La fan-fiction est-elle soluble dans l’auto-édition ?

La fan fiction peut poser pas mal de soucis juridiques. À manier avec précautions et en sachant ce que l'auteur principale accepte que vous fassiez

Le droit d’auteur ne vise pas qu’à vous protéger en tant qu’auteur, mais aussi à protéger les autres auteurs contre des erreurs que vous pourriez commettre. À ce titre, le cas de la fan-fiction est particulièrement intéressant.

Comme Margerie Véron n’aborde pas directement le cas dans son livre « Le droit d’auteur pour les écrivains », qui est un livre de référence, donc n’a pas vocation à traiter chacun des cas spécifiques qui découlent des droits d’auteurs et des pratiques, j’ai pris le parti de discuter de cet aspect de l’écriture et de l’édition à part.

Évidemment, je ne suis pas juriste, donc ma réflexion et ma connaissance sont nettement moins précises que celle d’un spécialiste, mais en vous en appuyant sur les connaissances que vous tirerez de ce livre, vous éviterez les plus gros écueils qui peuvent vous menacer lors de la publication. Car contrefaçon et plagiat sont des choses graves qui peuvent vous amener dans des litiges pénibles et coûteux. Et les campagnes de dénigrement qui peuvent aussi se produire ne sont pas plus agréables.

Qu’est-ce que la fan-fiction ?

Une fan-fiction ou fanfic est un récit imaginé par un fan d’un personnage, d’une série, d’un monde qui prolonge, détaille ou commence l’arc narratif d’un ou plusieurs personnages. Elle reprend le « monde » d’une œuvre littéraire, cinématographique ou autre et se base sur cette œuvre pour imaginer de nouveaux récits faisant intervenir un ou plusieurs protagonistes de l’œuvre originelle.

Longtemps inconnue, la fan-fiction s’est fortement développée au début des années 2000 grâce à internet et à certains sites qui se sont spécialisés dans la publication de ce type de récit. Elle a éveillé l’attention de pas mal de lecteurs, mais aussi des auteurs et des maisons d’édition en se diffusant plus largement grâce à internet.

Quels problèmes pose la fan-fiction en termes légaux ?

Il convient de distinguer deux cadres assez différents : les pays de propriété intellectuelle comme la France, et les pays de copyright, comme la plupart des pays anglo-saxons.

Ces derniers ont en effet aussi la notion de fair use ou usage admissible, particulièrement les États-Unis. Cette exception au droit d’auteur pourrait, pour certains, rendre la rédaction de fan-fictions légitime, bien que la justice n’ait jamais tranché sur la question.

En tout cas, en France, compte tenu du code de propriété intellectuelle, la fan-fiction, et particulièrement son exploitation sont illégitimes. En effet, le droit moral reste la propriété de l’auteur, même s’il cède ses droits patrimoniaux, et la fan-fiction étant constituée d’œuvres dérivées, celles-ci doivent être considérées comme des contrefaçons.

Oui, une fan-fiction est une contrefaçon. À des degrés divers, avec une gravité plus ou moins importante…

Concrètement, est-ce que cela a posé problème ?

Dans les pays anglo-saxons, l’attitude des auteurs de séries ou mondes à succès a été diverse, certains se prononçant publiquement et clairement contre la fan-fiction. D’autres ont maintenu un flou ou carrément accepté la fan-fiction avant que cela ne vienne les mordre en retour.

Ainsi George R.R. Martin, l’auteur de la saga Fantasy Le trône de fer s’est exprimé contre, de la même manière que Anne Rice ou Orson Scott Card.

Le cas de J.K. Rowling est exemplaire du flou qui peut exister : à titre personnel, elle s’est plusieurs fois exprimée comme enthousiaste sur les œuvres de fan-fiction autour de son personnage Harry Potter, mais elle a au fur et à mesure appelé à la précaution, de plus en plus, et les différentes maisons d’édition qui ont publié ses ouvrages n’ont pas hésité de leur côté à poursuivre certains auteurs de fanfic. Le flou persiste donc et peut donner lieu à différentes interprétations. Celles de Rowling, et celles des exploitants de ses œuvres ;-)

Il n’en reste pas moins que Potter est un des personnages préférés sur le site fanfiction.net

La fan-fiction elle-même a pu donner lieu à des « affaires » comprenant des accusations de plagiat, comme dans le cas qui oppose Tara Jones et Nina Hazel tel que relaté sur http://www.madmoizelle.com/droit-dauteur-fanfiction-614993

Ce qui est assez ironique, c’est que l’affaire ci-dessus part d’une fan-fiction sur Harry Potter, mais que Rowling elle-même n’est pas impliquée…

Non, dans ce cas, si on lit entre les lignes, Nina Hazel reproche à Tara Jones est de lui avoir « piqué son idée ». Je ne me prononce pas sur la véracité de la chose : je n’ai lu ni la fanfic, ni le roman de Tara Jones. Mais on touche aussi là une des caractéristiques de la propriété intellectuelle, un des premiers aspect abordés dans le livre Margerie : celui-ci ne protège en effet que l’expression des idées, et non les idées elles-même (encore une fois ce n’est que moi qui parle, et je ne suis pas avocat).

Donc le fait que les idées générales de la fanfic de Nina Hazel se retrouvent dans le roman de Tara Jones n’est aucunement un souci, tant que les noms des personnages, les mots etc ne sont pas les mêmes.

Allons encore plus loin : vous parlez avec une amie d’une idée, et inconsciemment, quelques jours plus tard, cette idée vous revient et dans la fièvre de l’écriture vous la retranscrivez à votre manière dans un manuscrit. Certes votre amie pourrait vous le reprocher, mais son idée est-elle vraiment originale ? N’a-t-elle pas eu celle-ci en lisant autre chose, et inconsciemment intégré cette idée comme la sienne ?

C’est sans doute pour cette raison que la loi a évolué pour vraiment ne protéger que l’expression de ces idées, les écrits matérialisés.

Mais revenons à la fan-fiction.

Peut-on publier de la fan-fiction sur une plateforme d’autoédition ?

Vous l’avez compris, faire de la fan-fiction peut être périlleux et je vous invite à utiliser cet exercice comme un moyen de développer vos compétences narratives, ou d’écriture, mais de ne pas publier et surtout pas chercher à exploiter ces écrits. Ou alors, si vous le faites, débarrassez-vous de toute référence, même voilée, au monde qui vous a servi de repère pour écrire cette fanfic.

Cela veut-il dire qu’il est impossible d’écrire de la fan-fiction et de la publier et l’exploiter ?

Aux États-Unis, Amazon a pris en compte cette limite et a créé Kindle Worlds. On pourrait décrire cette initiative comme une place de marché des fan-fictions : des auteurs « primaires » contactés par Amazon concèdent une licence pour que d’autres auteurs (secondaires) écrivent dans leur monde, en respectant les règles qu’ils ont édictées. Les auteurs (secondaires) en question peuvent donc faire de la fan-fiction complètement légale, et touchent des royalties, au même titre que les auteurs primaires, qui sont les créateurs du monde initial.

Bien sûr, étant résidents en France, tant du point de vue du domicile que de la loi, l’utilisation de Kindle Worlds pour des français est illusoire. C’est le genre de programme qui est réservé aux pays de langue anglaise, ceux où le copyright s’applique. Les questions juridiques liées à une telle collaboration sont, d’après moi, un peu plus simples à régler.

C’est en tout cas le seul cas légitime d’utilisation patrimoniale de la fan-fiction dans le cadre d’une plateforme d’autoédition que je connaisse.

L’autre possibilité est de faire un partenariat avec l’auteur de l’œuvre originale, si celui-ci ou celle-ci y est possiblement favorable. Mais ce sera difficile.

Encore une fois, on voit que le droit d’auteur et la variété de son application est un sujet important pour les auteurs, qu’ils s’autoéditent ou pas. C’est une matière vivante et malléable qui s’adapte à la créativité des uns et des autres, et qui ne s’arrête pas strictement à l’application de préceptes rigides et sacrés.

C’est pour cette raison qu’une bonne compréhension de la propriété intellectuelle et de la liberté d’expression est vitale pour un auteur qui s’autoédite ou qui développe une activité en dehors du strict cadre familial.

Vous pouvez réviser vos connaissances, éviter les impairs et améliorer cette maîtrise grâce au livre de Margerie Véron, Le droit d’auteur pour les écrivains, disponible en précommande à un prix préférentiel pour la version numérique sur Amazon.

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