvier, le 7 janvier, un nouveau livre sur l’autoédition. Bonjour Elizabeth.

Elizabeth. – Bonjour !

Cyril. – Est-ce que tu peux te présenter et nous présenter ton livre, nous en faire le pitch ?

Elizabeth. – Bien sûr. Alors, moi, je travaille dans l’édition depuis quinze ans. Et quand je dis que je travaille dans l’édition, en fait, je travaille dans l’édition au sens large dans la mesure où j’ai commencé cette aventure sur le livre en entrant dans l’équipe de lancement d’Amazon France. Donc j’ai contribué au lancement du site Amazon France en 1999. Fin 1999. Et puis ensuite, j’ai rejoint le groupe Hachette. Donc là, j’étais de l’autre côté du miroir, en proposant toutes mes compétences, notamment en webmarketing, pour pousser des maisons d’édition de ce groupe-là. Je m’occupais de trois maisons en transverse. Et j’ai travaillé également sur tout ce qui était les premières offres de livres numériques au niveau du groupe Hachette, sachant que chez Amazon, j’avais travaillé déjà avec une équipe internationale et Jeff Bezos sur les prémices du Kindle. Donc j’ai tout de suite senti que le livre numérique avait un sens. Je ne suis pas dans la partie éditeur, mais je suis plutôt dans la partie marketing, conception, etc.

En 2010, j’ai quitté le groupe Hachette et je me suis dit : qu’est-ce que je fais ? J’ai réfléchi un bon moment et je me suis dit : c’est peut-être le moment de te lancer toute seule. À l’époque, il y avait très peu de profils comme le mien, c’est-à-dire spécialisés dans le livre, le webmarketing et le livre numérique. Donc je me suis dit que j’allais proposer mes services aux maisons d’édition. Et c’est comme ça que je me suis lancée avec IDBOOX, qui au départ devait être un petit site de visibilité pour mes futurs clients, avec une ou deux infos par semaine.

Et puis Google a repéré le site, nous a proposé de faire partie de la partie Google actualités au-delà du web. Et comme j’avais un petit passé de journaliste, je me suis prise au jeu et avec Frédéric Danilewsky, le cofondateur d’IDBOOX, nous nous sommes mis à proposer du contenu extrêmement varié, partant du principe qu’on ne pouvait pas parler de contenu livre numérique sans parler des contenants, donc de tablettes, de smartphones, d’objets connectés, de liseuses, etc. C’est pour ça que parfois certaines personnes sont peut-être un peu perdues quand elles viennent sur le site, en se disant : « Mais pourquoi donc parlent-ils autant de high-tech ? » Eh bien tout simplement parce que si on n’avait pas ces outils de high-tech, on ne pourrait pas lire en numérique.

Donc ça, c’est pour la petite histoire. Et en parallèle, j’ai ma structure de conseil qui accompagne au niveau stratégie business, marketing et web, les maisons d’édition, les auteurs, les bibliothèques, les libraires, etc. Voilà en gros. Ça, c’est pour mon activité.

Au niveau du pitch du bouquin, écoutez, c’est simple : c’est que Marie-Laure Cahier avec laquelle j’ai travaillé dans le groupe Hachette avait assisté à une réunion sur l’autoédition, une espèce de grande table ronde où il y avait beaucoup de monde, où on avait dessiné les contours de l’auteur-entrepreneur. Et pour introduire cette table ronde que j’animais, j’avais dressé des portraits d’auteurs : les auteurs du xxie siècle. La conférence était hyper intéressante ; tout le monde avait été ravi, et Marie-Laure Cahier, que je n’avais pas vue, m’a contactée le lendemain en me disant : « Et si on écrivait un livre sur l’auteur-entrepreneur ? Parce que je pense qu’il y a quelque chose de très intéressant là-dessus. » Je lui ai répondu : OK, mais à condition que ce livre, on le publie en autoédition. Et ce qui serait absolument formidable, c’est qu’on puisse convaincre un éditeur, un gros, de publier notre livre en papier.

L’objectif, c’est quoi ? C’est de montrer qu’il y a des passerelles entre livre papier et livre numérique, et qu’il y a des passerelles aussi entre autoédition et édition traditionnelle. Donc notre livre, ce n’est pas un b.a.-ba : quoi faire ? comment le faire ? etc. Il y a cette notion-là, mais c’est plus une réflexion autour de la problématique du livre numérique en général, qui donne des fils, on va dire, aux auteurs en devenir, mais aussi aux auteurs qui sont déjà publiés. Et notre livre, il a pour objectif à la fois de réconcilier autoédition et édition classique et de donner également des petits guidelines pour les auteurs pour qu’ils puissent être maîtres de leur contenu, toucher de nouveaux lecteurs, et proposer des livres qu’ils n’auraient pas forcément publiés auparavant. C’est clair ?

Cyril. – C’est très clair ! C’est même presque trop clair ! Non, je rigole… Pour se concentrer un petit peu sur ce livre-là, c’est vrai que c’est la première fois que je vois un livre qui est comme ça, très ouvertement complètement hybride, dans le sens où vous vous êtes occupées de la partie autoédition numérique et vous avez travaillé avec Eyrolles (puisqu’on peut le citer) sur la partie papier. Est-ce que ça a été difficile de le convaincre, ou est-ce que l’éditeur de la maison Eyrolles a été enthousiaste dès le début ?

Elizabeth. – En fait, on a essayé plusieurs éditeurs. Pas beaucoup : on en a essayé deux. On avait ciblé vraiment, parce qu’on voulait que ce soit vraiment un éditeur de renom qui accepte de partager l’aventure avec nous. Et Eyrolles, en fait, a assez vite accepté. On lui a envoyé un pitch, un petit pitch de quelques lignes, et le lendemain, je crois, l’éditeur nous répondait en nous disant qu’il soumettait le projet en comité de lecture et qu’il nous répondrait sous quinze jours. Quatorze jours plus tard, il a répondu. Il a dit : « OK, banco, on y va ! »

Cyril. – D’accord. Il faut voir aussi que la maison Eyrolles, c’est quelqu’un qui se porte quand même beaucoup sur le numérique. Je crois que quand Kindle a lancé Kindle Unlimited, ils faisaient partie des quelques-uns qui, en tant qu’éditeur, avaient mis des titres dans Kindle Unlimited.

Elizabeth. – Oui, je crois. En fait, ils ont été assez précurseurs dès le début, notamment sur le livre numérique. Sur le fait de proposer des livres numériques pas très chers. Sur le fait de ne pas mettre de DRM… Donc c’est un éditeur qui est plutôt précurseur et qui fait bouger les lignes depuis le début. Depuis l’apparition du livre numérique. Donc accepter de jouer le jeu avec nous, de faire un livre hybride et de nous laisser vraiment la gestion de notre livre… Ça, c’est hyper important ! Je ne sais pas si vous avez vu le coût de notre livre par rapport à la version papier : on est à moins 70 %, je crois. Donc ils ont accepté de jouer ce jeu de A à Z. Ils nous ont fait confiance et Eyrolles a vraiment été un compagnon d’écriture extrêmement intéressant dans cette expérience. C’est vraiment un livre qui est une expérimentation et qui montre que ça peut fonctionner. Et c’est ça qui est extraordinaire dans l’aventure qu’on est en train de vivre avec Marie-Laure.

Cyril. – Alors, ça fonctionne dans la partie production, c’est-à-dire tout ce qui est création du livre et puis couverture, correction, etc. Sur les livres numériques, vous avez déjà les retours puisque tous les jours vous pouvez aller vous connecter sur KDP, Amazon, sur Kobo et sur machin pour voir combien de ventes il y a eu aujourd’hui. Est-ce que, du côté papier, vous commencez déjà, Marie-Laure et toi, à avoir des retours, ou est-ce qu’Eyrolles est encore un petit peu perdu dans la chaîne du livre ? Par rapport aux statistiques.

Elizabeth. – C’est une excellente question ! En fait, pour l’instant, on a zéro chiffre sur la version papier. On est complètement dans les rouages de l’édition traditionnelle, à savoir que pour avoir les premiers chiffres, on va devoir attendre à peu près trois mois. Sur le papier. Donc pour nous, c’est assez déstabilisant.

De la même manière, notre livre, il était prêt à être publié en version numérique quasiment au mois de septembre puisque la rédaction, on l’a terminée au mois de juillet et que les allers-retours de correction entre Eyrolles et nous se sont faits de façon assez fluide, etc. donc nous, globalement, on aurait pu publier notre bouquin au mois de septembre. Mais non ! Eux n’étaient pas prêts. Mais ils ont d’autres impératifs. Donc du coup, le livre est sorti en janvier.

Et puis, je me suis beaucoup amusée (et en même temps beaucoup énervée) notamment au niveau de la propreté des métadonnées. C’est-à-dire que quand on a mis notre livre en version numérique en précommande, les métadonnées étaient nickel dès le début, ce qui a aidé à ce que le livre, il y ait beaucoup de précommandes dessus. Par contre, sur la version papier, on a eu des métadonnées à peu près propres… C’est-à-dire que, pour moi, les métadonnées, c’est quand même le nerf de la guerre, qui fait que les gens ont envie de commander un livre. Les métadonnées, côté édition traditionnelle on va dire, étaient clean le jour de la sortie. Pas avant.

Donc en fait, on a effectivement le retour sur les ventes, qui est important, mais on a tout ça qui montre qu’aujourd’hui, même si on est avec un éditeur extrêmement actif, extrêmement courageux, qui prend des risques, etc. ils sont… Ce n’est pas de leur côté, mais c’est au niveau de la chaîne, en fait, où il y a un manque de réactivité pour promouvoir de façon importante et faire du buzz sur un bouquin un mois ou deux mois avant sa parution. Et ça, ça fait partie des constats sur lesquels moi, je travaille en tant que professionnelle tous les jours avec les éditeurs, avec les auteurs avec lesquels je bosse. Mais sur lesquels il y a encore beaucoup de mal, en fait. Donc ce n’est pas tant un problème au niveau de l’éditeur, mais c’est au niveau de la chaîne et de la réactivité. Quand on a une couverture de livre et qu’elle est prête, pourquoi est-ce qu’elle n’arrive pas dès le lendemain sur Amazon ?

Cyril. – Oui, ça, c’est rageant. On passe par un distributeur particulier, type immateriel ou autre, ou par quelque chose…

Elizabeth. – Pour les livres numériques ?

Cyril. – Oui. Non, mais je dis une bêtise… Je veux dire, pour pousser leurs métadonnées de chez eux à, par exemple, la boutique Amazon, sur le livre papier.

Elizabeth. – Non, c’est via leurs distributeurs et diffuseurs habituels. Donc là, ça suit la chaîne classique, en fait, de l’envoi des métadonnées avec ce qu’ils appellent les métadonnées commerciales, etc. Et du coup, notre livre était tout beau, tout propre, en version numérique, avec la couv et tout… et le livre papier était tout pauvre ! Donc c’était compliqué de communiquer dessus en amont, par exemple.

Cyril. – Et aujourd’hui, sur la boutique Amazon, les deux livres ne sont pas liés, d’ailleurs ! Tu vas soit voir le livre de Marie-Laure Cahier et Elizabeth Sutton, publié par Marie-Laure Cahier et Elizabeth Sutton en version Kindle, soit tu vas voir l’autre livre, qui n’a rien à voir (pourtant, il a le même titre) qui est publié par Eyrolles.

Elizabeth. – Ça, c’est Amazon qui n’a pas su lier les deux ISBN.

Cyril. – C’est dommage.

Elizabeth. – Ce qui est ennuyeux, bien sûr. Tu imagines bien que je n’étais pas ravie, ravie, mais j’ai soumis le problème : en fait, on leur a posé une colle. C’est normal : c’est un modèle hybride. C’est nouveau, donc ils ne savent pas encore vraiment faire. Mais c’est vrai que lier les deux bouquins eut été quelque chose d’assez intéressant, notamment pour les commentaires, parce qu’aujourd’hui on a des commentaires sur la version numérique et on n’a pas forcément les mêmes commentaires sur la version papier. Enfin, on n’arrive pas à les merger. Donc c’est dommage.

Cyril. – Oui, et puis il y a beaucoup de gens qui vont voir le livre Kindle et qui finalement achètent le livre papier et inversement.

Elizabeth. – Exactement. D’ailleurs, c’est rigolo, je ne sais pas si tu as remarqué, mais notre couverture (ça, ça faisait partie de nos négociations avec Eyrolles), on est quasiment sur la même couverture. Sauf qu’on a un bandeau bleu et qu’on n’a pas le logo Eyrolles. Et Eyrolles a créé cette couverture ! Donc ils ont aussi accepté de nous laisser l’utiliser. Ce qui est quand même aussi très nouveau.

Cyril. – C’est vrai que c’est une problématique dans la récupération des livres quand on est… Quand on récupère ses livres chez un éditeur, il faut tout recréer, normalement, parce que la couverture, elle appartient à l’éditeur. Parce que les corrections, elles ont été faites quand le livre était sous contrat avec l’éditeur, etc. D’ailleurs, notre grande autoéditrice préférée (enfin, pas préférée, mais iconique) J. K. Rowling, quand elle a commencé à lancer son site Pottermore, a fait un contrat avec son éditeur d’origine pour pouvoir récupérer un certain nombre de choses qui lui avaient été faites sur la version papier.

Elizabeth. – Oui.

Cyril. – Vous, comme vous avez anticipé ça, ça vous a permis de négocier déjà une coopération à la base.

Elizabeth. – Oui. À la base, on l’a négocié. Ça faisait partie du deal ! Et ce qui a été génial, c’est qu’Eyrolles a marché à fond. La seule chose sur laquelle ils n’ont pas accepté de nous laisser l’exploitation, c’est sur la maquette du livre. Et je ne sais pas si tu as pu voir la version papier et la version numérique : la maquette n’est pas du tout la même. Mais bon, c’était de bonne guerre. C’était tout à fait compréhensible. Donc nous, on a fait une maquette qui était simple. On a essayé de gérer au mieux toute la problématique des notes de bas de page, parce que c’est quelque chose qui est extrêmement difficile, encore aujourd’hui, sur les versions numériques, d’offrir une lecture fluide avec des notes de bas de page auxquelles on peut faire appel.

Cyril. – Et qui fonctionnent en plus bien sur tous les appareils parce que chacun a…

Elizabeth. – Exactement ! C’est vrai qu’il y a eu des moments de grande rigolade quand, avec Marie-Laure, on a… Moi, j’ai tous les devices à la maison, donc on avait une Bookeen, une Kindle, une Kobo, une tablette Samsung avec plusieurs applis de lecture du type Aldiko, un iPad, etc. et il a fallu tester tout ça pour voir si tout était propre. Eh bien, il y a eu du boulot ! Il y a eu du boulot… Et je pense que ce boulot, les éditeurs traditionnels ne le font pas tout le temps.

Cyril. – Certainement pas.

Elizabeth. – Un exemple, parce que je pense que ça peut éclairer certains auteurs qui nous écouteront. Quand Eyrolles nous a donné la couverture du livre, le bandeau… Il y a un cartouche rouge avec le titre en blanc sur la version papier. Et au départ, on devait avoir exactement la même couverture. Et dans la version numérique, on a un cartouche bleu (donc qui n’est plus rouge). Pourquoi ? Tout simplement parce que justement, quand on a fait nos tests sur liseuse, le rouge sur blanc ne passe pas ! On le dit à Eyrolles : « Au secours ! »

Cyril. – On n’arrive pas à lire le titre !

Elizabeth. – On n’arrive pas à lire le titre, ce qui est quand même un peu ennuyeux quand on veut commander un bouquin directement à partir de son Kindle. J’ai dit : il va falloir qu’on fasse autrement ! Voilà, pour la petite histoire.

Cyril. – C’est bien, aussi ! Ça permet de mieux distinguer les deux versions quand on arrive sur ton profil.

Elizabeth. – Exactement. Oui. Mais bon, c’est quand même rigolo. Ce sont de petites choses. Donc je suppose qu’on a plein de bouquins qui sont publiés avec des cartouches rouges et de la lettrine blanche et en fait, si on teste sur liseuse, ça ne marche pas. Dommage ! Voilà, c’était juste une anecdote.

Cyril. – Mais c’est bien, ça t’a aussi permis, pour ton activité de conseil, de te frotter à l’ensemble de la chaîne du numérique en tant qu’auteur et en tant qu’autoéditeur numérique. Et donc j’imagine que ça a vachement nourri aussi ta réflexion par rapport aux différents éditeurs et par rapport à ton autre activité qu’IDBOOX, c’est-à-dire faire du conseil par rapport à ce public-là.

Elizabeth. – Oui. Tout à fait. C’est une expérience qui est extrêmement enrichissante. Et puis, pour moi… Ce n’est pas le cas de Marie-Laure parce qu’elle a déjà écrit deux ou trois bouquins, mais pour moi, c’était mon petit premier ! Quand j’accompagne, par exemple, un auteur autoédité qui veut se lancer, je vis son histoire avec lui. C’est-à-dire que, vraiment, je me clone à lui ! Mais je ne ressens pas tout ce qu’il peut ressentir par rapport au fait que son livre, ça y est, soit en vente, soit visible… Qu’il n’est plus dans le tiroir ou qu’il n’est plus en train d’être fabriqué. Là, je suis passée de l’autre côté du miroir en tant qu’auteur, et c’est vrai que c’est une sensation qui est extrêmement étrange et à la fois extrêmement plaisante, parce que c’est un jeu. Et je pense qu’il faut le prendre comme un jeu. Dans mon activité professionnelle, je m’amuse, en fait. Et c’est pour ça que j’adore ce que je fais, je pense. Donc tout ça fait qu’il y a eu une espèce d’alchimie intéressante qui me permet évidemment de tirer certaines tendances et certaines réflexions sur les différentes choses que je pourrai faire ensuite avec mes clients.

Cyril. – Alors, ça, c’était le premier livre. Maintenant, est-ce que tu as déjà commencé à en écrire un autre ?

Elizabeth. – Non. Pour le moment, non. On réfléchit. On va faire le point avec Eyrolles au mois de juin. Au mois de juin, on a décidé de faire un point de retour d’expérience, par rapport à leur expérience, qui est extrêmement importante aussi, et par rapport à la nôtre. Et puis, on verra. On verra si on fait peut-être une V2 ou si on fait quelque chose, peut-être de plus… vivant, en racontant notre aventure au cours de tous ces mois-là. On en a un peu parlé, avec Marie-Laure, mais pour l’instant, on n’est pas encore fixées. Et puis, j’ai un projet d’écriture personnel qui est complètement différent et qui ne parle pas d’autoédition, mais ça, peut-être qu’un jour, je sortirai moi aussi mon manuscrit de mon tiroir.

Cyril. – Donc vous n’allez pas remettre l’ouvrage sur le métier. Vous n’allez pas creuser le sillon, comme ça. C’est un choix.

Elizabeth. – Faire une V2, peut-être. Pourquoi pas ? Faire autre chose. Je pense qu’en fait, le livre est en train d’évoluer énormément, donc il y a peut-être des choses qui vont éclore dans les mois qui viennent et qui mériteront de faire un livre. Et puis, de toute façon, le statut de l’auteur et de l’auteur-entrepreneur est en train d’évoluer, donc il y aura peut-être matière à faire, mais pour l’instant la décision n’est pas prise.

Cyril. – Alors, je vais te poser une question à laquelle tu ne voudras peut-être pas répondre… Par rapport à ton activité. Tu as donc aujourd’hui trois casquettes : du conseil, IDBOOX, et ce livre-là en tant qu’auteur. Je ne pense pas que le livre, en tant qu’auteur, te permette de vivre. Ça, c’est certain.

Elizabeth. – Non.

Cyril. – Maintenant, pour ce qui est conseil et IDBOOX, est-ce qu’il y a une répartition qui est plus en faveur du conseil ou plus en faveur d’IDBOOX ? Tu peux refuser de répondre !

Elizabeth. – Non, non, j’en parle. J’assume. Bien évidemment, c’est la partie conseil qui me rémunère. IDBOOX, en fait, a cinq ans. Et pendant trois ans et demi, on n’a absolument pas monétisé le site. C’était une volonté. C’était vraiment une volonté ! Quand on a vu qu’on dépassait, au bout d’un an, le million et demi de visiteurs uniques par mois, on s’est dit : attends, il y a peut-être quand même quelque chose à faire ! Et donc on a commencé à monétiser le site. Clairement. Donc IDBOOX, aujourd’hui, c’est une source de ressources, on va dire, mais ce n’est pas la principale source de ressources. Ce qui est bien, c’est qu’on a des annonceurs intéressants. On fait des campagnes de pub pour des annonceurs. Des annonceurs du livre, de la high-tech, des choses comme ça, qui nous permettent de rentabiliser un peu notre travail. On publie 365 jours par an. Il n’y a pas un jour depuis cinq ans où il n’y a pas eu au moins un article sur IDBOOX. Tu peux vérifier : je t’assure que depuis cinq ans, il n’y a jamais eu un jour sans.

Cyril. – Même le 1er mai 2014…

Elizabeth. – Oui !

Cyril. – Bravo. Parce que de mon côté, pour maintenir un blog et essayer de faire quelque chose qui a une activité quotidienne, je sais à quel point c’est parfois difficile de sortir quelque chose au moment où il faut le sortir, parce qu’on doit le sortir !

Elizabeth. – Oui, mais voilà, c’est un peu le challenge qu’on s’est fixé ! On est deux à écrire sur IDBOOX. Souvent, les gens pensent qu’on est une rédaction entière, mais non, on n’est que deux ! Et on publie minimum un article par jour, y compris les jours fériés ! Y compris pendant les vacances, etc. Donc ça, c’est vraiment un défi. Et c’est, quelque part, le point de la réussite du site, parce qu’aujourd’hui, on a dépassé largement le million et demi de visiteurs uniques par an et on est reconnus, aussi bien par les constructeurs de high-tech que par le Ministère de la Culture, qui nous invite à ses conférences de presse. Ou par les éditeurs. On est vraiment considérés comme un site…

Cyril. – Comme un vrai site media qui a une importance et une actualité.

Elizabeth. – Exactement. Et c’est vrai que le fait d’être dans Google actualités aide.

Cyril. – Oui, c’est clair ! Je reviens à l’origine de ma question. Ce que je cherchais, c’était combiner ton livre avec ton activité, qui aujourd’hui est ta principale activité en termes de ressources, à savoir le conseil aux autoédités, aux éditeurs, etc. Est-ce que tu ne penses pas que tu pourrais dériver un petit peu du livre que tu as écrit et rentrer un peu plus dans des circuits pros, avec un autre livre, pour asseoir un peu plus ta notoriété dans le conseil. Et à ce moment-là, sortir un petit peu aussi… Je sais, c’est difficile, mais sortir de la collaboration que tu as eue avec Marie-Laure.

Elizabeth. – C’est possible. On m’a déjà fait plusieurs propositions, mais c’est vrai que jusqu’à présent je ne l’ai pas fait. On m’a proposé d’écrire des bouquins sur le webmarketing, sur les stratégies business en conduite de changement, des choses comme ça. C’est vrai que jusqu’à aujourd’hui j’ai refusé. Parce que c’est extrêmement chronophage d’écrire un livre digne de ce nom et que jongler avec le site d’infos IDBOOX, mes clients (qui sont prioritaires, évidemment) et puis écrire un nouveau livre, ce n’est pas évident. Là, honnêtement, en toute honnêteté, je pense que si Marie-Laure ne m’avait pas dit : « Allez, go, on y va ! » je ne l’aurais peut-être pas fait. Donc voilà. En toute sincérité ! Donc oui, ce serait bien ! Parce que c’est toujours bien pour un pro, d’avoir plusieurs livres de référence.

Cyril. – Oui, ça sert à aller chercher des clients, ça sert à asseoir un petit peu sa notoriété en dehors du domaine professionnel dans lequel on est, etc.

Elizabeth. – Oui. Mais c’est vrai que… Ce n’est peut-être pas très courageux de ma part ! Je ne sais pas, mais…

Cyril. – Ce n’est pas ce que je voulais dire du tout ! Je voulais dire… Il y a aussi une question qui se pose avec ça, c’est : est-ce que tu en as besoin ?

Elizabeth. – Pour le moment, pas trop. Je pense que ça aide. Ça servirait, c’est clair ! Mais bon, pour le moment, c’est vrai que pas trop. J’ai des clients qui sont fidèles. Je renouvelle mon portefeuille de clients. Là, par exemple, je travaille notamment avec le Labo de l’édition, qui est un nouveau client, on va dire, au sens large du terme, parce que je vais monter le premier petit musée de la lecture numérique. Donc voilà !

Cyril. – J’ai vu un article dessus dans IDBOOX.

Elizabeth. – Oui, voilà ! Ça, ça fait partie des choses qui contribuent, je pense, à ma visibilité aussi, en toute objectivité. Et puis, ce sont des projets qui m’intéressent. Moi, j’aime bien être en mode…

Cyril. – Il faut s’amuser. Voilà : il faut être en mode plaisir.

Elizabeth. – Voilà. En mode plaisir. En mode projet. Et puis travailler et faire des choses qui ressemblent à quelque chose, comme je l’ai fait pendant trois ans à la BNF, ou des choses comme ça. Ce que j’aime bien, c’est que j’ai des gros clients. Et puis j’en ai des plus petits ! Et ça, c’est assez sympa pour travailler. Donc est-ce que j’en ai besoin ? Je pense qu’on a toujours besoin d’avoir plus de notoriété, etc. Mais je ne sais pas. C’est une bonne question. Que je ne me suis jamais posée comme ça, en tous les cas !

Cyril. – Eh bien, écoute, c’est du grain à moudre pour les semaines ou les mois qui viennent.

Elizabeth. – Tout à fait !

Cyril. – On a très peu parlé de Marie-Laure Cahier et je m’en excuse auprès d’elle. C’est de ma faute parce que j’ai tout axé sur toi. Marie-Laure, son profil à elle, il est différent, j’imagine, du tien. Est-ce que tu peux nous la présenter, même si elle n’est pas là ?

Elizabeth. – D’abord, Marie-Laure, c’est une femme qui est extrêmement dynamique. C’est une entrepreneuse dans l’âme. C’est une vraie pro de l’édition, dans le sens où elle a travaillé et elle travaille encore, notamment avec des éditeurs traditionnels. Et elle est plutôt versée dans la partie éditoriale. C’est pour ça qu’on s’est bien entendues pour écrire ce bouquin : parce qu’on a deux profils qui sont dans la même branche, si je puis dire, mais extrêmement différents. Ce qui a nourri, en fait, le dynamisme de notre livre. Enfin, j’espère ! Dans les premiers retours de lecteurs, c’est exactement ce qui est ressenti. Donc elle est pro jusqu’au bout des ongles, si je puis dire !

Cyril. – Et la collaboration, ça s’est passé comment ? Ça a commencé en mars. Vous étiez prêtes (vous aviez fini d’écrire) au mois de juillet. Et vous avez organisé ça comment ? Vous aviez découpé un petit peu votre livre ? Vous avez… Je te laisse parler !

Elizabeth. – Oui, on s’est attribué des parties. On avait fait un plan. Et puis chacune nourrissait les différentes parties qui lui étaient attribuées. Ensuite, on se relisait mutuellement. On discutait, on commentait… Il y a certains documents Word, pour certains chapitres, où il y avait plus de commentaires que de texte, parce qu’on n’était pas d’accord, on échangeait, etc. Tout ça pour en sortir un peu la substantifique moelle et composer quelque chose qui soit hyper clair et lisible par tous. Parce que notre objectif, ce n’était pas d’être technique. Notre objectif, c’est de toucher un lecteur qui n’est pas forcément au courant de ce qui se passe dans l’autoédition, dans le numérique, etc. Donc on a eu des échanges assez nourris sur tout ça, pour finalement se dire à la dernière relecture : « OK, je pense qu’on est bon ! » Et voilà. Mais ça a été rapide, en fait. Il y a quelques nuits où j’ai travaillé. Il y a eu quelques insomnies aussi, en se disant : non, là, ce n’est pas bon, on n’a pas parlé de ça, il faut qu’on le rajoute, etc. Et puis on a eu la participation, aussi, des auteurs. Des auteurs qu’on a contactés.

Cyril. – Oui, tous les entrefilets, les témoignages que vous avez. Pratiquement au début de chaque chapitre, en fait.

Elizabeth. – Oui. C’était une démarche volontaire, d’illustrer avec le témoignage de personnages différents. On a François Bon, on a Laurent Bettoni, on a Audrey Alwett… Ce sont vraiment des profils d’auteurs extrêmement différents avec des expériences extrêmement différentes, qui ont nourri aussi notre réflexion et la manière dont on a écrit le livre.

Cyril. – Oui, parce que chacun voit midi à sa porte et chacun a une expérience différente de l’édition, qu’il s’agisse d’édition traditionnelle, d’édition numérique, d’autoédition ou pas. Il y a parfois un commentaire qui dit : « Non, moi, je ne vais pas faire d’autoédition » alors que c’est plutôt un livre qui parle de la transformation et de la prise de responsabilité de l’auteur par rapport à son livre. Donc c’est bien. C’est frais et c’est riche.

Elizabeth. – En tous les cas, c’est ce qu’on a essayé de faire. Mais c’était l’objectif : qu’on puisse aller puiser, en fonction de ses questionnements et en fonction aussi des différents profils de ce que j’appelle les auteurs du xxie siècle. Et ça, pour nous, c’était important de ne pas nous donner la parole qu’à nous, mais de la donner aussi à d’autres acteurs, que ce soient des hybrides, des indés purs ou des auteurs qui publient traditionnellement comme on les appelle : jamais sans mon éditeur !

Cyril. – On va retourner un petit peu sur IDBOOX puisqu’on a quand même beaucoup parlé de ce livre. Donc IDBOOX, c’est un site qui existe depuis maintenant six ans. Au bout de six ans, est-ce que vous allez continuer à vous étendre, comme ça, parler à la fois des appareils, de la téléphonie, et parler de l’édition numérique, ou est-ce que vous allez vous axer plus sur un des deux sujets ? Ou sur un autre !

Elizabeth. – Non, en fait, ce qui est intéressant, c’est qu’au début d’IDBOOX, on n’était globalement consultés que par des pros. C’est-à-dire que les gens qui venaient, c’étaient des pros. Point barre. Ce dont on se rend compte maintenant, c’est qu’on a la moitié de notre lectorat, on va dire, qui est du grand public.

Cyril. – S’il y avait un million cinq cent mille pros dans l’édition numérique, ça se saurait !

Elizabeth. – Non, mais ce que je veux dire… Quand je dis pros, c’est-à-dire des pros en constructeur high-tech, des gens… Il y avait aussi ça. Il y a énormément de clics sur IDBOOX sur tout ce qui concerne la high-tech, donc ce n’est pas juste en édition numérique. Mais ce qu’on a vu, c’est qu’on avait de plus en plus de personnes du grand public. Des lecteurs potentiels… C’est pour ça qu’on a cette rubrique où on fait des chroniques de livres numériques. On a une rubrique qui est dédiée aux parents pour les orienter vers le choix d’applications et de livres numériques pour les enfants. Tout ça, c’est plutôt du grand public. Donc on est en train d’ouvrir… En fait, on est en train d’ouvrir le site à d’autres rubriques. C’est-à-dire que là, par exemple, on va lancer une rubrique lifestyle, toujours axée culture, techno, mais qui ne parlera pas forcément de bouquins. Donc on essaye en fait d’être un site… Comment on dit ?

Cyril. – Un agitateur d’idées, un peu.

Elizabeth. – Oui, agitateur d’idées ! Ou alors, vraiment multi… Un site généraliste, finalement, mais qui gardera toujours son ADN, c’est-à-dire à la fois livre numérique, édition. C’est-à-dire que le pro de l’édition qui veut venir choper de l’info chez nous sur les dernières tendances de l’ePub, il trouvera toujours de l’information. Mais on ouvre au grand public. C’est obligatoire ! Parce que pour rentabiliser un peu le site, on doit s’adresser aussi au grand public.

Cyril. – Il va falloir recruter, alors, si vous continuez comme ça à vous étendre ! Parce que sinon, vous n’allez pas y arriver, tous les deux !

Elizabeth. – On y pense ! On y pense… On est en train de réfléchir là-dessus. Mais effectivement, c’est un rythme qui nécessite une organisation très importante, parce que pour à la fois satisfaire les clients dans la partie conseil et fournir de l’info dans la partie actus, il faut vraiment avoir une discipline importante. Donc c’est sûr que peut-être qu’on va devoir faire appel à des aides. Des pigistes, peut-être. Je ne sais pas. On a des chroniqueurs de temps en temps, mais bénévoles, on va dire. Certaines personnes qui font des chroniques de bouquins, comme par exemple Laurent Bettoni qui chronique de temps en temps des livres coups de cœur, des choses comme ça. Mais pour l’instant, non, on n’a pas recruté.

Cyril. – De la même manière que je t’ai posé la question sur Marie-Laure, sur IDBOOX, si on va dans les pages de biographie, etc. il n’y a que ton profil qui apparaît.

Elizabeth. – Ah… Oui !

Cyril. – Tu ne travailles pas toute seule. Tu n’es pas en couple, mais tu es en collaboration. Quelle est la part de travail de Frédéric ?

Elizabeth. – Elle est énorme ! Frédéric, c’est l’éminence grise, on va dire !

Cyril. – Il est caché derrière Elizabeth.

Elizabeth. – Il ne veut pas apparaître. Donc c’est un choix de sa part. Si tu vas sur LinkedIn, tu ne verras pas sa photo. Il est… Voilà : c’est un choix de sa part de ne pas apparaître, ce que je trouve extrêmement dommage, parce qu’au-delà d’écrire des papiers sur la high-tech notamment (il ne fait pas que ça) c’est quand même lui qui a développé le site et qui le fait évoluer depuis le début ! Technologiquement, c’est lui qui est derrière toute la techno, derrière l’ergonomie, derrière le design, etc. Donc il mériterait d’avoir une visibilité bien plus importante, je te le concède ! Mais pour le moment, non, il ne veut pas. Donc voilà.

Cyril. – Mais alors… Comme je ne vois pas sa biographie, je ne sais pas quel est son profil et quel est… Tu dis qu’IDBOOX, tu n’en vis pas. J’imagine que lui non plus n’en vit pas aujourd’hui. Qu’est-ce qu’il fait par ailleurs, Frédéric ? Il travaille dans quel domaine ?

Elizabeth. – C’est un ancien d’Amazon aussi. Donc on s’est connus dans cette fameuse équipe de lancement d’Amazon. Et puis, il est chef de projet indépendant pour la création de sites web. Donc il crée des sites web.

Cyril. – C’est le geek. Il y a une créative et il y a un geek. Qui est créatif aussi…

Elizabeth. – Oui, un geek créatif. Il est à la fois dans le code et à la fois dans le front-office. Donc c’est un rôle assez atypique et c’est vrai que… Il n’est pas renfermé, pour autant ! Ce n’est pas un sauvage, mais c’est vrai que lui, apparaître en bio, etc. pour l’instant, ce n’est pas son affaire. Ça ne l’intéresse pas. Donc OK. Mais c’est vrai que moi, je trouve… De temps en temps, je lui dis : il faudrait quand même qu’on te voie un peu plus. Qu’on sache qui tu es. Mais bon !

Cyril. – Pour finir, est-ce que tu pourrais sortir ta boule de cristal et essayer de nous donner deux axes d’évolution de l’autoédition et de l’édition numérique dans les années qui viennent, que toi tu perçois en participant comme ça à des forums, en participant à des études avec des éditeurs ou avec d’autres personnes de la chaîne du livre ? Ou est-ce que je te demande un petit peu trop de faire de la prospective ?

Elizabeth. – Alors, je vais essayer de jouer le jeu. En ce qui concerne l’édition, le livre, enfin les éditeurs, on va dire… Moi, je pense que le challenge, dans les années qui viennent… On y est déjà, mais la prise de conscience n’est pas encore suffisante à mon sens, c’est toute la notion de lecteur final. C’est-à-dire que les éditeurs vont devoir, s’ils veulent s’en sortir, et que ce soit dans le livre papier ou le livre numérique, ils vont devoir apprendre à connaître leur lecteur final. C’est-à-dire à le profiler pour pouvoir non plus faire uniquement des livres pour se faire plaisir (je schématise un peu) mais faire des livres qui s’adressent complètement au lecteur. Donc ça veut dire derrière investir dans des outils de CRM. Je ne vais rentrer trop dans la technique, parce que là je suis plus dans ma partie conseil aux éditeurs, mais globalement, c’est investir dans des outils de CRM qui vont leur permettre de toucher le lecteur final de façon plus importante.

La deuxième chose, je pense, des challenges dans les trois, quatre ans, cinq ans à venir, au niveau de l’éditeur traditionnel, à mon sens, c’est tout ce qui est mode de communication, stratégie de marketing, et non pas uniquement de webmarketing, mais de cross marketing, pour avoir une présence importante. Aujourd’hui, il y a plein d’éditeurs qui font des trucs géniaux et on ne le voit pas et on ne le sait pas. Ils ne savent même pas communiquer dessus. Donc je pense qu’au niveau de l’édition, c’est un peu ça. Et s’ils concèdent d’accepter ces deux choses-là, je pense que le marché du livre en tant que tel se portera mieux.

Cyril. – C’est-à-dire qu’ils vont trouver plus de lecteurs, ils vont rendre la lecture plus intéressante, et eux-mêmes ils arriveront mieux à en tirer parti pour faire plein de nouveaux livres, etc.

Elizabeth. – Exactement ! Donc ça, c’est important. Au niveau de l’autoédition, je pense qu’il va y avoir un… De toute façon, on s’en rend compte, là. On verra au salon du livre ; là, je ne peux pas en parler, mais je pense que l’édition classique est en train de… Autant il y avait assimilation entre le compte d’auteur et l’autoédition, des choses comme ça… J’ai l’impression que les frontières sont en train de bouger, que plus les auteurs indépendants vont se professionnaliser, plus ils seront crédibles. Crédibles au niveau des lecteurs, mais aussi crédibles au niveau de la chaîne de l’édition.

Donc je pense que ça, ce sont des challenges à relever et il y a plein d’auteurs qui sont conscients de ça. Ce sont des messages qu’on martèle, de plus en plus, en disant : « Attention, attention ! Si vous ne vous professionnalisez pas, globalement, vous mettez en péril tous les autres auteurs, parce que les amalgames sont vite faits. »

Cyril. – Oui, et puis par ailleurs, on martèle aussi dans l’autre sens. Dans le sens où on dit : « Attention, dans les auteurs qui sont autoédités, il y a aussi des auteurs qui viennent de l’industrie et du livre traditionnel ! »

Elizabeth. – Exactement ! Les hybrides. Oui, tout à fait ! Et qu’il y en a plein qui se lancent dans l’expérimentation et qui y prennent goût. C’est ça qui est génial, c’est qu’ils y prennent goût ! Donc je pense qu’il va y avoir un nouvel élément qui va rentrer, un nouveau maillon dans la chaîne du livre, qui sera celui des auteurs indépendants. Après, ça pourra être des auteurs indépendants vraiment… Les solos, comme on les appelle dans le livre. Mais ça sera peut-être aussi des labels, avec des auteurs qui vont se regrouper pour faire des choses. Ça existe déjà. Audrey Alwett a lancé un label, comme ça, d’auteurs indépendants.

Cyril. – Bad Wolf.

Elizabeth. – Oui, exactement, et je pense qu’il va y avoir des choses qui vont se passer et qui vont créer ce nouveau maillon et que l’édition traditionnelle va commencer à l’accepter. En tous les cas, moi, je vois des démarches… Au-delà des éditeurs qui récupèrent les auteurs indépendants : je ne parle pas de ça ! Mais il va y avoir… Il va y avoir une espèce de prononciation de la prise de conscience et d’acceptation. Peut-être que je suis trop positive ! Je n’en sais rien, mais c’est un peu mon sentiment et il y a des petites choses qui me le font croire et qui me le font voir.

Cyril. – Merci beaucoup, Elizabeth, pour cette prémonition !

Elizabeth. – J’espère que je n’ai pas été trop longue.

Cyril. – Non, pas du tout. Écoute, merci encore une fois pour m’avoir accordé cet entretien. Je pense qu’on va se croiser au salon du livre, qui au moment où on enregistre ce podcast est dans un peu plus d’un mois. Ça me fera plaisir de t’y croiser. Et puis de t’accueillir à nouveau pour parler d’un autre livre, puisque maintenant que tu es auteur, il faut que tu continues !

Elizabeth. – Tout à fait. J’ai entendu le message !

Cyril. – Merci pour l’entretien et puis merci pour le livre, aussi, parce qu’il permet d’avoir un peu plus de visibilité à toutes les formes d’édition, pas seulement à l’autoédition solo. Il offre un panel très complet. Merci.

Elizabeth. – Merci à toi. À bientôt. Au revoir !

2 réflexions au sujet de « Episode 32 : Elizabeth, auteure-entrepreneur »

  1. Bonjour et merci pour tous tes podcasts que j’écoute et guette depuis près d’un an et qui me galvanisent dans ce chemin fort solitaire de l’édition indépendante !
    Ce dernier épisode évoque, à nouveau, la “prise de conscience” amorcée sur les auteurs “indés” (le joli mot ! c’est vrai que ça sonne mieux qu’ “auto-édité”, qui fait vraiment pauvre-tache-n’ayant-pas-trouvé-de-vrai-éditeur).
    Pour compléter les propos d’Elizabeth, et en toute humilité, de mon hublot d’auteur à deux pseudos, édité traditionnel d’un côté et auto-marketé de l’autre, voici quelques pistes de réflexion sur cette prise de conscience.

    Je te propose un parallèle avec Youtube, notre première télévision mondiale. Il y a 5 ans, lorsque tu disais en soirée que tu étais Youtuber, on te regardait avec, au pire un peu de condescendance, au mieux une curiosité amusée. Aujourd’hui – et merci la jeune génération ! -, les youtubers suscitent un réel intérêt. Pour moi, grâce à divers facteurs qu’il faudrait idéalement voir réunis aussi dans l’édition indépendante :

    1. Des figures de proue, reconnues par le grand public, et médiatisées par ailleurs (pense notamment au rôle de Canal + dans ce micro starsystem). Où sont nos équivalents auteurs de Norman, Squeezie, Cyprien… ? Chaque auteur a succès qui ose s’affirmer, haut et fort, indépendant, est un pas de plus vers la reconnaissance de ce statut. Pour le moment, j’ai le sentiment que la plupart de ceux qui ont rencontré la gloire sur Amazon se sont rangés après chez un éditeur. Mais peut-être que je me trompe ?

    2. Des label en auto-gestion et pourquoi pas création collectives (où est notre Studio Bagel, notre Golden moustache pour l’édition ?) D’ailleurs en littérature, les collectifs d’auteurs, hors éditeurs, ont toujours existé : des salons littéraires du XVIIe, aux soirées réunissant Zola, Maupassant, Huysmans… Vu que les éditeurs n’ont jamais mis de vrais moyens pour favoriser l’émulation entre leurs auteurs, l’auto-édition aura-t-elle cet impact ?

    3. Une professionnalisation du métier, tant abordée dans ces podcasts, parce qu’il faut soit se former à la mise en page, la relecture, etc., soit faire appel à des personnes qui s’y connaissent. Sur Youtube, depuis 2 ans, la qualité de certaines vidéos a franchi un seuil incroyable pour devenir ultra professionnelle.

    4. Du marketing, c’est-à-dire du savoir faire et du temps… Côté locomotive, Amazon semble mettre tout en oeuvre pour mettre en avant les indépendants, comme Youtube a su attirer et promouvoir les talents. Cela dit, il faut alimenter la machine… J’ai cherché des auteurs indés qui tiennent un blog ou un facebook de façon plus intéressante que juste des communiqués sur leurs publications. J’en suis quelques uns mais si peu ! Sont-ils, comme pour ma part, trop occupés par leur écriture de livres, qu’ils en oublient l’aspect communication ? Il ne faut pas oublier que sur Youtube, le succès de certaines personnes, outre leur talent, tient aussi au fait qu’ils ont pu gagner assez d’argent pour en faire leur activité principale.

    Oui, je n’ai pas vraiment parlé qualité littéraire (déjà souvent présente dans l’édition indépendante) mais marketing… et j’espère n’avoir choqué personne mais, pour enfoncer le clou : une “prise de conscience”, pour moi, ne pousse pas toute seule et passe par des moyens. Mais peut-être cette vision un peu tordue est-elle due à mon métier (oui, j’assume, je bosse dans la pub…).
    Par ailleurs, j’espère ne surtout pas m’être posé en donneur de leçons, car je suis bien mal placé pour ça. En tant qu’indé, je débute à peine depuis 6 mois et, à mon niveau, avec le peu de temps dont je dispose, je tente des trucs qui ne vont pas forcément fonctionner (en ce moment une interview interactive sur Youtube et un teaser de mon roman en dessin animé).

    Encore merci Cyril, pour ton apport et surtout ces multiples témoignages qui m’apportent, au quotidien, tant de motivation !

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