Podcast épisode 27 : il n’y a que 72 heures de travail par semaine, Hélène !

Il ne faut pas croire que les auteurs indépendants sont des flemmards, hein, mais il y en a qui ont plus de projets que d’autres. Hélène Jacob fait partie de la seconde catégorie, et elle se fait remarquer par son enthousiasme pour aller dans de nouveaux projets, et pas de petits projets…

LN5

D’abord rédactrice, elle a développé depuis 2011 trois gros projets, en plus d’un travail plus “alimentaire” :

  • les romans de MIA,
  • les éditions Hélène Jacob (110 livres publiés, respect),
  • le tutobar.

On aborde ensemble tous ces aspects de son travail de créative entrepreneur. Et on passe plus de temps ensemble sur la crise de croissance d’EHJ, l’association d’édition qu’elle porte à bout de bras.

Je vous invite particulièrement à suivre sa démarche et la campagne de crowdfunding qu’elle mène pour aider les Éditions Hélène Jacob à grandir de manière plus importante. Car la survie de maisons d’édition comme celle-ci sert tous les auteurs indépendants et permet de faire bouger les lignes de l’édition en France. L’échec au contraire serait un présage assez noir pour l’ensemble des auteurs et des petits éditeurs. Vous trouverez plus d’infos sur le mini site d’Ulule sur le projet ici : https://fr.ulule.com/editions-hj/.

Vous pouvez la retrouver aussi avec ses trois sites, ainsi que sur Facebook et Twitter :

En tant qu’auteur, elle a publié son 7ème livre cette semaine, co-écrit avec Sébastien Cerise que j’avais interviewé dans l’épisode 14. On en parle longuement, car c’est le premier tome d’une trilogie, et ce genre d’aventure ne s’entreprend pas à la légère.

Bizarrement, ce livre est n°3 dans la catégorie “Isolation et insonorisation”.

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Vous pouvez écouter l’intégralité du podcast ici, ou le retrouver dans iTunes etc…


Cyril. – Bonjour ! Aujourd’hui, je reçois Hélène Jacob, qui est à la fois auteur, éditrice, qui tient aussi le blog MIA et qui fait des formations pour les auteurs autoédités, pour les gens qui veulent démarrer dans l’édition, sur le Tutobar. Bonjour, Hélène.

Hélène. – Bonjour Cyril ! Merci pour l’invitation !

Cyril. – Je t’en prie ! J’avais déjà reçu Sébastien il y a quelques mois dans le podcast et vous êtes, non pas un couple, mais une paire qui travaille ensemble et je me suis dit que c’était bien aussi de voir de l’autre côté ce qui se passait.

Hélène. – L’autre moitié !

Cyril. – L’autre moitié, exactement.

Hélène. – Tout à fait. Il était venu en juin, je crois, de mémoire.

Cyril. – Oui. Si tu me le dis !

Hélène. – Je crois que c’est ça. Juste avant l’été. Une super conversation. Je l’avais écoutée avec beaucoup d’attention.

Cyril. – Alors, depuis, j’essaie de faire des podcasts un petit peu moins longs, parce que c’était quand même presque une heure.

Hélène. – Oui, exact.

Cyril. – Mais, en même temps, ça va être difficile de faire moins d’une heure avec toi, parce que tu as aussi beaucoup de cordes à ton arc et plusieurs activités autour de l’autoédition. Donc ça a commencé comment ? D’abord, tu as fait du ghost writing. Et puis, tu as écrit un premier roman avec Sébastien.

Hélène. – Oui. On a commencé… Enfin, moi, j’ai commencé avec lui, effectivement, en écriture de guides, de lettres de vente, de webmastering, tout plein de choses, il y a maintenant huit ou neuf ans. Je ne suis plus sûre de la date exactement. Et en 2010, il m’a proposé… Puisque moi j’écrivais pour moi-même de la fiction depuis quelques années, il m’a proposé qu’on passe à la vitesse supérieure pour partir vers de la fiction, sur un thème qu’il avait en tête, important pour lui (donc Rémoras) sur lequel on est resté toute l’année 2011, en préparation, écriture, etc. pour sa sortie début 2012. C’est donc le premier, d’une longue série derrière.

Cyril. – Et à l’époque, vous aviez déjà prévu de faire de l’autoédition numérique sur Kindle, ou c’étaient d’autres…

Hélène. – Alors, on a prévu l’autoédition de Rémoras dès le début puisque compte tenu des thèmes qui sont abordés dedans, avec le pitch, compte tenu de nos compétences cumulées à tous les deux, de tout ce qu’on voulait faire nous-mêmes, etc. nous ne voulions pas d’édition traditionnelle, puisque moi, par ailleurs, j’ai deux livres édités déjà depuis 2009, 2010, dans une filiale d’Albin Michel. Donc je connais les avantages et les inconvénients, et je savais tout ce que je ne voulais plus voir autour de mes livres ! Donc le choix a été fait immédiatement, alors qu’on était encore en écriture, de tout faire nous-mêmes de A à Z, parce qu’on en avait les moyens, les capacités, les logiciels, tout ce qui allait bien, et on avait le passé professionnel nécessaire pour pouvoir le faire sans difficultés. Et donc ça a commencé comme ça.

Cyril. – Et vous l’avez publié sur Kindle en février 2012.

Hélène. – Voilà, oui.

Cyril. – Je crois que ça s’est très bien passé, mais je ne me souviens plus.

Hélène. – Oui, oui, ça s’est très bien passé, pour Rémoras et pour ceux qui ont suivi derrière, mais Rémoras, on n’avait entre guillemets que ça à gérer à l’époque, donc on a vraiment déployé une énergie, en communication notamment, importante, et on a bien vendu. On ne va pas se plaindre. À l’arrivée, puisque ça fera quatre ans en février, on a dû faire… Sur ce livre-là, je ne veux pas dire de bêtise : un peu plus de 12 000 ventes, je pense. Tout cumulé. Voilà. On a eu une prise d’option aux États-Unis pour une éventuelle adaptation par une boîte de prod américaine. On l’a sorti ensuite en anglais, deux ans plus tard. En version illustrée, également. Une version un petit peu particulière pour le papier. Une deuxième version papier. Voilà. Ça a été le début d’un cycle, en plus, puisque Rémoras, c’est le premier livre… C’est un gros livre, mais qui est suivi d’une longue nouvelle et d’une trilogie derrière. Les cinq sont tous reliés. Donc c’est un projet qui est devenu encore plus ambitieux par la suite.

Cyril. – Et puis, c’est un projet qui est fondateur aussi des Éditions Hélène Jacob et du blog MIA.

Hélène. – Tout à fait ! Donc le blog MIA, il est arrivé juste après la sortie de Rémoras, puisque moi, je voulais un espace dédié pour communiquer. Et en fait, on a été submergés, très rapidement, par une tonne de questions, commentaires, e-mails, de gens qui voulaient des conseils techniques, administratifs, littéraires… enfin tous les pans de l’édition possible ! Et je suis arrivée à un point, pendant l’été 2012, où je passais plus de temps à répondre aux gens qu’à avancer sur nos activités. Donc j’ai proposé à l’époque à Seb et à un troisième associé qui travaillait avec nous à l’époque, Gaël, plutôt que d’essayer d’aider les gens petit bout par petit bout, comme ça, de manière décousue, de vraiment transformer ça en une structure éditoriale, mais avec notre philosophie à nous. C’est pour ça qu’on a pris le slogan Pour les auteurs, vraiment ! C’est-à-dire qu’on a choisi de mettre en avant le numérique, de ne surtout pas reproduire le modèle antiécologique de l’impression classique, de placer les auteurs au niveau des royalties au cœur de l’activité : pas de leur donner 10 %, mais de leur donner 50 %. À l’époque, c’était même 70, au tout début. Etc. Donc de vraiment faire quelque chose de différent. En fait, j’ai pris tout ce que je n’aimais pas chez mon éditeur à moi. Ils ont d’autres avantages, hein ! Mais bon… Et j’ai dit : voilà tout ce que je ne veux plus ; on fait l’opposé. Je résume ! Grossièrement. Et c’est parti comme ça et on a eu quelques textes au début. Et puis, trois ans et demi plus tard, on en a 110 aujourd’hui. 55 auteurs. On est… Quand on ouvre les vannes pour les appels à manuscrits, on est débordés.

Cyril. – Oui, vous avez un carnet de publication…

Hélène. – On a un planning qui est plein, actuellement, jusqu’à l’été 2017.

Cyril. – Jusqu’à l’été 2017 !

Hélène. – Exactement ! Puisque la plupart des auteurs, chez nous, qui ont envie d’écrire d’autres titres, nous restent fidèles même s’ils n’y sont pas obligés contractuellement. Donc ils réservent leur créneau et l’aventure se poursuit. Donc c’est bien. C’est un très très beau résultat. En l’espace de trois ans et demi, moi, je suis très fière.

Cyril. – Donc ce n’est pas la peine d’envoyer ses manuscrits aux Éditions Hélène Jacob si vous voulez publier avant 2018.

Hélène. – Pour l’instant, on a bloqué, de toute façon, le dépôt, pour éviter justement la frustration et les déceptions. On y reviendra. De temps en temps, on réserve dans l’année une ou deux cases vides dans le planning, pour un nouvel auteur, parce que c’est bien, le sang frais, aussi. C’est important. Donc on fait des appels ponctuels, sur un genre qu’on a envie de mettre en valeur. Ça a été le cas en 2015 en fantasy et en littérature sentimentale. On a sélectionné un texte dans chaque catégorie. On avait eu beaucoup, beaucoup de propositions, effectivement. Et par la suite, on va certainement continuer de cette façon-là, parce qu’autrement ça ne sert à rien : on en reçoit cinquante en une semaine, le comité de lecture fume littéralement ! Et puis derrière, on dit aux gens : écoutez, de toute façon, c’est trop loin. Donc cette méthode est plutôt pas mal.

Cyril. – Oui, parce que vous avez quand même une ligne éditoriale qui est assez large.

Hélène. – Oui, volontairement, tout à fait. On essaye de rester… Moi, j’aime tous les genres, à la base, et je voulais que ça reflète qui…

Cyril. – Ça reste de la littérature de genre, mais c’est large.

Hélène. – Oui, c’est large, et on a de la litté générale, au milieu du roman…

Cyril. – Vous avez de la litté générale au milieu ?

Hélène. – Un petit peu plus classique, entre guillemets. Donc on a vraiment cette littérature générale de base, qui ne peut pas être rangée dans une case précise. Mais à côté, on a de la fantasy, du fantastique, de la SF, du polar, du thriller, etc. C’est bien pour le comité de lecture aussi : ils sont amenés à passer d’un genre à un autre, et ça, c’est sympa.

Cyril. – Oui. Il y a toujours les règles de fonctionnement des Éditions Hélène Jacob, à savoir : quand on envoie un manuscrit, c’est après nettoyage, relecture, relecture, relecture, relecture, correction… Vous intervenez quand même plus en milieu et fin de chaîne qu’en début de chaîne.

Hélène. – Ah non, on a tous les postes de la chaîne. Moi, je fais toute la préparation technique et le passage des outils initiaux et ensuite, j’ai un collègue, Thierry (qui est également au comité de lecture, d’ailleurs) qui prend un texte sur deux pour la préparation des textes et la relecture humaine, manuelle, avec tout le travail éditorial avec l’auteur. Le travail, chez nous, sur un texte, il y a à peu près cinquante heures sur chaque texte. Grosso modo. Selon la taille, évidemment. Et il faut savoir que même les auteurs maison qui connaissent bien notre fonctionnement, qui ont été briefés, formés, etc., qui ne sont pas outillés pour certains, n’ont pas encore bien pris la méthode professionnelle de la correction-relecture, nous fournissent des textes… Malgré tous leurs efforts, moi, j’opère à peu près 4 à 5 000 corrections par texte. En moyenne.

Cyril. – Oui. Non, mais, les corrections, c’est horrible !

Hélène. – C’est un boulot. Moi, je suis correctrice, à la base. Avant qu’on ait lancé EHJ, c’était un de mes métiers. Et c’est un vrai métier ! Donc quand on montre aux gens, d’ailleurs, le résultat, ils nous disent : « Ah bon, mais je pensais que mon texte était nickel ». Je dis : non ! Un texte nickel, d’abord, c’est…

Cyril. – Ça n’existe pas.

Hélène. – C’est un mythe, ça n’existe pas. Premièrement ! Et deuxièmement, si vous n’avez pas les outils, la méthode, et tout ce qui va bien, non, le texte ne sera pas nickel. Et c’est effectivement une des facettes de notre métier, en face, et ça prend beaucoup de temps pour avoir un texte de qualité à l’arrivée.

Cyril. – Étant correctrice, quand toi, tu écris, tu réussis quand même à écrire quelque chose qui est bien du premier coup ou tu travailles de la même manière, à savoir : j’écris un premier jet, ensuite tu fais une relecture, une correction, une relecture…

Hélène. – Ah oui ! Oui, bien sûr ! Tout à fait ! La relecture… Moi, je travaille… Alors, j’ai une méthode, qui avec le temps est devenue un peu dingue, parce que vu que je… On a tellement d’activités que je fais souvent passer MIA un peu en dernier. Parce que moi, je ne vais pas me disputer avec moi-même ou avec Seb. Donc c’est moins grave. Ce qui fait que, tel que… Je ne fais plus comme j’avais fait au début, pour Rémoras notamment, qui était de refaire l’étape de correction à la fin, une fois que tout le livre est écrit, etc. Nous, on travaille avec une méthode de grosse grosse préparation en amont pour tout ce qui est fond, de façon que tout notre livre est déjà écrit dans un tableau, si je résume grossièrement, et ensuite, quand je vais écrire, puisque la grosse partie plume de MIA, en l’occurrence, c’est moi, je vais corriger chapitre par chapitre, au fil de l’eau, et au fur et à mesure que j’avance, je laisse reposer. Les premiers chapitres. Et quand j’arrive à la fin du livre, je refais une, puis une deuxième passe, sur l’ensemble du livre, pour m’assurer (puisqu’il aura été écrit sur quatre, cinq mois) qu’on n’a pas de rupture de rythme imprévue, qu’il n’y a pas eu un moment où j’avais la grippe et ça se sent : je suis un peu mollassonne, que tout tient bien. Mais toute la partie orthographe, grammaire, conjugaison, stylistique, etc. a déjà été traitée en amont, ce qui fait que je vais beaucoup plus vite. Je n’ai pas besoin de me redire : mince, maintenant, il faut dégainer tous les outils. Non ! Ça, c’est ce qui nous permet de sortir un livre tous les six mois, aussi. Et des livres à 100 000 mots, donc ce n’est pas petit.

Cyril. – Et vous fonctionnez complètement sur un modèle planification, préparation du livre…

Hélène. – Tout à fait.

Cyril. – Tu parles de tableau Excel. J’imagine que vous avez un tableau Excel où vous avez les chapitres, les différents personnages, des choses comme ça.

Hélène. – Complètement. Celui des Affligés, c’est un tableau Excel à treize onglets. Parce que c’est une trilogie, que c’est un monde construit de A à Z, donc on a tout, tout, tout prévu en amont, de la couleur des cheveux de n’importe qui à la tête des arbres dans le monde en question, à… On a même fait une carte derrière, pour illustrer tout ça. Il faut qu’on soit tellement efficaces, nous, dans notre fonctionnement, puisqu’il va falloir que j’enchaîne 100 000 mots en moins de trois mois derrière, en ayant tout le reste à faire à côté. Donc pour Les Affligés, oui, ça représente treize onglets dans un tableau Excel puisqu’il a fallu vraiment tout, tout, prévoir en amont pour optimiser. C’est-à-dire que moi j’écris de nuit, pour MIA, quand il me reste un peu de temps et il faut que ça fuse. Je ne peux pas me permettre de m’arrêter une demi-heure en me disant : tiens, mince, si lui, il était mort…

Cyril. – Ah oui, il faut vraiment que ce soit déjà tracé.

Hélène. – Oui, je vais enfiler sur deux heures… 4 à 5 000 mots. Si je peux. Dans les bons moments. Il faut vraiment que ça aille très vite parce qu’on a deux, trois chapitres par semaine, qui doivent tomber. Donc tout est préparé en amont, et notamment parce que les moments où je vais écrire, de fait, Seb dort, lui ! Moi non ! Donc voilà, c’est une organisation en amont.

Cyril. – Tu ne peux pas le contacter pour lui dire : écoute, il y a un problème là, machin… Non. Il faut vraiment que ce soit déjà prévu avant.

Hélène. – Tout à fait. Tout est prévu en amont. La rythmique complète du livre… Et c’est ce qui nous permet de fournir aussi deux livres par an à ce rythme.

Cyril. – Oui, c’est vraiment la clé.

Hélène. – Oui, la clé. Et moi je la recommande, et j’en ai longuement parlé déjà à nos auteurs dans la maison, c’est un des sujets… Je vais le réaborder de manière plus précise, mais dans Tutobar, dans les tutos, donc, qui sont fournis aux auteurs, très clairement, je pense que la préparation est essentielle. Surtout pour les débutants, qui en sont à leur premier voire deuxième livre, parce que les textes qui ont manqué de structure, pour lesquels l’auteur s’est laissé porter par le vent, comme c’est un petit peu souvent le cas, malheureusement, c’est un peu un syndrome francophone, ça, le côté « je laisse la plume filer et on verra bien ». Moi, je peux le dire très clairement, quand on reçoit les textes dans notre maison d’édition, c’est visible comme le nez au milieu de la figure. C’est-à-dire que le… On se retrouve avec des livres décousus en termes de rythme, décousus en termes de temps fort, de temps faible, etc. On sent qu’il y a des moments creux, de vacuité, parce que l’auteur ne sait plus où il va, ou des longueurs, des choses qui auraient mérité d’être développées au contraire… Et cette préparation en amont à froid, elle permet au contraire… Elle ne va pas brider la plume, elle va l’encadrer et lui donner de la liberté, au contraire, derrière. Parce qu’on sera rassuré. On pourra dépasser les barrières, mais on aura des barrières qui permettent d’éviter de faire n’importe quoi. Et moi je suis une fervente aficionada, vraiment, de la notion de préparation. Et derrière, l’écriture peut aller très vite ensuite. Mais il faut se préparer.

Cyril. – Tu as des outils particuliers que tu utilises ? Donc vous utilisez Excel, ou l’équivalent d’Excel.

Hélène. – Pour l’organisation, oui. Dropbox, puisqu’on fait tout à distance. Forcément, j’ai oublié de le rappeler pour ceux qui ne nous connaissent pas, mais on est à 1 500 km d’écart, avec Seb, donc c’est tout Skype, Dropbox, tableaux Excel où on va préparer ensemble, en direct, pendant des conférences téléphoniques, tous les deux, pendant deux, trois heures. On va se faire une trentaine de sessions, réparties pendant plusieurs mois. Ça a été le cas pour cette trilogie en cours. Pour vraiment tout caler. Et on va renseigner ensemble les tableaux, les onglets, se faire à tour de rôle l’avocat du diable pour prévoir tous les cas de figure où on a pu oublier des choses, pour être sûr que c’est du béton armé et que derrière, il n’y a plus rien qui bouge ! Et ensuite, je peux me passer de sa présence en direct. Au moment où l’écriture arrive, c’est bon : on a tout qui est déjà dans les clous.

Cyril. – D’accord. Et ensuite, pour l’écriture elle-même, tu utilises Word ou des trucs un peu plus modernes ?

Hélène. – Oui. Word, pourquoi ? Comme je l’explique notamment dans un de nos tutos, sur Tutobar, parce que c’est un outil qui souvent, en plus, est mal aimé, à juste titre pour certaines choses, mais pour le coup, c’est un des outils que tout le monde a priori a sur son ordinateur. Et vu que nous, nous travaillons avec d’autres intervenants, notamment les bêta-lecteurs, qui dans la chaîne derrière nous vont être très proches, dans la chronologie, tout un tas de personnes, et que c’est un outil qui est compatible… C’est un peu un rond-point, Word. C’est comme ça que je le présente. Il est compatible avec tout un tas d’autres logiciels derrière, qui vont être là pour les conversions, pour les maquettes, pour tout un tas de choses. Donc c’est un point d’entrée qui moi me va bien. On a les maquettes toutes prêtes. Je travaille dans une maquette Word entièrement configurée, qui fait que quand je termine le livre, il est déjà prêt à être converti, dans l’absolu. Il est entièrement formaté. Et donc c’est un confort, une habitude, qui me va très bien.

Cyril. – Tu as cité à plusieurs reprises Tutobar, mais on n’a pas dit ce que c’était, et je ne sais pas si tout le monde sait ce que c’est, Tutobar.

Hélène. – Alors, Tutobar, c’est notre activité la plus récente, qui date d’octobre.

Cyril. – Septembre !

Hélène. – Alors, le vrai lancement, c’était octobre, mais on a commencé à en parler, effectivement, à la fin de l’été et courant septembre. C’est un site d’autoformation en vidéo, où on essaye de fournir aux gens un panel complet de tout ce qu’il faut savoir pour être ou auteur ou éditeur même, petit éditeur qui démarre, indépendant. En couvrant tous les domaines importants. C’est-à-dire bien sûr l’écriture, mais surtout la technique, l’administratif, distribution, etc. le marketing. En cumulant nos compétences, et en fournissant aux gens tous les outils qu’on utilise, nous, dans notre maison d’édition, pour qu’ils soient vraiment équipés de façon professionnelle, avec une démarche professionnelle. Donc on en est, là, actuellement, à une petite trentaine de tutos. On en a 65 en attente. On essaye de tenir le rythme chaque semaine, en passant, en quinconce, d’un thème à un autre. Pour que chacun puisse venir prendre ce dont il a besoin, et avec également un abonnement possible, qui fait qu’on a accès à tout tout le temps.

Cyril. – Donc ça couvre aussi bien le dépôt légal que l’inscription sur KDP, que le marketing, que…

Hélène. – Tout à fait. Alors, le marketing, c’est principalement Seb, même si moi je vais y venir un petit peu plus tard sur d’autres sujets. Il y a des codes couleur dans Tutobar, c’est facile de les repérer. Le marketing est orange ; distribution, administratif, c’est bleu ; la technique, c’est vert ; l’écriture, c’est rouge ; etc. Voilà. Donc il y a encore des sujets en attente. De temps en temps, je reçois un mail qui me dit : « Quand est-ce que vous faites… » Je dis : ça arrive ! Ça arrive ! C’est dans la liste d’attente. Parce qu’il faut les préparer. Ce sont des tutos qui vont de vingt minutes à cinq heures, pour certains, et qui sont fournis avec cinq vidéos, quatre fichiers… Donc c’est vraiment de la formation pro. Moi, je me fais plaisir dedans. Je reprends ma vieille casquette de formatrice, que j’ai eue pendant des années dans une autre vie. Et voilà ! On prend vraiment les gens à zéro, quand ils arrivent et qu’ils sont pleins de questions, et on essaye de les amener le plus loin possible, avec une approche où on peut juste picorer les trucs qui manquent, ou alors se dire : « Je me fais la totale et vraiment je me plante de A à Z sur mon temps libre ».

Cyril. – Donc 360° en passant pas tous les cadrans.

Hélène. – Voilà !

Cyril. – Donc, ça, c’est Tutobar.

Hélène. – Voilà, Tutobar.com et c’est vrai que c’est un site qui nous tient à cœur et où, petit à petit, on essaye d’amener les gens qui, sur le blog MIA, continuent par habitude de nous envoyer leurs questions toutes les semaines, qui vont de : « J’ai ma maquette CreateSpace qui marche de travers, qu’est-ce que je dois faire ? », « Je comprends rien aux ISBN, est-ce que vous pouvez me dire ? », « Pourquoi sur KDP on me dit ça, alors que ça »… On essaye de leur dire : voilà, on ne peut plus, sur le blog MIA, répondre à tous vents tout le temps. Parce qu’on a des questions qui n’arrêtent pas. Allez là, sur Tutobar, à tout moment vous avez vos réponses. Tout est bien rangé, vous pouvez trouver, et de manière beaucoup plus complète, les réponses à vos questions.

Cyril. – Oui, donc ça complète le blog MIA…

Hélène. – Ça complète le blog MIA, oui.

Cyril. – Qui lui, est un peu plus en retrait, maintenant.

Hélène. – Il est un peu plus en retrait, malheureusement, oui, parce que… C’est-à-dire que c’est un blog hybride. Le blog MIA, c’est notre blog d’auteurs, où on fait notre communication autour de nos livres, et où, pendant longtemps, il y a eu pas mal d’articles et de contenu autour de l’autopublication, mais qui de fait… Un article WordPress, même si j’ai tendance à faire des articles très longs pour essayer de mettre un maximum de choses dedans, ce ne sera jamais aussi efficace qu’une heure trente de vidéo commentée en direct à l’écran, avec des fichiers qui sont fournis. Évidemment ! On n’est pas dans la même catégorie. Le blog MIA, il donne des tuyaux, il donne des coups de pouce, il tente de démêler certains sujets, mais il y a tellement de choses à dire sur la publication, tellement de sujets possibles, que c’était le seul format, Tutobar, dans lequel on pouvait, en faisant les choses bien proprement et surtout en séparant les sujets ! Parce qu’autrement, on n’en finit plus. Et qu’à l’arrivée, ça représentera plusieurs centaines d’heures de formation.

Cyril. – Donc ça, c’est une bonne adresse pour trouver la réponse à la question qu’on se pose, quelle que soit la question.

Hélène. – A priori !

Cyril. – Alors, les Éditions Hélène Jacob, on revient dessus parce que c’est quand même l’activité qui a ton nom. Parce que Tutobar, c’est Tutobar, MIA, c’est MIA, mais les Éditions Hélène Jacob, c’est Hélène Jacob.

Hélène. – Oui, mais ce n’est pas ma faute ! À la base, ce sont les garçons, donc Seb et puis Gaël, notre associé des débuts, qui ont choisi. Alors, il y a une anecdote sur cette question-là. C’est que pour Seb (et d’ailleurs ça s’est vérifié par la suite !) il y avait moyen sur un gentil malentendu d’arriver à ce que les gens se mélangent les pinceaux entre nous et Odile Jacob. Et il m’a dit à l’époque : « Ça sera bien, les gens vont peut-être confondre ; il y a peut-être moyen de les attirer grâce à ça ; ça fait sérieux ; on pourrait croire autrement que tu es la fille de ou la petite-fille de, ou n’importe ». Et il trouvait important que ce soit un nom de femme, en plus, plutôt qu’un nom générique, un nom inventé, ou le sien en l’occurrence, parce que ça le faisait bien rigoler. Donc il m’a dit : « Non, non, Éditions Hélène Jacob ».

Cyril. – Les Éditions Cerise !

Hélène. – Voilà ! Donc on est partis là-dessus et effectivement, ça lui a donné raison, avec le temps. On a eu beaucoup de mails, de petits messages, comme ça, au gré du vent, de gens qui me disaient : « Mais au fait, vous êtes de la même famille que… » Non, pas du tout ! En tout cas, je ne crois pas, il faut que je redemande à mon mari, mais a priori non. Donc voilà, ça, c’est pour l’anecdote. Et en fait, on l’utilise très peu, le nom en entier. Généralement, c’est Éditions HJ, ou EHJ, même, pour aller plus vite. Et puis voilà. Il n’y a absolument aucun orgueil là-dedans. Moi, je n’avais rien demandé.

Cyril. – Non, mais d’un autre côté, ça porte ton nom, donc c’est quelque chose dans lequel…

Hélène. – Mais c’est mon bébé !

Cyril. – Dans lequel tu passes beaucoup de temps. Et justement, en ce moment, tu mènes une campagne de crowdfunding pour aider les Éditions Hélène Jacob à survivre.

Hélène. – Oui.

Cyril. – Ou à aller plus loin.

Hélène. – À aller plus loin dans de bonnes conditions.

Cyril. – Parce que ce n’est pas vraiment survivre. Survivre, c’est un peu négatif.

Hélène. – Non, ce n’est pas survivre ! C’est vraiment passer le palier supérieur. Là, on est un peu… On est sur le strapontin, actuellement. On est un peu coincés. En fait, pourquoi ? Parce que EHJ, c’est une association à la base. Où, comme je l’ai dit auparavant, on fait en sorte de beaucoup donner aux auteurs par rapport à ce qui se fait dans ce milieu habituellement, et où j’ai fait le choix au début de faire tout bénévolement pendant la durée nécessaire pour pouvoir thésauriser, développer des projets, développer à l’époque notre site, nos outils, nous équiper, faire plein de choses. Et le problème, c’est qu’on a été victimes de notre succès. C’est-à-dire qu’on a grossi beaucoup plus vite que prévu, d’une certaine façon. Donc on a une très belle progression depuis 2012, mais qui s’est faite tellement vite que là où j’arrivais à tenir ce travail bénévole au début, à côté de mon travail à moi, alimentaire, pour pouvoir vivre, j’ai été débordée par ma créature, si on peut dire les choses comme ça. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, c’est 40, 50 heures par semaine, EHJ. Pour tout faire. Parce qu’il y a beaucoup d’auteurs.

Cyril. – Avec 110 livres, déjà, publiés, plus ceux qui arrivent, ça fait quand même beaucoup de travail, tout ça !

Hélène. – Voilà. C’est deux livres par mois. C’est beaucoup de marketing. Beaucoup de technique. Beaucoup de contacts. Il faut développer les activités à venir. Les futurs partenariats. Les relations avec les auteurs, qui sont très demandeurs et c’est normal : ils sont nombreux. Donc je dois passer à peu près, ne serait-ce que ça, une heure trente chaque jour à juste traiter les mails d’échange avec les auteurs. Etc. Donc je me retrouve, là, à un point, où je suis un peu dans une impasse technique. D’un côté, je ne peux pas dire à ma famille : écoutez, j’arrête de travailler de manière rémunérée, je ne ferai plus que du bénévolat toute ma vie, et puis vous allez vous en contenter ! Et de l’autre, je ne peux pas baisser en qualité par rapport à ce que je fais dans EHJ en disant : tant pis, on ira deux fois plus vite pour préparer les livres, je gâche…

Cyril. – Oui, parce que sinon, c’est le début de la fin.

Hélène. – C’est le début de la fin, parce que là, c’est à mon sens, la roue libre qui consiste à gratter sur la qualité, gratter sur le temps qu’on passe à bien faire les choses. Et donc j’arrive à un point, un peu plus tôt que dans mes prévisions initiales, c’est pour ça qu’il y a cet appel à l’aide en ce moment, qui est qu’on a besoin, en fait, d’un soutien pour franchir la zone rouge dans laquelle on est, parce qu’on n’est pas très loin de pouvoir, avec les revenus de la maison, rémunérer ce fameux poste à temps plein dont on a besoin aujourd’hui de manière normale. On est encore un peu petits. On serait arrivés à ce point dans sept ou huit mois, je pense qu’il n’y aurait pas eu de souci. Et là, donc, cet appel, ce n’est pas pour survivre, c’est pour passer le cap et pouvoir continuer sur notre lancée tout ce qui est en fait dans les tiroirs. Comme je disais tout à l’heure, on a un an et demi de planning déjà fixé ; on a trois partenariats qui s’annoncent cette année ; on a beaucoup de projets très très sympas qui arrivent… Mais il va me manquer un peu de longueur de corde, si je peux dire ça comme ça aussi ! Donc voilà, l’appel sur Ulule, ce n’est pas pour faire ni de la mendicité, ni dire aux gens : « Venez subventionner mon poste de travail ». C’est bien plus large que ça. C’est que si je m’arrête, la maison s’arrête. Mécaniquement. Aujourd’hui, elle tient sur moi. Et je n’ai pas envie qu’elle s’arrête, parce qu’elle est formidable, cette maison ! Les auteurs, dedans, sont supers. On est très fiers de notre catalogue. Il y a une philosophie, chez EHJ, qui vraiment me tient à cœur et que je ne veux pas dénaturer. Je tiens à conserver cette notion d’auteur avec de bonnes royalties, d’écologie, de tout ce qui fait qu’on est qui on est depuis nos débuts. Et la seule solution aujourd’hui, si on n’a pas ces aides extérieures, ce serait de revenir sur nos fondamentaux. De passer peut-être en entreprise. D’avoir des associés actionnaires qui donc auraient le droit de demander, de fixer un certain nombre de conditions dans ce qu’on publie, les choix éditoriaux qu’on fait… Nos méthodes de publication. Etc. Et perdre cette indépendance, à mon avis, c’est aussi grave que de perdre la maison elle-même. Donc voilà. Voilà pourquoi Ulule. Et voilà pourquoi on appelle à l’aide, en espérant que les gens nous soutiendront.

Cyril. – Alors, il y a déjà des gens qui… Ce crowdfunding, vous l’avez lancé il y a quelques semaines, déjà. Il vous reste, au moment où on enregistre, vingt-quatre jours. Donc au moment de la diffusion, je pense, une quinzaine de jours. Il y a des gens de différents profils qui ont assisté la campagne.

Hélène. – On a… Voilà, des gens qu’on connaît. Des lecteurs, des personnes avec qui on a déjà échangé.

Cyril. – Des auteurs, eux-mêmes, aussi, j’imagine.

Hélène. – Voilà. Des auteurs eux-mêmes, qui sont montés au créneau, parce qu’ils sont (je pense vraiment, pour la plupart) heureux et fiers d’être dans cette maison pour tout ce qu’elle est, sa manière de fonctionner… Et comme eux sont en considération. On a des collègues auteurs, qu’on connaît depuis quelques années maintenant, qui se sont manifestés. Je ne vais pas citer de noms parce que certains ont demandé, justement, à rester anonymes, parce qu’ils ne voulaient pas que les gens… Ils veulent être bienfaiteurs anonymes. Je le respecte totalement, donc il n’y a pas de souci. Donc voilà : des collègues auteurs, quelques petites maisons d’édition qui se sont manifestées aussi, qui commencent tout juste et qui comprennent que notre action a peut-être indirectement de l’importance pour elles aussi, en termes de profil, de ce qu’on fait. Et on leur sert un petit peu, je pense, d’exemple pour certaines choses.

Cyril. – De fer de lance pour une nouvelle forme d’édition.

Hélène. – Voilà. Donc j’ai trouvé ça très très sympa aussi. Après, on a des amis d’amis d’amis, donc anonymes en ce qui me concerne, mais je les remercie chaleureusement pour leur soutien. Voilà, des gens de toutes catégories.

Cyril. – Et des contributions qui sont très différentes, puisque vous avez des contributions qui sont de petites sommes et des contributions qui sont plus importantes. Et tu le dis : « On a reçu des contributions énormes ».

Hélène. – Oui. Qui dans ce milieu-là, par rapport à qui on est, m’ont laissée sur les fesses. Bon, je lui passe une petite dédicace en direct, parce que vraiment j’ai été touchée par ses intentions : Marie-Aude, si vous m’entendez, si vous écoutez, merci infiniment ! Parce que Marie-Aude, là, ça a vraiment été du mécénat tel qu’on peut l’imaginer. Parce que, c’est la sensation que j’ai eue en échangeant des e-mails avec elle, elle considère qu’EHJ lui a permis, via les textes qu’on publie et via notre manière de faire les choses, d’ouvrir les yeux sur un certain nombre de choses. À la fois sociales, politiques… Donc on a manifestement une grande importance pour elle. Le fait qu’on survive et qu’on vive même mieux que ça derrière est important à ses yeux. Donc elle s’est manifestée déjà à deux reprises et je suis restée à chaque fois très émue et très perplexe en même temps, d’avoir réussi à créer une telle adhésion. C’est formidable, comme sensation. Et voilà : nous, ce qu’on espère à ce stade, c’est vraiment une propagation de notre message et le fait qu’on aura des tas de petits contributeurs. Et quand je dis « petits », ce n’est pas du tout mesquin comme terme. Je pense que la force d’un système comme Ulule, c’est l’union de multiples forces, justement. Il faut être très nombreux, et ça permet à chacun de donner très peu finalement, mais pour consolider le projet.

Cyril. – Je vais poser une question désagréable, mais je vais la poser quand même : si ça ne marche pas, est-ce qu’il y a un plan B qui ne passe pas par une réduction du nombre de publications, des choses comme ça ?

Hélène. – Alors, dans les divers plans B, C, D, etc. qu’on a derrière, il y a effectivement le risque qu’on soit amenés à réduire le nombre de publications, parce que c’est en grande partie moi qui les prépare. Si je ne suis plus là pour le faire, on ne va pas pouvoir continuer comme ça.

Cyril. – Oui, il faut que tu récupères des heures de travail.

Hélène. – Il y a des heures de travail. Comme je le disais : un texte, en moyenne, c’est quarante heures. Entre trente et cinquante heures de boulot ; ça dépend de la taille du livre. Ce sont des heures incompressibles. Ou alors, ça veut dire qu’on fait ce qu’ont pu faire certaines maisons de mauvaise réputation dans le passé, c’est-à-dire prendre les textes et les balancer comme ça. Et ça, c’est hors de question que j’associe mon nom à ce type de pratique : on fait un vrai travail éditorial.

Cyril. – Vous n’êtes pas un imprimeur.

Hélène. – Non, non, on n’est pas un imprimeur ! Et les auteurs qui pourraient réagir à ce podcast pourraient en témoigner : ce sont de longs échanges. Il y a un travail préliminaire sur un texte, qui dure, qui s’étale sur trois mois et demi. Sur chaque texte. Avec un planning assez dément. Et il est évident que si je ne peux plus consacrer les heures nécessaires à EHJ parce qu’il faut qu’à côté je travaille pour me rémunérer sur tout autre chose, à un moment, c’est faire rentrer un rond dans un carré ! Il va falloir diminuer le nombre de textes choisis, passer peut-être… Au lieu de faire vingt-cinq publications à l’année, ne plus en faire que six… On a essayé de réduire les coûts à droite, à gauche, en se passant de certains services qui à mon sens sont hyper importants aujourd’hui, en marketing, en… C’est du budget, qu’il faut mettre dedans. Donc ça va être la politique du gratter les sous à droite, à gauche. C’est vraiment très inconfortable pour continuer et développer correctement. Évidemment. Après, on a la solution que je mentionnais tout à l’heure, qui est celle de la transformation de la raison sociale. De ne plus être une assoce, mais de devenir une société avec du capital.

Cyril. – Et donc il faudrait avoir à ce moment-là des actionnaires qui mettent de l’argent dedans.

Hélène. – Des actionnaires qui mettent de l’argent dedans, mais qui de fait deviennent… Ont le droit de demander des comptes. Et pas que des comptes financiers ; des comptes au niveau de ce qu’on fait. C’est-à-dire, ce que moi je crains, c’est qu’on se retrouve avec uniquement de la publication dite rentable, donc dans des genres uniques avec une méthodologie qui ne me convient pas nécessairement pour faire les choses bien, et j’aimerais éviter cette solution. Parce que ce serait aussi la fin de notre indépendance. De notre liberté de penser et de faire les choses comme on l’entend. J’évite d’y penser pour le moment, je me concentre… On a jusqu’au 8 janvier. Je n’attendrai pas le 7, évidemment, pour réagir, mais je laisse passer au moins les fêtes, en me disant qu’on peut toujours avoir de gros miracles, de belles surprises, et des gens qui tout d’un coup se disent : « Mais il faut sauver cette maison ! »

Cyril. – Sauver le soldat Ryan !

Hélène. – Exactement !

Cyril. – Les campagnes, comme ça, de financement, elles se finissent souvent dans les dernières minutes.

Hélène. – Oui. Elles peuvent se finir dans les dernières minutes si un certain cap psychologique a été passé dans les jours précédents. C’est-à-dire qu’effectivement, dans le pire des cas, où on serait au même stade le 7 janvier qu’aujourd’hui, les gens laisseraient tomber l’affaire. En se disant : « 34 %, c’est… Le fossé à franchir est trop large pour pouvoir espérer que ça se fera. » Donc ils laissent tomber. Bon, il faut savoir que c’est sécurisé, Ulule. C’est-à-dire que si le projet n’aboutit pas, que la jauge n’est pas remplie, les gens sont remboursés et l’opération est dite blanche. Comme si elle n’avait pas eu lieu. Donc voilà : on va voir où ça nous mène et on continue de… On ne lâche pas. On communique, on communique, on essaye d’expliquer aux gens. De mettre de la pédagogie ! De leur expliquer pourquoi… C’est toujours bizarre de dire aux gens : aidez-nous à payer un temps plein. C’est un raccourci, quand on le regarde comme ça, on est en droit de se dire : « Elle nous enquiquine, celle-là, avec son boulot ». Mais comme je le disais, c’est indirect. C’est juste pour que je n’aie pas à aller travailler ailleurs et donc à laisser tomber la maison. Et parce qu’on est dans cette période où on est… J’aime bien cette phrase : trop petit pour avoir les épaules d’un gros, encore (il faut qu’on progresse un peu), mais on est déjà beaucoup trop gros pour fonctionner comme un petit. On ne peut plus faire dans le deux, trois heures, par-ci par-là. C’est une mission à temps plein.

Cyril. – Oui, le bricolage, c’est fini depuis longtemps, mais…

Hélène. – C’est fini depuis longtemps, et j’ai tenu… Et puis j’ai tenu aussi sur le plan humain. Ça fait déjà un an, pratiquement, que c’est comme ça. J’ai aussi atteint, un petit peu, la limite humaine des choses. Depuis le mois de mars, jusqu’à fin octobre, où là, j’ai dit : ce n’est plus possible, j’ai enchaîné des semaines de plus de quatre-vingt-dix heures. Et voilà. J’ai pris trois semaines de congés en trois ans. C’est aussi un risque pour la qualité de ce qu’on fait, que d’avoir la tête dans le guidon en permanence et de manquer de lucidité. J’ai la chance d’avoir un bon moteur interne, mais voilà, je suis humaine comme tout le monde, et à tout moment on peut avoir du sable dans les rouages. Donc il faut aussi que ça redevienne décent en termes d’énergie dépensée. Et c’est vrai que là, ça devenait impossible de fonctionner comme ça, à un tel rythme, qui n’arrête jamais, en fait. Voilà, donc on va espérer. Je veux y croire. Je veux croire que c’est possible, et espérer qu’Ulule va nous permettre de sortir juste de cette zone rouge. Et puis, si ce n’est pas le cas, eh bien on va essayer de déployer…

Cyril. – Et d’aller beaucoup plus loin, en fait.

Hélène. – Et on veut aller beaucoup plus loin ! On a des projets en attente. Un troisième mode de distribution papier, pour lequel on est en train de signer un nouveau partenariat pour l’année, mais c’est pareil : j’ai laissé les gens en stand by. Ça ne sert à rien de négocier les contrats et de signer quoi que ce soit si dans un mois, je leur dis : écoutez, toute notre mécanique est remise en question. Je fais patienter, et c’est très, très frustrant d’être aussi proche de ce palier et de se dire : on va peut-être ne pas l’atteindre. C’est un peu angoissant et un peu frustrant.

Cyril. – Donc par ailleurs, tu continues à écrire. Le livre dont tu parlais, il est sorti cette semaine ?

Hélène. – Alors, c’est une sortie du 21 décembre. Oui, c’est notre sortie… En fait, nous, on sort, MIA, tous les mois de juin, tous les mois de décembre. Donc c’est notre un, deux, trois, quatre, cinq, six, septième livre ! Je perds le compte ! Notre septième roman. Qui est le premier tome d’une nouvelle trilogie. En fantasy, cette fois. Qui devrait même être une double trilogie, en fait. Mais je n’en dis pas plus pour le moment, c’est en cours de…

Cyril. – Une double trilogie…

Hélène. – Une double trilogie, oui. Avec deux trilogies parallèles.

Cyril. – Deux trilogies parallèles, dans le même monde.

Hélène. – Dans le même monde, à quelque temps d’écart. Mais je n’en dis pas plus, parce qu’on est en train de choisir…

Cyril. – Vous êtes en train de refaire un Marvel Comics.

Hélène. – C’est un peu ça ! Donc là, c’est volume 1 : décembre 2015 et volumes 2 et 3 : juin et décembre 2016.

Cyril. – D’accord. Et ça s’est passé comme d’habitude : un plan, tout ça…

Hélène. – Oui. Le plan de la trilogie est écrit depuis le début. Ça a fait partie des quatre mois de préparation initiale. C’était l’intégrale plus le détail du volume 1.

Cyril. – Quand on fait une trilogie, comme ça, on écrit… Enfin, on planifie la trilogie dans le détail en entier ou on fait la trame générale de la trilogie, puis ensuite on se concentre sur le 1, puis le 2, puis le 3 ?

Hélène. – Alors, nous, on a découpé, bien sûr, 1, 2, 3, pour se donner le droit de retoucher certaines choses au fil de l’eau. Disons que les grands axes, les temps forts, les trucs incontournables, notamment la fin… Puisque nous, on part toujours de la fin : on considère que c’est la fin qui justifie le voyage derrière. Donc tous les temps forts de la trilogie sont écrits depuis le début. On a fait, donc, toute la trilogie, d’abord découpée intégralement. Tout le plan détaillé du volume 1 avant de se mettre à l’écrire. Et là, on est en train de terminer le plan détaillé du volume 2. Puisque je vais attaquer l’écriture après les fêtes. Parce qu’autrement on aurait passé huit mois en préparation dès le début. On ne pouvait pas se permettre de laisser les lecteurs sans rien trop longtemps. Tu connais comme moi l’importance d’une publication régulière.

Cyril. – Il faut. C’est indispensable.

Hélène. – Ça rentrait avec un chausse-pied, déjà, juste pour pouvoir publier tous les six mois. Puisqu’en plus on ne fait pas des petits livres. Nous, on est sur du 100 000 mots, là, sur cette trilogie, par volume.

Cyril. – Oui, donc c’est un bon roman, déjà.

Hélène. – Donc il faut tenir le rythme.

Cyril. – Ce n’est pas encore Jacques Vandroux, avec ses 120 000 mots, mais c’est quand même pas mal.

Hélène. – Ah, ça, nous, c’était Rémoras ! Rémoras, c’était 130. C’était le tout premier. Et c’est vrai que pour tenir six mois, le délai de six mois entre deux livres, à 20 000 mots près, ça compte quand même ! On serait forcé de se décaler petit à petit et c’est vrai que je tiens à ce rendez-vous semestriel avec nos lecteurs, et juin, décembre, c’est très bien pour ça. Juste avant les vacances d’été et juste avant Noël. Donc on… Le format découle aussi de notre rythme naturel pour travailler.

Cyril. – D’accord. Et justement, pour finir un peu aussi le podcast, je reboucle et je reviens sur la paire. Travailler à deux, collaborer ensemble sur l’écriture d’un roman, est-ce que c’est vraiment un gros accélérateur ? Quelles sont les choses dont tu ne pourrais plus te passer aujourd’hui et que tu n’arriverais plus à faire s’il s’agissait pour toi d’écrire un roman toute seule ?

Hélène. – C’est quand même un vrai plaisir que de relier deux cerveaux pour réfléchir à tout un tas de problématiques. Là, vraiment, au niveau du livre lui-même. Très fréquemment, l’un de nous deux va donner une idée. L’autre va lui dire : « Ah, c’est génial ! » ou « Non, c’est débile ». Parce que c’est comme ça qu’on se parle, avec Seb. Par habitude. On est un vieux couple d’associés ! Et on va avoir un système de rebond, une mécanique qui est assez géniale. Alors, il y a des trucs que moi, je vais faire toute seule au moment de l’écriture. Des derniers points de mise en scène, des choix de caméra entre guillemets. Là-dessus, il me fait toute confiance, il n’y a pas de souci. Mais c’est vrai qu’il y a une jubilation, et puis des crises de fou-rires… Enfin, des tas de choses qu’on ne peut vivre qu’à deux. En étant seul, c’est dur de se marrer devant ses propres vannes. Ce n’est pas évident ! C’est une mécanique… Je crois qu’on a beaucoup de chance. C’est-à-dire qu’en fait, quand je regarde les duos d’auteurs que je connais autour de moi, y compris chez EHJ (on en a quelques-uns), on a un duo qui est très très complice de cette façon, c’est le duo Walter et Lesieur, où pareil : ils sont chacun à trois mille bornes d’écart, donc ils font tout à distance quasiment. C’est un petit peu la même logique. Mais beaucoup de duos d’auteurs que je connais sont à mon sens moins complices ou peut-être plus des fois même dans une certaine rivalité. Pas chez EHJ en particulier ; d’autres, que je connais à l’extérieur. Là où nous, vu qu’on fait tout ensemble professionnellement depuis maintenant des années, on a en plus un peu le syndrome du vieux couple. C’est-à-dire que je commence une phrase, il la termine. Ou inversement. Je sais exactement ce que je peux faire sans lui demander son avis. On a une carte blanche naturelle réciproque, qui est hyper confortable. Par exemple, en ce moment, Seb n’est malheureusement pas très présent. Il a plein de modifs dans sa vie perso : déménagement, bébé en attente, etc. On le savait. Cette fin d’année, elle me retombe un peu sur les épaules et c’est comme ça. C’est… On fait en sorte que ça se passe bien. Jusqu’à ce qu’à partir de janvier, il puisse de nouveau être un peu plus dans la boucle. Et voilà : je sais que j’ai sa confiance à 200 % pour faire tout ce qu’il y a à faire. Et l’inverse serait vrai aussi. Donc on a un confort, une solidité, que quand on est tout seul, tout seul, tout le temps… Et je le sens bien en ce moment ; de temps en temps, je me pose des questions et je me dis : si Seb était là, il pourrait me répondre ! Parce que… On ne prend pas le même recul. Et c’est vraiment… Moi, je souhaite à tous les gens qui ont envie de tenter un jour l’expérience d’avoir cette qualité de collaboration, même si je pense qu’on est un peu atypiques et que la chance n’est pas donnée à tous. C’est un gros coup de bol à l’origine et c’est vrai que je m’en félicite. Même si je n’y suis pour rien ! Mais tous les jours, je me dis : c’est cool ! C’est vraiment bien qu’on ait eu cette possibilité.

Cyril. – Merci beaucoup, Hélène.

Hélène. – Mais avec grand plaisir. Merci à toi !

Cyril. – Donc rappelle-nous tous les endroits où on peut te retrouver.

Hélène. – Alors, côté sites Internet… Tu as le blog MIA : www.leblogmia.com. Nous avons la maison d’édition, cette fois-ci : www.editionshelenejacob.com. Tutobar : www.tutobar.com, pour les tutos auteurs et éditeurs indépendants. On nous retrouve sur Facebook aussi bien pour nos trois profils. Donc là, il suffit de taper un petit mot-clé : MIA ou Tutobar ou Éditions HJ. On nous retrouve aussi ! On nous trouve chez Twitter, chez Google Plus. On nous trouve à plein d’endroits ; je ne vais pas donner toutes les adresses !

Cyril. – Mais les principales…

Hélène. – Les principales, je viens de les mentionner. Et puis, chaque site renvoie aux bons endroits. Il n’y a pas de problème.

Cyril. – Voilà. Et puis si tu publies des bêtises ou des vidéos, c’est plutôt sur Facebook ou sur Twitter qu’on te retrouvera ?

Hélène. – Youtube, également : on a une chaîne pour chaque activité. Nos bêtises, c’est surtout avec MIA, parce qu’avec EHJ il faut qu’on soit un peu plus sérieux, quand même. Un minimum, quoique !

Cyril. – Vous représentez des auteurs qui n’ont pas forcément le même humour que vous.

Hélène. – Certains sont bien fous aussi et on se marre bien parce qu’on publie leurs vidéos, pour le coup. Mais les nôtres, les moments de déconnade, tout ça, ça se passe surtout sur la page Facebook de MIA et la chaîne Youtube de MIA.

Cyril. – D’accord. Merci encore pour cet entretien.

Hélène. – Avec grand plaisir. Merci beaucoup.

Cyril. – Et puis on croise les doigts pour Ulule.

Hélène. – Tous les doigts ! Merci.

Cyril. – Tous les doigts… Ça y est, j’y arrive ! À bientôt.

Hélène. – À bientôt, merci !

Une réflexion au sujet de « Podcast épisode 27 : il n’y a que 72 heures de travail par semaine, Hélène ! »

  1. Magnifique podcast !
    Qui permet de comprendre pourquoi les membres de l’équipe sont tellement motivés par cette belle aventure…
    Ça ne peut pas s’arrêter comme ça !
    Il faut que cela réussisse !

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