La production et la vente de livres audio avec Kobo

Pas la meilleure heure pour en parler, mais je vous invite à écouter la table ronde qui s’est tenue hier pendant le festival du quai du polar sur le livre audio. Au moins, sur mon blog, cet article devrait être accessible pendant un peu plus longtemps qu’un post Facebook.

La première partie est la plus intéressante (celle avant mon arrivée fracassante et ma monopolisation du micro).

https://www.sondekla.com/user/event/8932

Si vous suivez mon blog, vous savez peut-être que le livre audio est un de mes domaines de prédilection (j’ai publié une vingtaine de titres depuis 2016) et je suis ravi de voir Kobo arriver sur ce marché pour le dynamiser et apporter son grain (et ses contenus exclusifs). On y parle abondamment de certains livres que j’ai édités (hhhmmm, Brooklyn Paradis, de Chris Simon), et l’idée pour moi est d’ouvrir les portes aux indépendants et aux nouveaux sur ce marché à la fois excitant et exigeant. Agnès Panquiault le fait abondamment avec sa vision de libraire, et Chris et Philippe Saimbert apportent leur propre expérience d’auteur : un panel complet.

Table ronde Livre audio à Livre Paris 2018

Le samedi 17 mars, Chris Simon m’avait invité sur le stand de Book’n Series pour parler du livre audio. Plein d’espoir, j’avais emporté un enregistreur pour essayer de capter la présentation et les échanges.

Toutefois, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin : impossible de faire une présentation et de se concentrer sur les discussions avec d’autres auteurs tout en contrôlant la qualité de l’enregistrement.

Ce que j’ai enregistré est donc pitoyablement nul, trop de bruit alentour. Désolé pour ceux qui voulaient suivre la présentation à distance.

Par contre, j’avais bien préparé quelques notes pour ne pas faire une présentation trop décousue. Je les mets donc ici en téléchargement PDF.

http://edition-ebooks.s3.amazonaws.com/ebooks/LivreAudioSDL18.pdf

Ce n’est pas tant ce que j’ai raconté qui était intéressant (j’ai tendance à me répéter comme un vieux gâteux), que les questions et les interventions avec les milliers de personnes qui assistaient à la présentation (que je remercie chaleureusement de ne pas m’avoir laissé tout seul). Je suis désolé, elles sont perdues à jamais.

Comment arnaquer Amazon et les lecteurs (et donner une image négative des livres numériques en prime)

Vous avez peut-être entendu parler de diverses arnaques sur Amazon, ou d’abus des outils mis en place par Amazon, notamment Kindle Direct Publishing. Vous vous êtes dit que ça n’arrivait qu’aux États-Unis, que nous étions à l’abri de ce genre d’abus ?

Détrompez-vous ! Depuis quelques mois, ce genre de livre de qualité médiocre arrive sur Amazon Kindle France, et les abus se développent.

Si ça vous intéresse vous aussi de vivre à la marge, en profiteur du système, abuseur en sous-marin, voici quelques astuces pour berner les lecteurs et lectrices de la plateforme en leur donnant des ebooks, en abusant de Kindle Unlimited…

Il vous faut du contenu

Oui, désolé de vous le dire, mais il vous faudra des livres. Vous n’êtes pas obligé de les avoir écrits vous-même, vous pouvez très bien avoir fait appel à un ghostwriter (en France avant on disait nègre, maintenant il faut dire prête-plume).

Par exemple, cherchez ghostwriting sur Google et vous trouverez des pistes, notamment sur Fiverr.

D’autres sites ont existé, ont disparu. C’est en dénouant le fil d’un ebook présent dans le top 100 que j’en ai trouvé : donc oui, on peut faire écrire ses livres par des prête-plume pour ensuite les mettre dans le top 100.

Sinon, vous pouvez utiliser la technique du traducteur automatique, appliquée avec brio par « Pigeon », un livre que C.C. Mahon a pointé du doigt. Une perle ! Si vous réussissez à comprendre l’histoire, éclairez-moi, car depuis que j’ai regardé l’extrait, mes yeux saignent.

Il vous faut une bonne couverture

Si vous êtes dans un genre romantique ou vaguement érotique, vous aurez toutes facilité pour trouver des photos et couvertures à plaquer sur votre livre. Ne vous fatiguez pas à en changer tout le temps, vous pouvez prendre la même image pour plusieurs livres, ou prendre plusieurs images de la même série pour illustrer différents romans.

Il vous faut un bon titre

Soyez créatif, que diable ! Par exemple, utilisez le mot clé « millionaire », personne n’a jamais écrit de romance mettant en scène un millionaire et un bébé.

Si le titre ne vous convient plus au bout de 2 mois, changez-en, et faites le jeu des chaises musicales avec vos couvertures, remplaçant une photo par une autre avec un nouveau titre. Et republiez le même livre. Ce qui est important, c’est d’avoir l’impression d’avoir un nouveau livre, super, avec un contenu exclusif, une histoire jamais racontée (et tant pis si c’est la même histoire que vous recyclez pour la 5ème fois).

Il faut le mettre dans Kindle Unlimited

C’est très important : si vous voulez avoir de la visibilité, votre livre doit être gratuit pour toute une catégorie de lecteurs. Dès qu’ils empruntent ce livre, vos lecteurs vous font monter dans les classements et vous pouvez peut-être atteindre le top 100.

Ajoutez de l’huile de coude

C’est là que ça devient vraiment difficile : il faudrait trouver une ferme à clic, d’une manière ou d’une autre. C’est à dire des personnes ayant pu s’inscrire à Kindle Unlimited gratuitement (avec l’offre d’essai par exemple), qui veulent bien télécharger votre livre contre une rémunération faible.

Disons que vous trouvez une ferme qui vous garantit 50 téléchargements en une journée. C’est normalement assez pour être dans le top 100. Au prix pratiqués dans certains pays d’Asie, cela ne vous coûtera pas très cher.

Ensuite, c’est bien si ces 50 téléchargements donnent lieu à 50 lectures (je vais jusqu’à l’emplacement final, soit emplacement 2345).

Un peu de maths

Je parle de chiffres hypothétiques, et je n’ai pas les coûts réels sous la main. Mais je projette ce qu’on peut gagner avec ce genre de démarche. J’ai regardé un de mes livres qui est dans Kindle Unlimited, et qui fait donc 94 pages en mode KENPC. Si je vais à la fin de ce livre sur ma Kindle, je suis à l’emplacement 600 et quelques. On peut donc supposer qu’il faut 6,8829 emplacements pour faire une page KENPC.

Par conséquent, un livre qui a 2414 emplacements, si je vais à la fin, on a donc lu 350 pages KENPC…

Au mois de février, la page lue KENPC valait un peu plus de 0,46 centime. 0,0046 euro. Donc avec un livre qui fait 350 KENPC, chaque lecture rapporte 1,61 €. On n’a même pas besoin de lire le livre en entier, puisque Amazon ne retient que la dernière page lue dans le livre.

Avec les 50 téléchargements lectures supposés plus haut, on a donc gagné :

1,61 x 50 = 80 euros

Et ceci sans tenir compte des pauvres lecteurs/lectrices qui, ayant vu ce livre dans le top 100, ont téléchargé voire acheté ce livre dans Kindle. À 2,99€, cela fait quand même 2 € environ de redevances supplémentaires.

Même si le prix de l’emprunt Kindle avec lecture est de 1€, on est gagnant, de 30 euros. On peut donc reproduire cette démarche le jour suivant, la semaine suivante, etc.

Et quand le livre n’est plus assez visible ou récolte trop de mauvaises étoiles, que fait-on ? On lui rachète une virginité en changeant le titre, la couverture. Pourquoi pas le nom d’auteur aussi…

Comment reconnaître ce genre de livre ?

Vous voyez un livre dans le top 100 avec une très mauvaise note, voire sans note ? Il n’est pas en précommande ? Il est disponible dans Kindle Unlimited ? Vous tenez quelque chose… Tirez sur le fil en allant voir les autres livres de l’auteur (cela peut être un raté avec un premier commentaire mauvais sur ce qui sera en fait LE roman du 21ème siècle !).

Qu’est-ce qu’on en a à foutre ?

Sur le principe, on pourrait dire que c’est gênant, mais pas grave : après tout, si les gens sont assez simples pour tomber dans le panneau et acheter ces livres… Sauf que…

Vous savez comment fonctionne la rémunération dans Kindle Unlimited, si vous y avez mis vos livres ? Amazon fait un gigantesque pot commun de toutes les sommes versées par les abonnés, rajoute une prime parce qu’ils sont contents, et ensuite compte le nombre de pages lues dans le monde entier sur un mois et redistribue cette cagnotte.

Les personnes qui adoptent ce genre de technique pour jouer avec la visibilité et faire en sorte d’avoir des achats et des lectures dans le cadre de Kindle Unlimited sont rémunérées avec l’argent du pot commun. De l’argent dont une partie pourrait vous revenir si ces abus n’existaient pas (et que vous êtes vous-même sur Kindle Unlimited).

Deuxième impact : la qualité et la perception des livres numériques sur Kindle. Les 5 livres que j’ai trouvés aujourd’hui sur la boutique ne sont pas nuls, mais pas géniaux non plus. Ils ne méritent probablement pas d’avoir autant d’exposition, ni de trouver beaucoup de lecteurs. En tout cas, les lecteurs qui ont laissé des commentaires ont souvent dit ce genre de chose.

In fine, cela rejaillit sur les autres auteurs qui publient sur Kindle, et donne du grain à moudre à ceux qui disent que sur Amazon, on trouve des arnaques, donc il ne faut pas y acheter de livres.

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark, et cela concerne tous les auteurs qui publient sur Kindle, pas seulement ceux sur KU.

Les lectures numériques s’intensifient

Le syndicat National de l’édition a publié le baromètre 2018 de la lecture numérique, issu d’une enquête faite par téléphone et internet. Ce baromètre vise à mesurer l’usage de la lecture numérique de manière représentative.

Il en ressort que les usages évoluent doucement, comme c’était déjà révélé par le bilan sur 5 ans publié en novembre 2017.

  • Les lecteurs se portent de plus en plus sur les smartphones pour lire.
  • Ce sont des lecteurs avides, qui lisent plus avec la lecture numérique
  • Ils achètent le plus souvent depuis leur application de lecture

Vous pouvez retrouver le court PDF publié ici. Cela peut vous aider à ajuster la manière dont vous vous autoéditez.

Un nouvel outil de prévisualisation et de validation sur KDP Papier

Soit j’étais caché sous une pierre avant le salon du livre, soit ils ont profité que nous étions occupés pendant le week-end, mais j’ai non pas une mais deux nouvelles manières de faire à rapporter aujourd’hui.

Après Kobo et la distribution des livres dans les bibliothèques avec Overdrive, c’est Kindle qui nous a réservé une nouveauté avec une mise à jour de l’outil de prévisualisation et de validation des exemplaires papier.

L’ancien outil hérité de CreateSpace devait disparaître, et plus tôt que tard, car il utilise Flash, une extension de navigateur connue pour ses failles de sécurité et son exécution lente et gourmande. Mais si Flash n’est plus mis à jour, je m’attendais quand même à devoir encore attendre quelques mois.

Quelle n’a pas été ma surprise lorsque j’ai découvert aujourd’hui, à la faveur d’une mise à jour sur un livre déjà publié, une toute nouvelle interface !

outil de prévisualisation Amazon papier version 2

Plus claire, un peu plus rapide pour certaines choses, plus lente pour d’autres, cette nouvelle interface et ce nouvel outil ont l’heur de ne plus du tout utiliser Flash. C’est un progrès, et cela m’évitera de devoir lancer Chrome à chaque fois que je dois valider une épreuve.

Sur le moment, j’ai raté l’occasion de faire une capture d’écran pour vous en faire part. Mal m’en a pris car pour la voir aujourd’hui, il faut quand même se trouver dans une configuration particulière.

Ainsi, lorsque j’ai voulu y retourner plus tard pour enfin capturer l’image, je suis arrivé cette fois sur la vieille bouse infâme que nous devions subir auparavant. Il m’a fallu m’y reprendre à 2 fois pour constater que oui, cette version n’est encore  accessible qu’aux anglophone. Il faut donc avoir sélectionné l’anglais comme langue de l’interface avant d’aller voir le livre que l’on veut prévisualiser.

Ne vous étonnez donc pas de ce nouvel outil, on y retrouve les mêmes informations indispensables, les mêmes message d’erreur (et probablement les mêmes prises de tête si l’on confond papier blanc et papier ivoire). Mais plus moderne.

Cet outil devrait arriver sur les pages françaises quand Amazon décidera qu’il le voudra. Je ne m’avance plus depuis mes frustrations avec la commande des exemplaires auteur et épreuve, qui ont mis quelques mois de trop à être accessibles à tout le monde. En attendant si vous voulez l’utiliser et faire éventuellement un commentaire à Amazon KDP, pensez bien à changer la langue dans la barre de menu supérieure de la page.

Vendre ses livres aux bibliothèques avec Overdrive et Kobo

En rentrant du salon Livre Paris, j’ai évidemment enchaîné sur plein de choses, des mises à jour, des nouveaux projets… Notamment, j’ai été faire une mise à jour d’un livre sur Kobo. Et là…

Bibliothèques avec Overdrive

Je me suis dit que cela méritait bien une petite explication. Je ne sais pas si Kobo Writing Life en a déjà préparé une, ou s’ils ont encore ajouté cette fonction en toute discrétion, comme ils ont fait pour Kobo Plus.

Overdrive est une société différente de Kobo, mais qui fait elle aussi partie du groupe Rakuten. Sa spécialité et son intérêt est de fournir des solutions de lecture numérique aux bibliothèques.

Cela veut donc dire qu’avec l’ajout de ce canal, vous aller pouvoir proposer aux bibliothèques l’achat d’un exemplaire de votre livre, qu’elles pourront ensuite prêter à leurs abonnés.

Jusqu’à présent, accéder à cette possibilité nécessitait beaucoup de persévérance, de solides compétences en anglais, et de la chance. Maintenant, il suffit de cocher une case.

Il y a quand même pas mal de limites aujourd’hui à cette nouveauté. Elles disparaîtront peut-être, mais il est aussi important de les connaître.

OVerdrive travaille aujourd’hui essentiellement sur le marché nord-américain (États-Unis et Canada). Ils essaient de se développer en France semble-t-il, mais comme je ne travaille pas dans les bibliothèques, et malgré mes recherches, cela ne semble pas encore bien développé.

C’est sans doute la plus grosse limite. Et oui, elle est de taille.

Maintenant, mettez-vous dans l’optique inverse : quelles sont les chances pour Overdrive de toucher et de devenir disponible en bibliothèque en France s’ils n’ont pas de catalogue à proposer ? En pariant sur Overdrive, vous leur offrez l’opportunité de rendre visible votre livre en bibliothèque. Et il y a peu de risque pour vous.

Pour nuancer l’opportunité, dites-vous aussi que les bibliothèques inscrites sur Overdrive, il y en a 16 500, et que les personnes inscrites lisent beaucoup de livres.

Deuxième point à noter : le prix. Vous devez en effet fixer un prix spécifique pour l’utilisation en bibliothèque. En effet les bibliothèques achètent un exemplaire (réel ou virtuel) et peuvent ensuite le prêter à leurs abonnés/membres autant de fois qu’elles veulent.

Je ne sais pas ce qui est pratiqué par les éditeurs traditionnels. Par contre j’ai discuté de la question pour les livres audio avec un autre intermédiaire, et il m’a indiqué qu’un ratio raisonnable était 2 à 2.5 fois le prix public.

C’est donc celui que j’utilise aujourd’hui pour le livre audio, et celui que je vais utiliser aussi pour le livre numérique. En espérant qu’ils soit juste entre les attentes des bibliothèques et permette de vendre correctement.

Évidemment, si comme moi vous avez des livres en langue anglaise, cette nouvelle est particulièrement intéressante. Si vou sn’êtes qu’en français, elle l’est un peu moins, mais elle n’est pas non plus sans aucun intérêt : il y a des francophones, des apprentis francophones etc dans ces pays. Et une extension au delà des frontières originelles est possible : autant être là tout de suite pour en profiter !

Podcast autoédition : le droit d’auteur, les droits des auteurs

Dans cet épisode, je reçois Margerie Véron, autrice de l’excellent livre « Le droit d’auteur pour les écrivains ». Ensemble nous parlons des différents aspects juridiques qui touchent les auteurs : droit d’auteur, cession de droits, liberté d’expression.

Est-ce que la protection de vos droits d’auteur est automatique ? Est-ce qu’il est possible de faire quelque chose quand on trouve son livre sur un site de torrent ? Mais aussi plein d’autres questions juridiques qui doivent intéresser les auteurs.

J’en profite pour remettre une couche sur la compréhension des aspects juridiques : un auteur ne doit pas traiter cela par-dessus la jambe car c’est en exploitant judicieusement les droits qu’ils ont acquis avec leur dur labeur intellectuel qu’ils peuvent faire prospérer cette activité et écrire encore plus.

Le livre de Margerie est édité par Mézigue, et il est disponible en version numérique sur Kindle. Il est aussi disponible en version papier sur Amazon et sur la plupart des boutiques dignes de ce nom :

Decitre
Chapitre
Chapitre.be
Fnac

Vous pouvez aussi le commander chez votre libraire préféré en utilisant le numéro ISBN ou les infos (titre et auteur). Le code ISBN est 979-10-227-7346-1.

La tarte magique des droits d’auteur : quoi céder, à qui et combien de temps ?

Une partie importante du livre de Margerie Véron, Le droit d’auteur pour les écrivains concerne l’exploitation de vos droits patrimoniaux et la cession de vos droits d’auteur. Cette partie est particulièrement intéressante pour les écrivains qui se retrouvent dans une situation de signature de contrat d’édition. Elle y détaille les aspects réglementaires, légaux, les clauses particulières qui peuvent exister et vous fournit de multiples informations pour aborder cette cession avec confiance, ou être en mesure de renégocier les points qui ne vous conviennent pas.

Comme déjà précisé, ce livre s’adresse à tous les auteurs, et pas seulement aux auteurs autoédités. C’est aussi un livre de référence, pas un livre d’actualité.

L’objectif de cet article est donc de parler de manière plus anecdotique et plus actuelle de la cession des droits quand on devient hybride ou auteur de maison d’édition. Parce que les anecdotes montrent aussi la diversité des solutions.

Vous pouvez retrouver tous les articles déjà écrits sur le thème du droit d’auteur ici.

Le droit d’auteur, c’est comme une tarterie magique. Vous pouvez faire grandir les tartes que vous y fabriquez, vous pouvez vendre les tartes elles-même, vendre la recette de la tarte, vous pouvez céder la tarterie elle-même. Vous pouvez faire plein de choses que vous n’avez pas forcément imaginé.

Comme une tarte, vous pouvez tronçonner, découper vos livres en plein de parties qui vont toutes donner lieu à une exploitation. Et de fait, faire grossir la tarte…

Je ne sais pas si la métaphore de la tarterie vous parle, mais au moins moi elle me donne faim…

Les droits auxquels la plupart des auteurs pensent

Une chose qui se fait de plus en plus pour les auteurs autoédités qui négocient avec un éditeur traditionnel qui travaille en papier, c’est de garder les droits numériques. Parfois, ce sont même seulement les droits numériques sur Kindle qui sont conservés.

Cette évolution n’est possible que parce que des auteurs ont demandé à revenir sur les conditions « classiques » des contrats qui leur étaient proposés. Ils ont tracé une voie, mais c’est à vous de la suivre si vous le désirez. Ils ont aussi tracé cette voie parce qu’ils savaient plus précisément ce que la notion de droit d’auteur permettait en matière de négociation. La connaissance devient alors du pouvoir.

Est-ce que les éditeurs sont les mieux placés pour faire l’exploitation de vos droits sur les éditions numériques et est-ce qu’ils ont les réflexes et la démarche la plus appropriée à votre cas particulier ? Il ne faut pas oublier que les éditeurs et les auteurs n’ont pas forcément les mêmes objectifs.

Ainsi, de manière générale, l’édition française cherche à protéger son pré carré de la distribution en librairie vs l’édition numérique. Ils connaissent bien l’édition papier, les libraires, les circuits de distribution physique et ils sont en bonne position pour vendre des centaines voire des milliers d’exemplaires en librairie. C’est pourquoi on voit encore des versions numériques à des prix élevés, comparables ou à peine plus bas que les éditions numériques : ces éditeurs ne veulent pas réduire la part du papier et contribuer au développement de la lecture numérique où les prix sont plus bas. Est-ce parce que leurs marges sont moindres ? Je n’en suis même pas sûr.

Il y a eu quelques cas d’auteurs qui ont cédé tous leurs droits, et ont ensuite vu les versions numériques de leurs livres augmenter en prix, leur visibilité et leurs ventes chuter.

Il y a aussi des maisons d’édition qui ont une vision moderne de leur métier et cherchent à développer autant les ventes numériques que celles du papier, bien sûr : il n’y a pas de taille unique, ni d’image d’Épinal caricaturale et injuste de l’éditeur.

Avec la facilité d’accéder à l’édition numérique, et à la distribution chez Kindle, Kobo et ailleurs, les auteurs ne trouvent pas toujours de valeur ajoutée dans le fait de passer par un éditeur pour ce mode de distribution.

Cas particulier : les éditeurs qui participent au programme Kindle Unlimited mais sans accorder d’exclusivité KDP Select à Kindle. Sur le papier, cela permet d’avoir le beurre et l’argent du beurre : une distribution non exclusive et un boost dans les classements avec les emprunts Kindle Unlimited.

Cela ne marche pas toujours bien (voir les mésaventures d’Alan Spade). Mais quand cela marche, cela peut aussi permettre d’être inclus par Amazon dans une offre éclair.

Bref, il n’y a pas encore de consensus et chacun peut voir midi à sa porte. Chacun peut aussi développer des initiatives modernes dont l’objectif est de servir les intérêts de toutes les parties.

Un exemple concret : si vous allez chercher sur Amazon « La lettre froissée » d’Alice Quinn, vous verrez que la version numérique est éditée par Amazon Publishing :

Si vous regardez la version papier, vous verrez que la version papier est éditée par City Editions :

Et ce livre se retrouve aussi en librairie, évidemment, édité par City.

On est encore dans un cas différent de celui évoqué plus haut : on n’a pas d’un côté l’auteur autoédité et de l’autre la maison d’édition. Mais 2 maisons d’édition qui publient des formats différents du même livre d’une auteure qui s’est aussi autoéditée avec d’autres titres.

Les autres droits

L’édition ne s’arrête pas à la version papier et à la version numérique. Il y a d’autres éditions toujours en papier, d’autres formats. Il y a d’autres langues, d’autres pays.

Il n’est pas rare de voir des contrats de cession de droits qui sont limités à un format, un canal de vente et un pays dans l’édition. Par exemple des contrats pour la VPC seule et pour la France seule, ou pour la France et la Belgique. Il peut aussi y avoir un contrat pour une édition sur un canal très spécifique (France Loisirs par exemple).

C’est par ce biais que de nombreux éditeurs vont pouvoir augmenter les ventes et les revenus d’une seule œuvre.

Il y a aussi évidemment les droits dérivés.

Un contrat type d’un éditeur prendra toujours en son sein les droits dérivés : multimedia, livre audio… et le deuxième contrat pour les adaptations audiovisuelles (contrat obligatoirement séparé).

Mais souvent aussi, l’éditeur ne fera pas grand chose avec ses droits. Est-ce à dire que vous n’avez pas intérêt à les lui céder ? Non, ça dépend…

Le cas du livre audio est particulièrement intéressant en ce moment car ce secteur se développe, est de plus en plus numérique seulement (vente sur internet) et dématérialisé. C’est à ce titre qu’il peut intéresser les auteurs autoédités entreprenants. Je ne dis pas qu’il est facile à adresser aujourd’hui, compte tenu des barrières liées à la distribution. Mais ces barrières s’érodent. Et les lecteurs peuvent devenirs des auditeurs pour tous ces moments où leurs activités ne leur permettent pas de tenir un livre ou une liseuse, mais leur laissent du temps de cerveau disponible pour écouter un bon livre.

Avez-vous dans ce contexte, intérêt à céder vos droits pour les adaptations pour ce format assez proche de l’édition numérique ? Si votre éditeur a les débouchés, oui, s’il vous fait la promesse écrite d’une exploitation au format livre audio, oui. S’ils traite cela comme quelque chose qui va de soi… non.

Bien sûr, si votre éditeur n’a pas les droits pour la version audio, cela ne l’empêchera pas de vous trouver des débouchés et de vous faire signer un contrat a posteriori. Cela ne veut pas dire non plus que pour vous ce sera un lit de rose que de produire, faire produire ou trouver un éditeur spécialisé dans le livre audio qui, lui, mettra la main à la pâte et exploitera réellement les droits qui lui sont cédés.

Mais tout ce que vous n’avez pas cédé, vous pouvez encore le céder à quelqu’un d’autre de plus compétent pour le cas particulier.

Alors que si vous avez cédé vos droits dans leur intégralité pour un titre, même avec les droits dérivés, vous êtes à la merci du bon vouloir de l’éditeur. À titre personnel, je pense que c’est une très mauvaise démarche : donnez les clés de la tarterie à quelqu’un d’autre, et cette personne va s’installer à votre place, vous demander de sortir gentiment et pourra aussi bien se défoncer pour aller plus loin que se reposer sur ses lauriers et en faire le minimum ou le connu et maîtrisé.

Je ne me sens pas aussi à l’aise pour discuter des cessions de droits à l’étranger, de la distribution en français dans d’autres pays que la France, car je ne pratique pas. Mais les mêmes limites s’appliquent. Quand on voit les plaintes des lecteurs belges francophones sur les prix des livres dans leur pays (à l’époque du Marché Unique et de l’Union Européenne !), on est en droit de se demander si les éditeurs font des efforts pour augmenter le nombre de ventes, de lecteurs, ou ont les moyens pour développer ce lectorat au travers de leurs distributeurs.

La question de la durée de la cession

La durée de la cession est par défaut pour la durée légale des droits patrimoniaux, soit 70 ans après votre décès en plus de toute votre vie. Est-ce assez longtemps ? Si l’on en croit l’évolution de la législation en France et dans certains pays de copyright, non, ce n’est pas encore assez long.

Or il n’est nulle part écrit que cette durée est incompressible ou obligatoire. Et les lignes évoluent aussi de ce point de vue.

Un modèle appliqué dans les livres audio (avec la plateforme ACX) situe la durée d’engagement réciproque à 7 ans. On peut retrouver cette durée de 7 ans dans d’autres contrats avec Amazon et ses filiales quand on leur cède des droits. Évidemment, les contrats peuvent être reconduits tels quels ou renégociés à ce terme.

Personnellement je signe des contrats d’une durée normale de 5 ans pour l’édition de livres audio. Pour les livres aux formats numérique et papier, j’applique aussi maintenant cette durée. C’est normalement assez pour atteindre un retour sur investissement de mon côté (mais mes frais sont plus faibles qu’une maison d’édition moins agile) et assez long pour que cela donne envie de proroger le contrat.

Entre maisons d’édition et détenteurs de droits professionnels ou bureaux de représentation, j’ai vu des contrats de 3 ans : entre elles les maisons d’édition pratiquent des durées beaucoup plus courtes que ce qu’elles imposent aux auteurs.

Il est donc possible de négocier ces durées, ou à tout le moins des cessions de droits plus limitées sur des durées plus courtes.

Personnellement je trouve que 70 ans après le décès, c’est trop long. Et je dis cela alors que je suis ayant-droit sur pas mal de livres qui se vendent encore très bien. C’est mon côté « marxiste du 16ème (arrondissement) ». Mais passons…

En conclusion, plutôt que de céder tous ses droits pour sa vie entière et tous formats, je conseille aujourd’hui à un auteur qui signe avec une maison d’édition de limiter sur un territoire, une langue, un format, quitte à lui octroyer aussi un contrat d’agent pour le reste, et tout cela pour une durée réduite comprise entre 5 et 10 ans.

Encore une fois, la connaissance du droit d’auteur pour les écrivains révèle de multiples constructions et initiatives qui permettent d’apporter plus de valeur à chacune des parties (auteur, éditeur, lecteur). C’est pour cela que je vous recommande de lire avec un crayon le livre de Margerie Véron et de faire évoluer votre lecture avec votre propre expérience.

Ce livre est disponible en précommande sur Kindle et devrait être disponible en version papier sur commande dans la plupart des librairies internet et physique à partir du 1er mars. N’hésitez pas à le commander chez votre libraire préféré avec son numéro ISBN : 979-10-227-7346-1.

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La fan-fiction est-elle soluble dans l’autoédition ?

Le droit d’auteur ne vise pas qu’à vous protéger en tant qu’auteur, mais aussi à protéger les autres auteurs contre des erreurs que vous pourriez commettre. À ce titre, le cas de la fan-fiction est particulièrement intéressant.

Comme Margerie Véron n’aborde pas directement le cas dans son livre « Le droit d’auteur pour les écrivains », qui est un livre de référence, donc n’a pas vocation à traiter chacun des cas spécifiques qui découlent des droits d’auteurs et des pratiques, j’ai pris le parti de discuter de cet aspect de l’écriture et de l’édition à part.

Évidemment, je ne suis pas juriste, donc ma réflexion et ma connaissance sont nettement moins précises que celle d’un spécialiste, mais en vous en appuyant sur les connaissances que vous tirerez de ce livre, vous éviterez les plus gros écueils qui peuvent vous menacer lors de la publication. Car contrefaçon et plagiat sont des choses graves qui peuvent vous amener dans des litiges pénibles et coûteux. Et les campagnes de dénigrement qui peuvent aussi se produire ne sont pas plus agréables.

Qu’est-ce que la fan-fiction ?

Une fan-fiction ou fanfic est un récit imaginé par un fan d’un personnage, d’une série, d’un monde qui prolonge, détaille ou commence l’arc narratif d’un ou plusieurs personnages. Elle reprend le « monde » d’une œuvre littéraire, cinématographique ou autre et se base sur cette œuvre pour imaginer de nouveaux récits faisant intervenir un ou plusieurs protagonistes de l’œuvre originelle.

Longtemps inconnue, la fan-fiction s’est fortement développée au début des années 2000 grâce à internet et à certains sites qui se sont spécialisés dans la publication de ce type de récit. Elle a éveillé l’attention de pas mal de lecteurs, mais aussi des auteurs et des maisons d’édition en se diffusant plus largement grâce à internet.

Quels problèmes pose la fan-fiction en termes légaux ?

Il convient de distinguer deux cadres assez différents : les pays de propriété intellectuelle comme la France, et les pays de copyright, comme la plupart des pays anglo-saxons.

Ces derniers ont en effet aussi la notion de fair use ou usage admissible, particulièrement les États-Unis. Cette exception au droit d’auteur pourrait, pour certains, rendre la rédaction de fan-fictions légitime, bien que la justice n’ait jamais tranché sur la question.

En tout cas, en France, compte tenu du code de propriété intellectuelle, la fan-fiction, et particulièrement son exploitation sont illégitimes. En effet, le droit moral reste la propriété de l’auteur, même s’il cède ses droits patrimoniaux, et la fan-fiction étant constituée d’œuvres dérivées, celles-ci doivent être considérées comme des contrefaçons.

Oui, une fan-fiction est une contrefaçon. À des degrés divers, avec une gravité plus ou moins importante…

Concrètement, est-ce que cela a posé problème ?

Dans les pays anglo-saxons, l’attitude des auteurs de séries ou mondes à succès a été diverse, certains se prononçant publiquement et clairement contre la fan-fiction. D’autres ont maintenu un flou ou carrément accepté la fan-fiction avant que cela ne vienne les mordre en retour.

Ainsi George R.R. Martin, l’auteur de la saga Fantasy Le trône de fer s’est exprimé contre, de la même manière que Anne Rice ou Orson Scott Card.

Le cas de J.K. Rowling est exemplaire du flou qui peut exister : à titre personnel, elle s’est plusieurs fois exprimée comme enthousiaste sur les œuvres de fan-fiction autour de son personnage Harry Potter, mais elle a au fur et à mesure appelé à la précaution, de plus en plus, et les différentes maisons d’édition qui ont publié ses ouvrages n’ont pas hésité de leur côté à poursuivre certains auteurs de fanfic. Le flou persiste donc et peut donner lieu à différentes interprétations. Celles de Rowling, et celles des exploitants de ses œuvres 😉

Il n’en reste pas moins que Potter est un des personnages préférés sur le site fanfiction.net

La fan-fiction elle-même a pu donner lieu à des « affaires » comprenant des accusations de plagiat, comme dans le cas qui oppose Tara Jones et Nina Hazel tel que relaté sur http://www.madmoizelle.com/droit-dauteur-fanfiction-614993

Ce qui est assez ironique, c’est que l’affaire ci-dessus part d’une fan-fiction sur Harry Potter, mais que Rowling elle-même n’est pas impliquée…

Non, dans ce cas, si on lit entre les lignes, Nina Hazel reproche à Tara Jones est de lui avoir « piqué son idée ». Je ne me prononce pas sur la véracité de la chose : je n’ai lu ni la fanfic, ni le roman de Tara Jones. Mais on touche aussi là une des caractéristiques de la propriété intellectuelle, un des premiers aspect abordés dans le livre Margerie : celui-ci ne protège en effet que l’expression des idées, et non les idées elles-même (encore une fois ce n’est que moi qui parle, et je ne suis pas avocat).

Donc le fait que les idées générales de la fanfic de Nina Hazel se retrouvent dans le roman de Tara Jones n’est aucunement un souci, tant que les noms des personnages, les mots etc ne sont pas les mêmes.

Allons encore plus loin : vous parlez avec une amie d’une idée, et inconsciemment, quelques jours plus tard, cette idée vous revient et dans la fièvre de l’écriture vous la retranscrivez à votre manière dans un manuscrit. Certes votre amie pourrait vous le reprocher, mais son idée est-elle vraiment originale ? N’a-t-elle pas eu celle-ci en lisant autre chose, et inconsciemment intégré cette idée comme la sienne ?

C’est sans doute pour cette raison que la loi a évolué pour vraiment ne protéger que l’expression de ces idées, les écrits matérialisés.

Mais revenons à la fan-fiction.

Peut-on publier de la fan-fiction sur une plateforme d’autoédition ?

Vous l’avez compris, faire de la fan-fiction peut être périlleux et je vous invite à utiliser cet exercice comme un moyen de développer vos compétences narratives, ou d’écriture, mais de ne pas publier et surtout pas chercher à exploiter ces écrits. Ou alors, si vous le faites, débarrassez-vous de toute référence, même voilée, au monde qui vous a servi de repère pour écrire cette fanfic.

Cela veut-il dire qu’il est impossible d’écrire de la fan-fiction et de la publier et l’exploiter ?

Aux États-Unis, Amazon a pris en compte cette limite et a créé Kindle Worlds. On pourrait décrire cette initiative comme une place de marché des fan-fictions : des auteurs « primaires » contactés par Amazon concèdent une licence pour que d’autres auteurs (secondaires) écrivent dans leur monde, en respectant les règles qu’ils ont édictées. Les auteurs (secondaires) en question peuvent donc faire de la fan-fiction complètement légale, et touchent des royalties, au même titre que les auteurs primaires, qui sont les créateurs du monde initial.

Bien sûr, étant résidents en France, tant du point de vue du domicile que de la loi, l’utilisation de Kindle Worlds pour des français est illusoire. C’est le genre de programme qui est réservé aux pays de langue anglaise, ceux où le copyright s’applique. Les questions juridiques liées à une telle collaboration sont, d’après moi, un peu plus simples à régler.

C’est en tout cas le seul cas légitime d’utilisation patrimoniale de la fan-fiction dans le cadre d’une plateforme d’autoédition que je connaisse.

L’autre possibilité est de faire un partenariat avec l’auteur de l’œuvre originale, si celui-ci ou celle-ci y est possiblement favorable. Mais ce sera difficile.

Encore une fois, on voit que le droit d’auteur et la variété de son application est un sujet important pour les auteurs, qu’ils s’autoéditent ou pas. C’est une matière vivante et malléable qui s’adapte à la créativité des uns et des autres, et qui ne s’arrête pas strictement à l’application de préceptes rigides et sacrés.

C’est pour cette raison qu’une bonne compréhension de la propriété intellectuelle et de la liberté d’expression est vitale pour un auteur qui s’autoédite ou qui développe une activité en dehors du strict cadre familial.

Vous pouvez réviser vos connaissances, éviter les impairs et améliorer cette maîtrise grâce au livre de Margerie Véron, Le droit d’auteur pour les écrivains, disponible en précommande à un prix préférentiel pour la version numérique sur Amazon.

Avez-vous lu les conditions générales de votre plateforme d’autoédition ?

Il n’y a souvent rien à discuter avec une plateforme de publication lorsque l’on veut s’inscrire et publier en autoédition, mais avez-vous au moins lu à quoi vous vous engagiez et quels étaient les droits que vous cédiez ?

Le droit de la propriété intellectuelle et la législation ont prévu un certain nombre de dispositions au contrat d’édition. Mais ce type de contrat avec une plateforme d’autoédition échappe d’une certaine manière à ces réglementations. Dans des cas que j’ai rencontrés ou dont on m’a fait part, cela peut conduire à des contrats très déséquilibrés.

Or la matière juridique ne doit absolument pas être négligée par un auteur : s’il ne comprend pas un contrat, il ne doit pas le signer, mais trouver un conseil qui pourra lui recommander la marche à suivre.

Dans le livre « Le droit d’auteur pour les écrivains »  de Margerie Véron, vous trouverez des réponses aux questions essentielles qu’un auteur peut et doit se poser par rapport à la nature du contrat et de la propriété intellectuelle.

Déjà, une première chose à vérifier est que le contrat est lisible dès le début, accessible au grand public avant de s’inscrire.

Amazon KDP : il est public et accessible sur https://kdp-eu.amazon.com/agreement. Il concerne aussi le programme KDP select et d’autres choses. Il est accessible à partir de l’onglet Aide de KDP sur https://kdp.amazon.fr

Kobo : Le contrat est en fait des conditions d’utilisation, et il est accessible dans le pied de page du site Kobo Writing Life ou directement sur https://fr.kobo.com/termsofuse

Iggybook ou Bookelis, il suffit de faire une recherche Google avec le mot conditions et le nom de la société pour y accéder (désolé, j’ai été flemmard sur ce coup là). Idem chez Bod. Mais on y reviendra, à celui-là. Enfin Librinova, il faut chercher les CGV (conditions générales de vente) tout tout en bas, dans les derniers pixels, avant d’y arriver.

De la cession de droits avec les plateformes d’autoédition

Le critère important avec toutes ces plateformes, c’est que sont normalement des distributeurs, pas des éditeurs, et qu’à ce titre, il n’y a pas de cession de droit d’auteur. Cela se traduit par des phrases telles que « Toutes les œuvres littéraires sur le Service (qui représentent chacune un « contenu numérique ») sont la propriété exclusive des maisons d’édition ou de leurs concédants de licence, et elles sont protégées par les droits d’auteur et autres lois sur la propriété intellectuelle. » chez Kobo ou « Vous concédez à chaque partie Amazon, pendant toute la durée du présent Contrat, un droit et une licence non exclusifs et irrévocables de distribution de vos Livres Numériques, directement et indirectement par le biais de distributeurs tiers, à tout format numérique et par tout moyen de distribution numérique disponible. » chez Amazon. Dans un cas, on dit à qui appartiennent les droits d’auteur, dans l’autre on définit précisément l’objet du contrat (et cela n’inclut pas de cession de droit d’auteur principale).

EDIT : Il s’agit d’un contrat de cession de licence de distribution, pas de cession de droits d’auteur et d’édition chez Amazon, contrairement à l’idée que je vois parfois pointer dans des forums.

Plus laconique, Bookelis écrit « Les présentes n’emportent aucune cession de droits d’auteur. L’Auteur conserve l’intégralité de ses droits sur les livres mis à disposition sur le Site Internet. » Court, mais efficace (très efficace). Quant à Iggybook, le terme droit d’auteur n’est même pas évoqué : « Le rôle de l’Editeur du Service se limite à la conception ainsi qu’à la maintenance technique de la Plateforme. » Opération mains propres en quelque sorte (sans ironie mal placée de ma part pour une fois).

Librinova a la formulation qui me plaît le plus :

8.1 Titularité des droits
L’Auteur demeure titulaire des droits de propriété intellectuelle attachés au Manuscrit.
L’Auteur accorde à Librinova l’autorisation de reproduire le Manuscrit aux fins de réaliser les Livres Numériques et de distribuer ces derniers.

Ça, c’est la partie qui me plaît. Celle qui me plaît moins est plus loin :

ARTICLE 9. PROGRAMME AGENT LITTÉRAIRE
Si les ventes cumulées d’un Livre Numérique atteignent 1 000 exemplaires sur une période maximum de 18 mois à compter de la date de publication sur le site de Librinova, l’Auteur accepte irrévocablement d’intégrer le Programme Agent littéraire.

La notion d’irrévocabilité me gratte. Elle se justifie par le modèle économique de Librinova, qui est louable et dont j’espère qu’il est prospère et apporte aux auteurs qui travaillent avec Librinova les avantages qu’ils escomptent. C’est juste que ça me gratte… Le fait qu’il soit révocable après deux ans est une bonne chose. Bref, vous en prenez pour deux ans, à elles de prouver que ce programme agent est efficace et bénéfique pour tout le monde. Et si au bout des deux ans elles ne vous ont pas convaincu, vous retrouvez votre liberté pleine et entière.

Le contrat qui me gratte le plus, autant vous le dire, c’est BOD. En fait, leur contrat me donne de l’urticaire…

Petits extraits :

3.7 Par la mise à disposition de Contenus sur le site BoD par le Client, ce dernier accorde à BoD les droits illimités dans l’espace, le temps et le contenu, irrévocables, non exclusifs et gratuits d’utilisation et de commercialisation internationales de ces Contenus (« Licence »).  Ceci inclut notamment également le droit de façonnage, de modification, de développement, d’assemblage, de création d’œuvres dérivées, de rediffusion, de reproduction, de transmission, de publication, de mise à disposition du public, ainsi que de céder les droits d’utilisation à des tiers et en vue de sous-licences au bénéfice de tiers, sans qu’il y ait lieu à rétribution et indépendamment du fait que ce soit avec l’objectif de le commercialiser ou non ou dans toute autre optique. Le Client est en droit de publier par d’autres biais les Contenus mis à disposition par ses soins.

8.4 En cas de résiliation ou de fermeture de compte, tout autre rapport contractuel existant entre le Client ou l’éditeur et BoD, notamment les contrats d’auteur, contrats d’éditeur et/ou les contrats de livre, resteront en vigueur.

11 Choix du droit applicable et tribunal compétent
Les présentes conditions d’utilisation ainsi que tout litige ayant trait à l’utilisation des sites BoD et des services BoD sont régis par le droit de la République Fédérale d’Allemagne, exclusion faite des règles du droit international privé et du droit commercial des Nations Unies.

BOD s’arroge des droits très larges par rapport à la nature de la prestation (mais peut-on encore parler de prestation quand BOD a le droit de création d’œuvres dérivées ?) On peut se retrouver sans compte mais avec un contrat en cours. Et le tribunal compétent est en Allemagne…

Des clauses que je trouve personnellement abusives et déséquilibrées. Et même illégales (mais je ne suis pas juriste) : exclure les règles du droit international privé dans un contrat, c’est mettre en cause les principes fondamentaux du droit. Et qui peut m’expliquer (avec des liens et des images) ce qu’est le droit commercial des Nations Unies ?

Les conditions d’utilisation des plateformes sont des contrats

N’oubliez pas ce principe : les conditions générales d’utilisation, de vente etc forment un contrat que votre utilisation du service vont tacitement accepter. C’est aussi valable que si vous signez avec une plume d’oie et votre sang (mais cela ne brûle pas quand Mephistophélès repart dans les enfers).

La question du for juridique du contrat est par ailleurs assez importante dans le cas d’un litige avec une plateforme. Autant Bookelis, Iggybook ou Librinova sont en France, et donc plus accessibles, autant Amazon, Kobo ou BOD sont à l’étranger : priez pour ne jamais avoir de litige avec eux , cela vous en coûterait énormément en frais d’avocat !

J’ai rencontré d’autres sociétés qui avaient des contrats abusifs, voire illégaux, mais je n’en parlerai pas car elles ne méritent certainement pas d’être citées.

En tout cas, si vous tombez sur un partenaire dont le contrat ou les conditions générales de vente et d’utilisation ne sont pas facilement accessibles, voire pas du tout accessibles, méfiez-vous !

Souvent aussi, les contrats sont déséquilibrés dans le sens où l’auteur s’engage à faire un certain nombre de choses, mais le prestataire ne s’engage pas vraiment en contrepartie. C’est la nature de l’autoédition sur les plateformes : comme l’accès est ouvert, sans filtrage ni jugement, les plateformes ne s’engagent que sur les aspects techniques.

Comment peut-on faire avec de telles sociétés pour négocier les contrats ? On ne le peut pas. Il faut donc choisir d’y aller, ou pas. Et c’est une grosse différence avec les éditeurs, qui restent susceptibles de négocier un contrat d’édition au cas par cas.

Comme on peut le voir, la connaissance du « droit d’auteur », c’est à dire en fait du droit de la propriété intellectuelle, est importante pour les auteurs, même quand ils n’ont même pas signé de contrat d’édition. Et on ne parle pas encore de la liberté d’expression, un sujet qu’on abordera dans un billet ultérieur.

C’est pour cette raison que c’est une avocate, spécialisée dans le droit d’auteur, Margerie Véron, qui a écrit le livre « Le droit d’auteur pour les écrivains », un ouvrage de référence sur ces questions juridiques que je publie début mars, à la fois au format numérique et papier.

Ce livre est déjà disponible en précommande sur Kindle.

On continuera à voir au travers d’autres articles dans les jours suivants que la question juridique, si souvent ignorée par les auteurs, est pourtant d’une importance vitale.

Allez hop, je vais refermer les 6 onglets de conditions générales, j’ai mal aux yeux.

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