Rapport AE Février 2016 : Amazon et le livre aux US

Prem’s !

J’ai reçu il y a quelques dizaines de minutes l’annonce du rapport Author’s earnings de février 2016. Je l’ai lu deux fois, pour essayer de tout comprendre et de juger encore une fois de l’exactitude des observations, mais je suis trop mauvais en maths pour les mettre en défaut.

Je vous livre une traduction des points saillants. mais lisez l’article d’origine en anglais, c’est mieux.

La nouveauté, c’est qu’ils ont changé leur modèle mathématique d’analyse, et sont arrivés à quelque chose de meilleur, plus régulier. Et qu’ils ont abordé les deux secteurs des livres papier et des audiobooks. Parce qu’ils pouvaient.

Premier constat : les indés sont en avance en ventes (unités) sur les ebooks, et de loin.

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La progression fulgurante aux USA est liée à un changement qui s’est produit en 2014-2015 sur la façon dont Amazon pouvait réduire les prix public des ebooks (en baissant sa marge), ce qu’ils ne peuvent plus faire aujourd’hui car les big-5 ont tous fait adopter un modèle “agent” et sont maintenant maîtres de leurs prix publics , qu’ils ont donc augmenté.

L’avance prise par les indés se concrétise sur la journée du 10 janvier sur Amazon.com avec :

  • 4 ebooks indés dans le top 10
  • 10 ebooks indés dans le top 20
  • 56 ebooks indés dans le top 100

Notez que ces ebooks ne sont pas comptés par les études que vous voyez sortir par ailleurs. Car les études en question prennent en compte les ebooks qui ont des numéros ISBN, et que les ebooks indés n’en ont pas. Donc, ils ignorent 56 des 100 premiers titres en volume de ventes, et plus de 40% du catalogue des ebooks.

Un peu comme si le SNE se basait sur les chiffre d’iBooks pour parler du marché des ebooks en France…

De toutes leurs données, ils extraient le fait que chaque jour de janvier, il s’est vendu 1_064_000 (merci de ne pas couper WordPress !) exemplaires d’ebooks.

1 064 000 ebooks, chaque jour.

Kindle Unlimited représente l’équivalent de 14% de ce volume de ventes. Voici le tableau :

Ventes quotidiennes Amazon US (Janvier 2016):

 TOTAL 1,064,000
Equivalence des ebooks KU autoédités 155,000
Ventes normales d’ebooks autoédités 293,000
Ventes éditeurs moyenne/petite taille 204,000
Ventes éditeurs Amazon  115,000
Vente des Big-Five 244,000
Ventes d’ebooks non catégorisées 53,000

 

J’ai le vertige. Pas vous ?

Ils rappellent que les 140 Millions de dollars de KU vont directement aux autoédités (rares sont les éditeurs qui y participent). Cette somme n’est pas non plus prise en compte dans les études.

Ils en tirent la conclusion qu’Amazon vend pour 2,1 Milliards de dollars par an d’ebooks, et qu’1 milliard ne rentre pas dans les études de l’industrie. Une paille.

Ce qui est terrible est de voir qu’en termes de revenus pour les auteurs, même si les Big Five font encore 40% du chiffre d’affaires, et les livres d’autoédités seulement 23%, ce sont les auteurs autoédités qui en profitent, avec 44% des royalties générées.

Prenez le temps avec ces deux camemberts :

Capture d’écran 2016-02-08 à 20.30.15 Capture d’écran 2016-02-08 à 20.30.20

Ils vont ensuite voir le marché des livres papier.

La stratégie des éditeurs majeurs (Big-Five) était d’augmenter les prix des ebooks pour que les lecteurs aillent acheter des livres papier en librairies. il faut croire que cette stratégie a échoué. En 2015, les réseaux de grandes surfaces culturelles ont stagné, les librairies indépendantes ont connu un petit mieux. Amazon a lui augmenté ses ventes.

En effet, dans le secteur du papier, le modèle “distributeur” a toujours cours (aux États Unis, pas de prix unique du livre, un distributeur peut baisser ses marges pour vendre à perte). Amazon a continué à offrir des rabais sur les ventes en ligne de livre papier, et a donc vu son volume augmenter.

Ce qui peut avoir un impact profond, c’est que dans la boutique papier d’Amazon, les indés sont logés «à la même enseigne» que les éditeurs traditionnels (contrairement au secteur de la librairie physique où la capacité à imprimer de nombreux exemplaires est essentielle). Il est donc possible que dans les mois à venir, les indés vendent aussi plus de livres papier. Les éditeurs ont toujours accès à des solutions de merchandising qui n’existent pas pour les indés toutefois.

Ils vont aussi voir les audiobooks. Là, Amazon est roi. Avec Audible, principal vendeur d’audiobooks sur iTunes, sur Amazon, et la plateforme ACX qui est la seule qui permette aujourd’hui à des indés de créer leurs audiobooks, ils sont déjà en position dominante.

A noter que le secteur audiobooks dans ce pays est beaucoup plus dynamique qu’en France.

J’ai passé de nombreuses informations intéressantes évidemment. Ce rapport est trop énorme pour que j’en fasse la traduction complète.

Si les Etats Unis préfigurent de ce qui se passera en France dans les années qui viennent, avec plus ou moins de similarité, il est bon d’être autoédité et de capitaliser sur ses droits pour publier des ebooks, faire des livres avec impression à la demande, trouver des partenaires pour faire des audiobooks. Et trouver de nombreux lecteurs. Est-ce que les politiques mettront encore en avant les intérêts (respectables) des éditeurs face à ceux des lecteurs pour bloquer la disruption Amazon ? J’ai peu de doutes là dessus.

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