Le classement des ventes Amazon, à la loupe, avec une règle de trois

Pourquoi s’intéresser au classement des ventes Amazon ?

3 choses distinctes m’ont amené à me pencher cette semaine sur la question du classement Amazon.

  • Une réflexion d’un auteur qui marche plutôt bien, qui est classé dans le top 20, et qui se posait la question de savoir si le prix du livre avait une influence sur le classement.
  • Les questions de différentes personnes sur la possibilité de participer à une offre éclair chez Amazon ou  l’offre du mois chez Amazon,
  • Un échange avec Jacques Vandroux, ou plutôt Jacqueline, qui devrait nous sortir un article sur le rapport entre ventes mensuelles et classement dans les ventes Amazon dès qu’elle aura fini de lire les 890 pages du dernier bébé de Jacques.

Qu’est-ce que le classement des ventes Amazon ?

Sur chaque page de description d’un livre Kindle, tout en bas de la page, il y a le classement de ce livre parmi les meilleurs.

classement

Certains auteurs ont tendance à regarder ce classement et à rafraîchir fréquemment la page pour voir leur livre évoluer.

Par ailleurs, pour le marketing, le classement des meilleures ventes d’Amazon est mis en avant par Amazon pour recommander de nouvelles lectures. Rentrer dans un classement catégorie ou dans le classement général, permet donc d’offrir une bien meilleure visibilité à vos livres sur Amazon Kindle.

Il faut savoir que l’algorithme, c’est-à-dire la formule mathématique utilisée par Amazon pour classer les livres dans les ventes est très simple, presque trop simple : il s’agit d’un classement par rapport au nombre de points de classement, tout en sachant que les points sont recalculés (toutes les heures pour le top 100).

Cela se passe comme ça :
Le nombre de ventes de la journée permet d’avoir un certain nombre de points.
Le nombre de ventes de la veille permet aussi d’avoir des points, mais un coefficient de 0,5 est appliqué.
Aux ventes de l’avant-veille, un coefficient de 0,25 est appliqué.
Bref, c’est presque une somme de suite géométrique (argh mes souvenirs de maths sont lointains).

Cela donne donc un certain nombre de points pour un livre. Prenons l’exemple du livre de Guillaume Musso la fille de Brooklyn : disons qu’il fait entre parenthèses (et je sors le chiffre de nulle part) 300 ventes le jour N, 250 ventes le jour N-1, 260 ventes le jour N – 2. Sa note sera alors de 300 + 250/2 + 270/4 = 490

Comparons le au livre de Marc Lévy l’horizon à l’envers, qui fait 100 ventes le jour N, 125 ventes le jour N – 1, 70 ventes le jour N – 2
100+125/2+70/4 = 180.

Ensuite appliquons un tri sur le nombre de points : Russo écrase Lévy car 490 > 180.

Mais si Levy fait 280 ventes tous les jours, cela lui fait 490 points, exactement autant que Russo, et pourtant Russo vend 810 livres, quand Levy en vend 840 sur la même période.

J’ai fait un tableau avec un autre exemple, pour que ce soit plus clair :

table
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Sur ce tableau, j’ai comparé la note de rang de trois livres aux destins différents, en introduisant des petites variations pour voir ce qui se passait. Le livre 1 démarre ses ventes avec une grosse opération de promotion, qui provoque beaucoup de ventes, le livre 2 part plus lentement mais attire plus de monde, le livre 3 part plus tard encore.

Là où le graphe montre des choses qui peuvent étonner les auteurs dans la vie de tous les jours, c’est quand des classements ne reflètent pas la réalité des ventes à un instant T. Vous devriez vraiment cliquer sur l’image pour la voir en grand…

On y voit des aberrations :

  • Dès le jour 7, le livre 2 vend plus que le livre 1, mais il est moins bien classé,
  • Idem au jour 11 entre le livre 1 et le livre 3,
  • Le jour 15, le livre 2 vend moins bien que le livre 1, mais a quand même un meilleur classement,
  • Regardez le jour 19. Qu’est-ce qui cloche ?

Ce graphe est évidemment simpliste, le nombre de livres et les volumes de la boutique Amazon rendant les variations nettement plus complexes.

Pour m’amuser, j’ai fait des variations sur le tableau ci-dessus, en donnant au livre 3 un démarrage en trombe avec 50 puis 45 ventes les jours 2 et 3. Donc plus que les deux autres livres.

Agrandissez en cliquant sur l'image
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Résultat : Même avec de meilleures ventes, ce livre 3 ne dépasse pas les deux autres. Il lui faut plus de temps pour y arriver.

Ce type de comportement, où le classement a une certaine “vélocité”, a le don de rendre certains chèvre, et d’agacer ceux qui ont tout misé sur une promotion d’une journée. Moi aussi, cela m’a agacé.

Expérience personnelle d’un lancement “raté”

Au début du mois de février, j’ai effectué le lancement sur qui me donne d’un livre de Christian Godefroy, mon père, destination succès.

Ce lancement a été un succès mitigé, car ce livre s’est bien placé dans les ventes de la catégorie santé bien-être, et a même atteint le rang 49 dans le classement du top 100 des ventes, mais le lendemain, il était redescendu. Le surlendemain était sorti du classement des tops 100.

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Mais les ventes elles-même s’étaient beaucoup plus écrasées.

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Cela m’a amené à reconsidérer mon appréciation du top 100 et du classement des ventes, et de la manière dont il faut faire sa promotion au moment du lancement.

Il faut par ailleurs savoir que je suis plutôt partisan du “long-sell” que du best-seller (surtout dans certaines catégories).

Par ailleurs, depuis début octobre, je surveille le classement de chacune des offres éclair, quand elles apparaissent. C’est-à-dire que j’enregistre toutes les heures le classement des livres qui ont été mis en avant par Amazon dans le cadre de la promotion offre éclair, dès qu’ils sont publiés.

Cela m’a permis de voir l’effet d’une offre éclair à chaque fois, mais aussi de connaître l’évolution du classement d’un livre au cours du temps.

J’en ai tiré la conclusion qu’une offre éclair, comme un lancement de grande envergure sont inefficaces pour faire monter un livre dans le classement des ventes et lui offrir ainsi une visibilité plus grande et plus pérenne.

Voici par exemple quelques graphes :

Graphe 1
Graphe 1
Graphe 2
Graphe 2
Graphe 3
Graphe 3
Graphe 4
Graphe 4
Graphe 5
Graphe 5
Graphe 6
Graphe 6
Graphe 7
Graphe 7

Ce qui est intéressant c’est de voir «l’écrasement» du classement après l’offre éclair. Je n’ai pas mis les titres, ni les dates, bande de petits espions ! Le graphe 5 m’amuse le plus, avec ses plateaux. Et j’ai pris des périodes similaires, d’environ une semaine.

Ceci est à comparer avec le même livre que le graphe 5, avec une offre sur un mois :

Graphe 8 - offre mois
Graphe 8 – offre mois

Cette offre sur la durée du mois a permis à ce bon roman de regagner pendant tout le mois une meilleure visibilité, qui s’est traduite par de meilleures ventes, qui s’est traduite par une meilleure visibilité, qui … d’un rang autour de 100, il est revenu à un rang autour de 10.

Quel avantage pour l’auteur ? Plus de ventes sur le moment, mais aussi plus de visibilité aussi pour ses autres livres, et il en a écrit plusieurs… Je ne lui ai pas posé la question, mais je ne serais pas étonné que la plupart de ses titres bénéficient à terme de cette opération, comme pour Wendall Utroi et le retour de Un Genou à terre dans le top 100 à la faveur du succès de L’enjeu.

Les limites de l’algorithme

Savoir comment fonctionne l’algorithme n’est pas tout, car le nombre de points d’un livre n’est pas une donnée absolue. En effet, le classement est fait par rapport à tous les livres. Donc si vous avez une très bonne note, mais que de nombreux autres livres ont aussi une très bonne note, votre livre ne va pas ressortir.

Pour reprendre l’exemple Musso/Lévy, si cinq livres ont une note autour de 490, le classement sera remis en jeu fréquemment, en fait toutes les heures.

Le nombre de commentaires, la note de commentaire, le prix n’ont aucune influence sur le classement dans les ventes

Le classement dans les ventes est complètement agnostique, il ne prend en compte que le nombre de ventes sur une journée et les journées précédentes. Les commentaires et les notes attribuées à un livre permettent d’avoir une bonne appréciation, au moment où un prospect se pose la question d’acheter votre livre, mais n’influe pas sur son classement dans les ventes.

Là dessus, je me repose essentiellement sur le travail de David Gaughran dans son livre Let’s Get Visible: How To Get Noticed And Sell More Books. Cela correspond aussi à la comparaison que je fais régulièrement entre le classement par popularité et le classement par ventes.

Le problème avec Kindle Unlimited

Les livres qui sont dans KDP Select, et font donc partie de Kindle Unlimited ne bénéficient pas de meilleures notes parce qu’ils sont dans le programme, mais chaque emprunt dans la bibliothèque KOLL, chaque téléchargement dans le cadre de Kindle Limited sont comptés comme une vente, et impactent donc la note classement du livre.

Tant pis si le livre n’est pas lu derrière.

Le livre bénéficie quand même d’une meilleure note grâce à cet emprunt ou ce téléchargement, et le crédit est automatique et immédiat.

Il est beaucoup plus difficile d’obtenir un rang que de s’y maintenir

Comme l’historique des ventes est très important et joue in fine beaucoup sur le classement dans les ventes, il est très difficile d’atteindre un rang. Par contre une fois qu’on y est, il est facile de s’y maintenir. Prenons l’exemple d’un livre qui fait 20 ventes par jour pour maintenir son rang par rapport à un nouveau livre qui fait 40 ventes par jour.

Oui, un livre nouveau qui fait des ventes régulières quotidiennement va voir son rang dans le classement des ventes s’améliorer mathématiquement, si les autres livres ont une note qui ne change pas. Le problème c’est que tout bouge en même temps.

Imaginons un livre qui fait 20 ventes par jour tous les jours, au bout de 10 jours, sa note sera de 40. Un nouveau livre qui arrive doit donc faire 40 ventes pour arriver au même classement. Ou 25 ventes pendant 3 jours pour atteindre le même niveau.
Un livre qui fait 100 ventes : il faut 6 jours à un livre qui fait 101 ventes pour le battre.

Le plus mauvais effet est celui de la hausse instantanée de l’offre éclair. Surtout quand on commence avec un mauvais rang. En effet, l’algorithme préfère des chiffres de vente régulier à des grosses modifications.

J’ai fait l’exercice avec un livre qui se vend à une unité par jour, qui bénéficie d’une offre claire qui lui permet de vendre 100 exemplaires, et revient un niveau de 10 livres par jour. Dans ce cas, sa note de classement passe de 100 pour le jour de l’offre éclair à 30 trois jours plus tard : il a bien sûr bénéficié de l’offre claire et est monté dans classement, mais cette pointe de vente ne suffira pas à le maintenir.

Les pré-commandes

La manière dans la boutique Amazon compte les pré-commandes est différente de la manière dont Kobo ou iBooks comptent les pré-commandes. Chez Amazon, les pré-commandes sont comptés comme des ventes au moment où elles sont effectuées, pas au moment où le livre est lancé.

Elles permettent donc de faire monter le livre dans le classement des ventes globales pendant la période de pré commande, mais elles ne permettent pas d’avoir un effet important le jour du lancement.
Sur iBooks, toutes les pré-commandes sont comptabilisées le jour du lancement, si bien que l’on peut avoir des chiffres de ventes qui sont très importants, et accéder directement au top 100.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire de pré-commande, cela reste intéressant dans le cadre d’une série notamment, quand on veut que les lecteurs achètent tout de suite le tome suivant, même s’il n’est pas disponible. C’est bien aussi pour amorcer un lancement.

Comment tirer parti de toutes ces informations ?

  • Un meilleur classement ne signifie pas forcément de meilleures ventes.
  • Il faut deux fois plus de ventes pour atteindre un classement.
  • Un pic de les vendre dans les ventes permet d’atteindre un meilleur rang dans le classement mais une croissance organique permet de le maintenir.
  • Les chargements dans le cadre de Kindle Unlimited ont une influence sur votre rang dans le top des ventes mêmes si les gens ne lisent pas votre livre.
  • Il vaut mieux faire plein de ventes tôt le matin que tard le soir (non je rigole).

Donc, quand vous faites une promotion, privilégiez le long terme. Un jour de promo n’a pas d’impact à long terme sur votre classement et sur la visibilité.

Préférez un lancement en douceur, et faites quelques ventes en précommande pour amorcer le classement. Crescendo c’est le meilleur. J’avais déjà appliqué cette approche en février, sans aller au bout de la démarche, que j’appliquerai la prochaine fois.

Pour avoir regardé un peu le classement iBooks, il me semble que celui-ci est plus simple et plus complexe à la fois. Le nombre total de ventes est plus important.

Le classement des ventes n’est pas le classement de la popularité. On parlera de celui-ci une autre fois 😉

Ne passez pas votre temps à regarder votre classement : c’est trop compliqué à suivre…

PS : ironiquement, un autre article a été publié cette semaine sur la même problématique, en anglais. Tout va bien, nous arrivons aux mêmes conclusions.

4 réflexions au sujet de « Le classement des ventes Amazon, à la loupe, avec une règle de trois »

  1. Pour résumer, mieux vaut être un moteur diésel et avoir besoin de temps pour démarrer qu’être une fusée et retomber aussi vite qu’on est monté 🙂

    Sur la non-influence des commentaires, j’avoue que je suis plus circonspect.

    S’ils n’ont aucune influence, alors les arrangements entre auteurs pour s’auto-attribuer des notes maximales seraient un coup d’épée dans l’eau ?

    J’aurais toujours tendance à me diriger vers un livre noté 5 étoiles qu’un qui n’en a que 3,5. Ensuite, aucune preuve que l’achat est lu. Surtout quand le livre est vendu moins de 5€.

    1. Bonjour Frédéric,
      cet article parlait uniquement du classement des ventes, et pas des autres mécanismes de la vente (ou de l’intérêt d’un lecteur). Les commentaires sont des preuves sociales, et il en faut. Ils ne jouent pas sur le classement des ventes. Ils jouent par contre sur le classement de popularité. Ils jouent aussi pour rassurer les lecteurs qui se demandent si le contenu est aussi bon que l’auteur ou l’éditeur le dit.
      Donc, offrir des exemplaires aux bonnes personnes dans l’espoir d’un bon commentaire est intéressant. Avoir des personnes qui apprécient le livre est bien, etc.
      Mais avoir un commentaire de plus ne permettra pas de progresser dans le classement des _ventes_.

    1. La lecture des pages n’a absolument aucune influence. Si Amazon avait un bon système pour savoir comment les gens lisent les livres empruntés, cela se saurait 😉 Or le scandale des livres pourris aux USA avec renvoi vers la table des matières etc à la fin a démontré que les tablettes savent uniquement que les gens ont lu la page max N.

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