Joanna Penn : Les piliers pour réussir en indépendant

J’ai le plaisir et le privilège de travailler avec Joanna Penn sur son livre Comment publier un livre : Marketing pour auteurs , que je suis allé chercher, traduire et publier. Tout simplement parce que c’est un livre qui couvre l’étendue des activités de mise en vente et de promotion des livres. Parce que c’est un livre qui a une note moyenne de 4,8 étoiles sur Amazon.com avec 170 commentaires.

Joanna m’a accordé le plaisir d’une interview. Nous en avons profité pour parler de la traduction car c’est d’abord là-dessus que nous avons collaboré, mais aussi des leçons et des stratégies les plus efficaces qu’elle a développé depuis qu’elle publie en tant qu’indépendante.

Joanna

Bonjour Joanna, tu publies en indépendante depuis 2008. Cela fait un long parcours, n’est-ce pas ? Pourrais-tu résumer ton parcours pour ceux qui n’ont pas lu ta courte biographie ?

J’ai auto-publié mon premier livre pratique début 2008 quand je vivais en Australie. C’était avant que le Kindle soit international, avant que l’impression à la demande soit vraiment répandue, et avant que Facebook et Twitter deviennent les phénomènes mondiaux qu’ils sont aujourd’hui. J’ai créé mon site http://thecreativepenn.com afin de partager mon aventure et d’aider ceux qui traversaient les mêmes difficultés que j’ai dû affronter au fur et à mesure. Je me suis formée sur l’autoédition numérique, l’impression à la demande et l’audio, mais aussi sur comment faire la promotion et vendre des livres, ce qui était des nouveautés pour moi. Et bien sûr, j’ai continué à écrire pour développer ma maîtrise.

Puis en 2009, le Kindle a vraiment décollé et les choses sont devenues beaucoup plus faciles pour les auteurs qui voulaient s’autoéditer. J’ai commencé à écrire de la fiction en 2009, et j’ai publié mon premier roman en 2011, tout en continuant à écrire des livres pratiques. Aujourd’hui, j’ai vendu 350 000 livres dans 68 pays et 4 langues.

Es-tu plus auteur de livres de fiction ou de livres pratiques ?

Les deux en fait, comme de nombreux auteurs ! J’écris  de la fiction sous le nom de plume de J. F. Penn et des livres de non-fiction sous le nom de Joanna Penn. Je trouve que la fiction est un peu complaisante, car j’écris les récits qui capturent mon propre intérêt et j’espère ensuite que cela intéresse les lecteurs. Avec les livres pratiques, je cherche activement à aider les autres. Écrire dans les deux formes me permet donc de satisfaire à la fois mon envie de fournir des loisirs et mon souhait d’aider et d’enseigner.

Il y a peu, j’ai publié avec toi un livre en français, Comment Publier un livre, est-ce ton premier livre en français ?

Oui, et c’est génial d’avoir aussi un livre en français ! L’autoédition est en train de prendre son envol en dehors des pays anglophones et je suis ravie de faire partie de cette nouvelle vague.

À propos des traductions et des perspectives en termes d’activité, est-ce juste une petite part de tes revenus, qui grossit année après année ?

Les traductions restent une très petite partie de mes revenus pour le moment, bien que j’aie vendu des livres dans 68 pays, ce qui signifie que le marché mondial est en train de s’ouvrir aux livres numériques et aux ventes de livres sur internet. Je pense que nous verrons bientôt une accélération de la croissance propulsée par le passage au numérique des lecteurs, par la lecture sur les smartphones, et par le fait qu’ils attendent une plus grande variété de genres que ce que l’édition traditionnelle est capable de leur offrir. Je conseille aux auteurs qui veulent avoir des revenus décents avec leurs livres de se pencher sur la traduction en anglais, car cela reste le plus gros marché.

Es-tu à la recherche d’un contrat pour tes livres de fiction ?

Nous disposons tous d’une certaine réserve d’énergie, et je préfère utiliser la mienne pour créer de nouveaux livres, plutôt que d’espérer de nouveaux contrats. J’ai un agent et c’est lui qui s’occupe des contrats pour les droits à l’étranger, mais je reste une auteure heureuse d’être indépendante. J’ai publié mes sources de revenus en 2014, et ça marche bien !

Mais est-ce qu’il ne s’agit pas de créer une fois et de réutiliser ce que l’on a créé ?

Oui, et je serais ravie de signer des contrats de droits à l’étranger s’ils sont intéressants.

À part «J’aimerais traduire votre livre en xxx», qu’est ce que tu recherches chez un éditeur ?

Pour les droits à l’étranger, je rechercherais un éditeur capable de faire la traduction ET le marketing. C’est très difficile de faire le marketing dans une autre langue, même si vous trouvez un bon traducteur. Par exemple, c’est parfait de travailler avec toi car tu t’occupes vraiment de la traduction et de la promotion du livre ! C’est d’ailleurs un des arguments que tu as toi-même mis en avant.

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En ce qui concerne le livre et son sujet : la publication et le marketing des livres, quels sont les principaux changements qui ont eu lieu dans ton parcours et qui influencé ta perspective ?

Ma première expérience avec l’autoédition est celle qui a déclenché mon intérêt pour le marketing. J’avais décidé de m’autoéditer et j’avais fait imprimer 200 livres. Je pensais qu’ils allaient être vendus du jour au lendemain et je m’imaginais déjà riche et célèbre. Toutefois, il ne m’a pas fallu beaucoup de temps avant de me rendre compte que si je ne maîtrisais pas mieux moi-même la vente et le marketing, ces livres ne se vendraient pas d’eux-mêmes. De nombreux auteurs font cette même découverte quand un livre est publié — le jour de la publication n’est que le début ! Je décris cela dans L’arc de l’auteur autoédité (article en anglais).

Donc j’ai mis les mains dans le cambouis du marketing et j’ai commencé avec des méthodes traditionnelles, écrivant des communiqués de presse et apprenant à contacter des journalistes. Je suis apparue à la télévision nationale, et j’ai vendu… 100 livres. C’était assez désespérant ! Puis j’ai découvert le marketing sur internet, et j’ai décidé d’essayer de m’adresser aussi au marché américain, qui avec  260 millions de personnes représentait dix fois celui de l’Australie, et était plus mûr pour ce qui est des ventes numériques. C’est à ce moment que j’ai commencé à m’intéresser aux blogs, aux podcasts et aux médias sociaux et les ventes de mes livres ont explosé, ainsi que mon activité. Le marketing online offre aux auteurs un mode d’expression dans le marché numérique qui nous permet de vendre des livres dans le monde entier avec des outils qui nous sont accessibles dès aujourd’hui.

A quel moment as-tu écrit ce livre ?

J’ai écrit et publié la première édition en juillet 2013, avec déjà une bonne expérience, et je l’ai remis à jour en 2015. Mais il contient des principes de marketing plus que des outils spécifiques, et ces principes restent les mêmes, quels que soient les outils qui changent tout le temps.

Quels sont à ton avis les trois outils les plus utiles aujourd’hui pour étendre son lectorat et vendre plus de livres ?

  1. Il faut avoir son propre site web, son propre hub sur internet où vous pouvez mettre en avant tous vos livres et où les lecteurs peuvent en savoir plus sur vous et votre marque. Cela peut être un simple site web où vous liez les pages de ventes chez les distributeurs (par exemple, mon site d’auteur de fiction http://www.jfpenn.com est assez statique), ou cela peut être un site plus riche en contenus et plus développé qui attire les lecteurs vers vous et devient le centre de votre activité (par exemple mon site http://thecreativepenn.com, qui a beaucoup plus de contenus que juste des pages de vente de livres). Si vous voulez sérieusement vous engager dans cette carrière, il faut que vous ayez la propriété de votre nom de domaine et payiez pour votre hébergement. J’ai fait un tutoriel en anglais qui peut vous aider.
  2. Vous devez créer votre propre mailing-list, comme cela, quoiqu’il se produise au cours du temps, vous pourrez toujours rentrer en contact avec vos lecteurs. Si Amazon disparaît, ou change les règles, si les éditeurs eux-mêmes disparaissent, vous serez toujours capable de vendre des livres si et seulement si vous avez une mailing-list de lecteurs. La plupart des auteurs utilisent Aweber ou Mailchimp, et ont une stratégie de cadeau gratuit qui attire les lecteurs. Voici comment moi j’ai développé ma mailing-list de livres de fiction.
  3. Vous devez écrire plus de livres. Si vous avez plus de trois livres d’un genre que les lecteurs peuvent apprécier, par exemple trois livres dans une série de fiction, ou trois livres sur l’agriculture bio, vous aurez beaucoup plus de succès dans la vente de livres qu’avec un seul. Vous avez plus d’espace dans les rayonnages virtuels, vous avez plus de potentiel pour faire des promotions de prix ou offrir un livre gratuitement. Vous deviendrez aussi un meilleur auteur. Il y a beaucoup d’autres manières d’obtenir de l’attention, mais à la base, nous devons attirer des lecteurs, donc donner leur un avant-goût de vos livres, et avec de la chance, ils viendront vous en acheter d’autres.

C’est marrant, c’est exactement ce que je recommande aussi, et j’ai aussi fait des tutoriels sur ces sujets.

Tu es anglaise (ou néo-zélandaise, parfois je me demande 😉 mais est-ce que le marché britannique est ton premier marché ?

Je suis Britannique, bien que j’aie vécu en Nouvelle-Zélande pendant 7 ans et en Australie 4 ans. La plupart des ventes de mes livres sont aux États-Unis, qui est le marché le plus mûr pour les ebooks. Les marchés secondaires sont le Royaume-Uni, le Canada puis l’Australie pour le moment.

Mes ventes se partagent à 60% aux États-Unis, 30% Royaume-Uni et le reste est sur les autres plus petits marchés.

Est-ce que les choses ont changé entre la première et la seconde édition de Comment publier un livre, est-ce que les volumes ont augmenté, ou est-ce que c’est devenu plus difficile pour un indépendant de faire la différence ?

Le livre a pour but d’offrir un panorama des stratégies pour faire du marketing, quels que soient les outils ou les astuces. Par exemple, les bases du marketing comprennent l’entonnoir : Attention, Intérêt, Désir, Action. Les moyens d’obtenir de l’attention changent, mais les concepts restent les mêmes. J’ai quand même rajouté une partie sur le marketing avec les images dans la deuxième édition, car c’est un mode de communication qui s’est développé. Toutefois, qu’il s’agisse de Pinterest, Instagram ou les vidéos de pub Facebook, les concepts de marketing ne changent pas.

Avec l’évolution du marché des indépendants, nous avons aussi vu une professionnalisation qui touche aussi les compétences marketing. Les auteurs n’ont plus peur de contacter les lecteurs. Souvent, ce contact est même plus humain que de croiser quelqu’un dans un salon de livres.

Tu es supporter de l’idée “d’aller large” (moi aussi). Malheureusement, c’est difficile de convaincre les gens d’être exclusivement sur Amazon. Que dis-tu aux gens pour essayer de les convaincre d’essayer ?

J’ai été virée de mon boulot en 2008, en même temps que 400 autres salariés de mon département. En rentrant chez moi ce jour-là, j’ai réalisé que j’avais donné à une entreprise le contrôle complet de mes revenus, et qu’avec une seule décision, ils avaient détruit mes ressources. J’ai décidé ce jour-là de ne plus laisser à une seule entreprise le contrôle de mes revenus, et c’est une des raisons pour lesquelles je publie en général sur toutes les plateformes, “large”.

Il faut prendre en compte aussi que suivant les marchés, les gens lisent de manière différente et sur différents appareils et que vous voulez vous adresser à tout le monde. En Allemagne Tolino aurait une part de marché supérieure à Amazon. En Chine, l’iPhone est le smartphone dominant et il arrive avec iBooks installé par défaut. J’ai vendu des ebooks en Afrique subsaharienne avec Kobo, et en Indonésie et en Amérique Latine. Il y a de nouveaux services qui apparaissent sur les marchés locaux chaque mois et cela va continuer. Un marchand ne peut pas escompter dominer le monde entier. Et nous savons une chose : l’achat sur mobile et la lecture sur mobile vont continuer à se répandre. Aux États-Unis, les jeunes lisent sur leurs mobiles.

Je t’ai vu dans deux coffrets : celui qui a atteint le classement des bestsellers du New York Times et un autre avec David Gaughran et la paire Sean Platt et Johny B. Truant. Nous n’avons pas encore beaucoup de coffrets de ce genre en France. Conseillerais-tu aux auteurs indépendants de s’y essayer et quels sont les points importants ?

Les coffrets sont fantastiques, pour plusieurs raisons différentes.

  1. Les coffrets d’un auteur unique permettent d’offrir des produits avec une réduction afin que nos lecteurs fassent une bonne affaire, mais aussi avec un prix plus élevé. Donc j’offre ma trilogie thriller à Londres en un coffret. Oui c’est moins cher que les trois livres séparément, mais je touche des royalties agréables.
  2. En dehors d’Amazon, il est possible de mettre des prix supérieurs à 9,99 € et de toucher quand même des droits élevés, donc par exemple je propose une Boite à outils pour les auteurs sur Kobo et iBooks que je ne propose pas sur Amazon car elle est à 13,99 USD. C’est un bon moyen d’augmenter vos revenus, et en fait, une grande part de mes revenus sur Kobo provient des coffrets.
  3. Les coffrets multiauteurs sont un bon moyen de faire la promotion de vos livres avec d’autres auteurs du même genre. C’est plus un moyen marketing qu’un moyen pour augmenter ses revenus, donc faites bien attention à avoir clairement un moyen de capitaliser avec des inscriptions à votre mailing-list.

Dans mon expérience, les coffrets ne cannibalisent pas les autres ventes, ils captent en fait un autre public. Donc oui ! allez en publier. Vous avez juste besoin d’une autre couverture et du fichier qui contient déjà des livres déjà publiés, alors pourquoi pas ?

Joanna, merci beaucoup de nous avoir apporté ton éclairage sur tous ces points. Où peut-on te retrouver ?

Merci de m’avoir permis de faire croire que je parlais bien français. On peut me retrouver bien évidemment sur mon site http://thecreativepenn.com pour tout ce qui concerne l’édition et l’entrepreneuriat créatif. Sinon, je suis très souvent sur Twitter @thecreativepenn. Enfin, vous pouvez retrouver mes autres livres en anglais sur les distributeurs principaux d’ebooks.


 

Vous pouvez retrouver le livre de Joanna sur les principales boutiques de livres numériques :

kobo

ibooks

kindle

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